mercredi 31 janvier 2018

« Pestilentielles » conclues en mai 2017 suivies de ses élections « itératives » en juin de la même année. Où se cachent, en 2018, la majorité des désabusés des dernières mascarades électorales ? Sommes-nous réellement condamnés à subir cette politique antisociale moribonde et illégitime ?

   Comment expliquer qu’une mobilisation sociale généralisée ne soit pas encore d’actualité ? Saluons ces îlots de résistance qui fleurissent tout de même : grève des gardiens de prison, manifestations du personnel hospitalier, mobilisation imminente des enseignants, associations dénonçant le traitement inhumain des exilés, contestation de la mise en place de Parcoursup, remède bien pire que le mal,  groupes de salariés qui tentent de se faire entendre dans le privé…
Certains citoyens risquent de perdre patience sous peu, surtout parmi ceux qui connaissent une détérioration « en marche » rapide de leur qualité de vie (conditions de travail anxiogènes, taxes diverses et maquillage de la baisse du pouvoir d’achat, prévisions arrangées de certains ministres, « serrage de ceinture » immédiat avec contreparties positives seulement hypothétiques dans plusieurs années…)  et un drame ne pourra pas longtemps être évité. Nous sommes proches d’atteindre le point de non retour, de rupture totale entre l’Etat et les citoyens français. Je pense que tout le monde a compris que les dirigeants souhaitaient un désengagement majeur, pour des questions de budget, dans la plupart des secteurs relatifs au bien-être et à la sécurité de leurs concitoyens. L’Etat français nerisque-t-il pas d'être reconnu coupable de négligence et même de non assistance à personne en danger?   Je ne comprends pas pourquoi aucun opposant « sérieux » au gouvernement ne fait un appel franc à une mobilisation nationale au moment où la sauvegarde de notre système de santé, pierre angulaire du système social français, est dramatiquement menacée. Ont-ils été échaudés par la réponse timide des citoyens au moment des premières sollicitations pour lutter contre l’instauration de la loi travail ? Ne craignent-ils pas plutôt d’être tenus responsables de l’explosion sociale qui s’annonce ? Ils devraient tout de même prendre garde  car à l’heure des comptes, dans un climat que je considérerais comme déraisonné, le discernement ne sera sans doute plus de mise et s’ils ne se mettent pas en action maintenant le souffle risque de les atteindre malgré toutes leurs bonnes intentions.
    Je suis non violent mais n’accepterai jamais de tendre l’autre joue; je me suis rendu  à plusieurs rassemblements en septembre 2017 et j’ai bien vu le mouvement se désagréger au fil des semaines, quelle frustration ! C’était pourtant une belle occasion de faire reculer Jupiter et ses sous-fifres. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai entendu, lorsque je tentais de convaincre du bien-fondé de ce genre de manifestation, les réponses affligeantes comme : « de toute façon ça ne sert à rien… », « mais c’est impossible… », « tu vas te retrouver tout seul… », « les gens sont des moutons, ils n’iront jamais, je ne vais pas me déplacer pour rien… » ; quelle consternation pour moi ! Mes interlocuteurs étaient souvent des individus dans la force de l’âge, sans problèmes économiques majeurs, et souvent sans responsabilités familiales… ce fatalisme généralisé a le don de me faire enrager ; beaucoup font mine de s’émouvoir pour la forme puis retournent à leurs petites affaires. Pourtant, plus de 2 millions de personnes dans la rue et nous aurions pu observer nos gouvernants « en marche arrière ». Je n’ai jamais été un activiste acharné mais cette période est plus qu’inquiétante, l’heure est grave, il y a urgence, nous subissons bien une attaque en règle du modèle sociétal français, et le volet social sera bientôt condamné. Je n’ai jamais été militant d’un quelconque parti et ne le serai sans doute jamais car je ne tiens pas à être responsable d’autre chose que de mes propres idées et de mes convictions personnelles ; cependant je suis prêt à répondre à l’appel pacifique mais déterminé de n’importe quel syndicat, parti, mouvement politique ou citoyen si la lutte me semble légitime, nécessaire et à l'échelle nationale. Honte aux querelles politiciennes égotistes et  stériles qui tétanisent beaucoup de militants !
    Je fais partie de ce groupe de citoyens proscrits qui a choisi de voter blanc au deuxième tour de l'élection présidentielle. Cela m’a valu d’être couvert d’opprobre, comme tous ceux qui ont fait le même choix, par la grande majorité des médias traditionnels pendant l’entre-deux tour. Comment choisir entre  d’un côté, incompétence, obscurantisme et xénophobie et de l’autre « macro-libéralisme » décomplexé (ou « libéralisme mensonger »), double discours et mépris de classe … c’est naviguer de Charybde en Sylla. Macron aura au moins servi de révélateur en faisant appel aux désirs les plus bas de tous ses collègues les plus opportunistes et spécialistes du « retournement de veste » : Pour qui le plus de reconnaissance ?  Pour qui le pouvoir le plus grand ? Qui prépare la « reconversion » la plus attractive dans le privé ? Un nombre impressionnant de députés « translucides » devenus « brillants » à la faveur du coup de baguette macronien.  Cela ressemble à un concours entre ceux qui ont le moins de scrupules,  qui renient le plus facilement leurs principes et oublient le plus aisément leurs engagements passés. Le coup de balai promis ressemble plus à un ballet de petits rats d’opérette. D’ailleurs, pour ceux qui n’auraient pas encore assez de motifs d’indignation, j’invite vivement à lire les ouvrages de Daniel Pascot, Pilleurs d’Etat Tomes 1 et 2, ainsi que l’enquête de Vincent Jauvert publiée en janvier 2018, Les intouchables d’Etat. Dans les deux premiers sont évoqués tous les abus légaux perpétrés en toute impunité par une partie de nos élus ; le dernier dresse un tableau peu reluisant d’une partie  de la haute fonction publique  (cadres de Bercy, conseillers d’Etat, inspecteurs des finances…) entre pantouflage à la limite de la légalité et conflits d’intérêt potentiels… En prenant connaissance de ces informations, si quelqu’un n’est pas révolté du moins intellectuellement contre la caste de nos dirigeants, il mérite bien son sort d’esclave moderne.

    Ces derniers mois, nous pouvons entendre quotidiennement les plaintes de français ayant voté « utile » (expression qui me fait aussi enrager) qui se sentent trahis par ce gouvernement fantoche. Mais ceux qui me surprennent le plus sont les citoyens qui ne s’étaient pas laissés leurrer par la publicité mensongère macroniste : les abstentionnistes, ceux qui ont voté blanc ou nul (environ 16 millions de personnes). Où se cachent-ils ? Pourquoi ne se manifestent-ils pas en masse ? J’ai cru un temps que les abstentionnistes étaient les vrais contestataires, j’ai longtemps hésité à me joindre à eux, pensant avoir identifié un groupe d’individus excédés, à raison, par le fait qu’on leur dérobe la parole, qu’on ne les écoute pas et qui réagissaient par une forme de désobéissance civile réfléchie. Il semblerait en fait qu’ils n’aient juste rien à dire, qu’ils n’en aient rien à faire… peut-être sont-ils résignés, prêts à courber l’échine pour essuyer pendant 5 ans une belle volée de bois vert. Que l’on ne fasse confiance à aucun politicien, je l’entends parfaitement, mais nous ne devons pas pour autant nous laisser marcher dessus par les arrivistes actuels. Allons nous continuer longtemps à nous regarder en chien de faïence en espérant que quelqu’un d’autre fera le nécessaire pour nous ? Il est toujours plus simple d’accuser les autres pour s’excuser soi-même de n’avoir rien fait.  Si montée de violence il y a, comme beaucoup le pressentent, nous en serons tous responsables, nous pourrons toujours détourner les yeux, nous offusquer, condamner… mais c’est notre inertie actuelle qui est la plus dangereuse. Pourtant, nombre d’esprits clairvoyants ont tenté de mettre en garde, de tous temps, contre ces formes de « servitude volontaire », d’ « impuissance apprise » et de « conditionnement à la soumission » qui sclérosent les sociétés humaines : Platon, La République (vers 387 av JC) ; Etienne de La Boétie, Discours de le servitude volontaire (1548) ; Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1754 ) ; Henry-David Thoreau, La désobéissance civile (1849) ; Michel Bakounine, Théorie générale de la Révolution (textes écrits principalement entre 1867 et 1873 et assemblés par Etienne Lesourd) ; Jean Giono, Refus d’obéissance (1937), Stéphane Hessel, Indignez-vous (2010) ;  Noam Chomsky, Requiem pour le rêve américain (2017), … pour ne citer qu’eux. Les théoriciens de renom ne manquent pas et pourtant, la faillite des peuples se répète. Comment expliquer que des individus bien portant qui sentent le sol se dérober sous leurs pieds ne fassent rien pour éviter la chute ? Il est aisé de toujours condamner les dérives, à distance, du haut des miradors, mais rappelons nous que les plus haut perchés sont victimes des chutes les plus brutales. Il ne faut pas espérer se soustraire au marasme ambiant en prenant ses distances, ce n’est qu’une question de temps pour que les membres de la classe moyenne qui croient encore pouvoir surnager ne se retrouvent en apnée. L’asphyxie guette tous ceux qui ne souhaitent pas se lancer à corps perdu dans l’aventure macronienne. Ce joueur de flûte de Hamelin nous mène à notre perte  pourtant je ne pense pas que les citoyens français soient des rongeurs et la majorité d’entre nous a dépassé le stade de l’enfance. Ce président factice a-t-il déjà réussi à annihiler toute idée de solidarité dans cette nouvelle France qui, à force de libéralisme en devient égoïste ?
     Un début d’explication à l’inertie ambiante pourrait être l’importance prise par les réseaux sociaux et la prégnance du numérique. Ces fléaux de notre temps permettent à tous les « énervés de la souris », aux « révolutionnaires du virtuel » de déverser leur fiel sans frein avant de regagner leur vie réelle, tous enchainés au boulet de la résignation. Je doute que la majorité de mes concitoyens soient des « hackers » virtuoses, seules personnes qui peuvent avoir une réelle influence en restant derrière leurs écrans. Pour les autres qui subissent cette nouvelle ère du tout numérique et des réseaux sociaux au lieu d’en chercher les failles, il serait temps de prendre un peu l’air ! La réalité n’est pas que virtuelle, elle s'assombrit tous les jours un peu plus : s’aérer l’esprit ne sera bientôt plus possible si l’oxygène des nouvelles villes connectées qui nous déconnectent vient à manquer. A défaut de ne pas encore faire tomber tous les murs de ces futures prisons dorées, tâchons de rendre plus respirable le peu d’espace de vie qu’il nous reste.
    Il n’y a plus guère que quelques esprits libres, syndicalistes révolutionnaires, militants d’extrême gauche (seuls véritables militants de « gauche », les autres ne sont que des sympathisants de droite qui veulent se donner bonne conscience et s’étouffent en tentant de justifier leurs contradictions) ainsi que des anarchistes pour se mobiliser dans la rue par solidarité. Qu’attendent les autres ? D’être à l’agonie ? Ces français qui acceptent d’être désignés comme des « riens », des « fainéants », des « cyniques », dont on condamne les soi-disant « passions tristes » et autres « névroses » sans qu’ils ne réagissent autrement que par des cris d’orfraies sont peut-être seulement des grandes gueules adeptes des paroles en l’air et des coups d’épée dans l’eau ; ils pensent avoir les pieds sur terre mais il ne faut surtout pas compter sur eux pour le départ de feu.
    Un petit mot aussi pour tous ces pseudo insurgés qui chantent ou écrivent le désarroi  de leurs pairs  pour mieux profiter d’un système qu’ils dénoncent. Je fais ici référence à un grand nombre de journalistes, chanteurs, écrivains, politiciens et autres philosophes qui commentent la misère sociale mais ne daignent pas battre le pavé lors des manifestations, ou encore cette direction de la CFDT et de FO qui mendient les miettes du repas du prince pour faire bonne figure. J’en soupçonne même certains de ne pas souhaiter sincèrement l’éveil généralisé des consciences de peur de perdre leurs petits privilèges (reconnaissance intellectuelle, professionnelle et/ou financière) qui semblent les placer au dessus de la masse. Beaucoup jouent sur le sentiment de compassion ou sur l’idée de bienveillance mais leurs paroles sans actions ne sont que perte de temps.

    Au cours d’une énième discussion j’ai entendu cet argument étonnant : « Mais enfin, il n’y a personne d’autre de plus valable pour diriger le pays ! ». J’enrage encore plus, cette éternelle rengaine du « moins pire » qui nous conduit toujours à choisir au rabais. Ce choix étant d'ailleurs toujours influencé par un traitement médiatique plus que partial. Serait-ce une raison pour laisser les coudées franches à ceux qui ont été les plus habiles pour gagner le pouvoir sans jamais s’intéresser aux demandes de leurs propres concitoyens ? N’est-il pas temps d’inventer collectivement, avec toutes les bonnes volontés une réelle démocratie, un nouveau mode de gouvernance ? La question se pose forcément mais dans tous les cas, la priorité est de mettre un coup d’arrêt à l’entreprise de destruction sociale en marche. Bien sûr cela fait naître beaucoup d’incertitude pour l’avenir ; bien sûr cela implique de changer profondément  nos schémas de pensée et notre manière d’appréhender les relations sociales ; bien sûr cela exige que les plus chanceux sortent de leur zone de confort… mais quel combat juste ! Quel espoir pour les générations à venir !

P.M.



dimanche 31 décembre 2017

Réhabilitation du « gentil niais ».

    Il existe dans notre quotidien des situations qui semblent de prime abord anecdotiques mais qui, après réflexion, peuvent révéler quelques indices précieux pour une meilleure compréhension du comportement de certains de nos contemporains. J’ai été témoin dans le cadre de mon activité professionnelle d’un échange verbal entre collègues très riche en enseignement.
    Précisons d’abord le contexte : un espace constitué d’une salle de travail de trois mètres carrés avec peu de possibilités de mouvements à la présence d’un grand bureau central, d’armoires et  autres meubles de rangement en tous genres ; il n’y a qu’une seule entrée et aucune autre possibilité de retraite rapide, détail qui peut sembler insignifiant mais qui revêt toute son importance lorsque l’on est pris dans la tourmente. Maintenant les personnages : moi, l’observateur neutre qui tente de se faire oublier ainsi que mes deux collègues que je nommerais d’un côté « le gentil niais » et de l’autre « le petit chef ». Le « gentil » pourrait apparaître comme un croisement entre Simplet et Joyeux et le « chef » affichant les caractéristiques à la fois de Prof et de Grincheux. Pour ma part je préfère largement m’entretenir avec le premier qui se présente toujours à vous avec un large sourire, un petit mot sympathique, n’aborde jamais les sujets qui fâchent parce qu’il ne s’y intéresse sans doute pas du tout et sur lequel semblent glisser toutes les attaques verbales les plus fielleuses et dissimulées envoyés par certains spécialistes en la matière, à se demander s’il comprend un traitre mot de ce qu’on lui dit… Le deuxième quant à lui pourra s’avérer, au gré de ses humeurs, sec et distant ou faire montre d’une forme d’assurance qui oscille entre mépris et condescendance ; surtout , ne pas tenter de défendre un avis contradictoire au sien sinon c’est la prise de bec assurée.
    Ce matin-là j’ai la bonne idée de passer par la salle de travail pour voir si une note n’a pas été laissée à mon intention et j’ai le malheur de me faire surprendre par l’entrée tonique du « petit chef », toujours occupé et pressé ; il émane d’ailleurs de sa personne une dose inhabituelle d’ondes négatives ; juste le temps de me tourner vers le mur opposé en faisant mine de me concentrer intensément sur mon document inexistant.  Je m’assure de ne pas croiser son regard afin de ne pas exciter l’animal, heureusement il ne m’accorde aucune attention, je m’apprête alors à m’esquiver promptement lorsque rentre le « gentil niais ». Pourvu qu’il se taise ! Mais non… un large et franc « Bonjour ! » retentit, ce genre d’intervention où le sourire et la bonne humeur sont audibles. Je tourne discrètement la tête, risque un petit sourire et retourne au piquet. L’autre fait volte face et lance énervé « Tu veux quelque chose ? », il tente pourtant « Mais simplement vous saluer, il y a un problème ? » ; il n’en fallait pas plus pour dégoupiller la grenade : « Le problème c’est que je n’arrive pas à te comprendre, tu fais toujours le gentil, tu es vraiment un faux jeton ! » Je m’attends à ce que ce pauvre gentil se délite et à peut-être devoir intervenir pour interrompre le « tabassage verbal » mais surprise, le « gentil niais » change de ton instantanément, l’atmosphère se charge et avec un « débit mitraillette » il part dans une démonstration où se mêlent exemples précis de dérapages passés retranscrits au mot, à la date et à la minute prês, considérations philosophique concernant la notion de justice et mise en garde ferme par rapport à une attitude déplacée. Le « petit chef » balbutie alors quelques mots, se confond en excuse et repart en rasant le mur comme un crabe qui tente de se dissimuler entre les rochers ; l’autre repart aussi de son côté en s’excusant : « Désolé de m’être emporté, je n’ai pas su garder mon calme mais dans dix minutes ça sera oublié… ».  
    Cet échange singulier fut à l’origine d’une remise en question de toutes mes certitudes concernant cette population de gens affublés du surnom de « bisounours », de « bons cons », de « bonnes pâtes », d’ « Alice au pays des merveilles », ce genre d’individus qui s’entendent dire à longueur de temps : « Toi tu es trop gentil, tu te feras tout le temps avoir… ». Comment une personne au caractère d’apparence si translucide peut-elle cacher une âme de Saint-Just ? J’ai eu de nouveau l’occasion de m’entretenir avec lui et je suis plus sensible depuis lors à ce type de comportement. Il m’est apparu que loin de ne rien comprendre à la complexité des situations et des échanges, ces « vrais gentils » ne manque aucunement de lucidité mais s’évertuent simplement à préserver leurs interlocuteurs en ne les mettant pas de manière trop violente et trop frontale face à leurs contradictions, leur manque de discernement, leurs faiblesses. Ils ne veulent simplement pas heurter de manière injuste leurs pairs si cela n’est pas nécessaire et justifié. L’humour et l’apparent détachement sont une manière de désamorcer les conflits qui ne semblent mener à rien à part à la souffrance inutile d’une des parties ? Je dirais qu’ils ont un sens profond de la justice et de grandes dispositions à la diplomatie ; ils tenteront toujours d’épuiser toutes les solutions possibles avant de choisir la manière forte et le conflit « brutal », mais c’est aussi pour cela qu’en fin de compte, lorsque ce même conflit est inévitable, ils risquent d’être, contre toute attente, les plus durs et intransigeants car totalement légitimes dans leur réaction, comme un fauve qui se retrouverait traqué et dos au mur. Ils sont loin d’être « mous » mais plutôt « relâchés », semblent « détendus » mais ne sont pas du tout « disparus ». Ce sont un peu les « Fonzy » de « Happy days » du 21ème siècle.
   Je pense sincèrement qu’actuellement la qualité de gentillesse n’est pas reconnue à sa juste valeur ; malheureusement, elle est trop vite assimilée à la bêtise plutôt qu’à une réelle preuve d’intelligence. J’ai la nette impression qu’il y aune forme d’inversion des valeurs comme lorsque l’on tente de me persuader que pour gouverner et avoir un poste à responsabilité il faut être capable de transiger sur certains principes, il faut être stratège (je dirais plutôt un peu « vicieux »), c’est là une preuve d’intelligence… il ne faut surtout pas être trop gentil. Au contraire, je pense que les vrais gentils sont simplement incapables de s’asseoir sur leurs principes, ils n’accordent simplement aucune valeur à la réussite au sens ou l’on veut nous la présenter de nos jours. C’est assez ironique mais il faudrait, par exemple, les mettre au gouvernement contre leur volonté. Pourquoi ne pourrait-on pas considérer la gentillesse comme une des plus grandes formes d’intelligence ? L’humanisme ne se caractérise-t-il pas par la plus grande considération du concept d’altérité. Dans un échange verbal, faire preuve de gentillesse est une manière de prendre en compte l’autre, sans l’aliéner, en lui permettant d’exprimer sans entrave son plein potentiel personnel de réflexion en se mettant soi-même « en retrait », sans pour autant abandonner l’idée de contester, après coup une idée que l’on pourrait juger inappropriée. Nous avons fondamentalement besoin de l’autre afin de développer, orienter, affirmer, infirmer, contredire, faire mûrir notre pensée. Le danger en étant trop arrêté sur ses positions, au point de vouloir imposer  ses idées aux autres, est de déconsidérer purement et simplement l’essence de l’être auquel on fait face dans un pseudo échange, en s’attaquant inconsciemment à certains concepts idéologiques à l’origine même de la formation de sa personnalité. Le pire est d’être incapable d’imaginer un terrain d’entente au sein duquel les changements de concept pourraient intervenir naturellement. Au final, pas question de détenir ou non « la vérité » mais d’en débattre pour en faire émerger une nouvelle forme naturelle et raisonnable.
    Pour finir je dirais que le « gentil niais » devrait être protégé comme une espèce rare en voie d’extinction dont la disparition mettrait en danger la survie de notre planète. Il est souvent désintéressé, se satisfait de peu, c’est pour moi quelqu’un qui ne court pas après des chimères, ne se bat pas contre des moulins à vent ; peut-être le contraire du fou, génial par sa simplicité. Nous devrions tous essayer d’être de « gentils niais » et pour ma part je vais essayer d’avoir le sourire plus facile et de me mettre aux bonnes blagues… Si vous en rencontrez un, profitez de l’échange, et surtout, croyez-en mon expérience, ne cherchez pas à tester les limites de sa tolérance, vous pourriez avoir une mauvaise surprise.

P.M.












  

jeudi 30 novembre 2017

Le président «inhumain », Emmanuel Macron, première intelligence artificielle au pouvoir.

Un nouveau palier a été franchi, nous avons assisté  le  dimanche 15 octobre 2017, lors de l’émission « Le Grand Entretien », à l’ une des interventions médiatiques les  plus pénibles du  nouveau chef de l’Etat ; plus pénible que ses cris de chouettes et ses incantations lors de la campagne présidentielle, plus pénible que sa marche interminable le soir de l’élection, plus pénible que ces petites phrases méprisantes à l’égard d’une grande partie de ses concitoyens (de l’étranger qui plus est), plus pénible que son idéologie développée dans l’entretien fleuve au point… je comprends maintenant pourquoi il hésitait tant à parler aux français : la peur de dissiper l’écran de fumée qui l’entourait et qui pouvait encore le  préserver. Le logiciel néo libéral est vraiment bien installé et le système d’exploitation fonctionnel ; malheureusement aucune écoute de sa part, l’apprentissage profond n’est pas encore au point et aucune mise à jour n’est prévue avant 5 ans. Un petit résumé du « macronisme » pourrait être un appel illuminé à la grandeur, à « la libération des énergies », à « l’héroïsme en politique » associé à une condamnation de notre pessimisme et de nos « passions tristes » délétères pour la nation ; traduction : application  concrète d’un énorme coup de bâton fiscal largement déséquilibré en faveur des plus aisés sans aucune garantie d’investissement et de baisse du chômage. Quelle différence entre les paroles, la « hauteur de vue » et les actes concrets ! Demandez leur avis aux fonctionnaires, aux salariés du privé, aux retraités ou encore aux maires.
    Pour ceux qui pourraient trouver un peu exagéré le titre de cette bafouille, je me propose de bien définir les termes qui pourraient prêter à confusion. Selon le Petit Robert, « inhumain » signifie « qui manque d’humanité », caractéristique particulièrement criante chez ce président avec cette forme de distance, de froideur qui se dégage de sa personne ; je reviendrai d’ailleurs sur ce point un peu plus loin.
Pour ce qui est de l’intelligence, au delà de la définition générale : « faculté de connaître, de comprendre », rappelons que le psychologue Howard Gardner à identifier 8 types d’intelligences (cf l’article wikipédia « Théorie des intelligences multiples ») : intelligence linguistique  (capacité à utiliser les mots et les nuances de sens ), intelligence logico-mathématique (capacité de manipuler les nombres et de résoudre les problèmes logiques), intelligence spatiale (capacité de trouver son chemin dans un environnement donné, et d’établir des relations entre les objets dans l’espace ), intelligence corporelle-kinésthésique ( capacité d’utiliser le contrôle fin des mouvements du corps ) , intelligence interpersonnelle ( capacité de comprendre les autres, de communiquer avec eux et d’anticiper l’apparition d’un comportement ) , intelligence intra-personnelle (capacité de se former une représentation de soi précise et fidèle et de l’utiliser efficacement dans la vie), intelligence musicale (capacité de percevoir et de créer des rythmes et des mélodies) et intelligence naturaliste (capacité de reconnaître et de classer la faune, la flore et les minéraux) . Dans le cas présidentiel qui nous intéresse on peut facilement  se rendre compte qu’il est possible de développer de bonnes intelligences logico-mathématique, linguistique et même musicale (il joue très bien de la flûte) et « en même temps » d’être limité en terme d’intelligence interpersonnelle (petites phrases, blagues douteuses et écarts de langages en fonction de l’interlocuteur), d’intelligence naturaliste (faible intérêt pour la question environnementale en dehors des slogans) ou d’intelligence spatiale (pour la Guyane par exemple, lors d’un mouvement social, il a parlé du fait de « bloquer le fonctionnement de l’île »). Les meilleurs comptables ne font pas forcément les meilleurs meneurs d’homme, il aurait dû se cantonner à son rôle de ministre de l’économie ; au moins dans ce cas il est encore possible de limiter les excès d’inhumanité d’un idéologue égocentré. D’ailleurs, en ce moment Le Maire et Darmanin auraient bien besoin de limites.
    Enfin l’adjectif « artificiel » qualifie ce qui est « produit par la technique, par l’activité humaine finalisée, et non par la nature ». J’ai noté chez lui le déroulement d’une logorrhée apprise faite de répétitions, de tics langagiers et de stratégies rhétoriques masquant difficilement un grand vide, un manque de sens et de direction concrète. Toutes ses références littéraires, philosophiques ou historiques sont autant d’artifices intellectuels destinés à habiller un esprit contrit incapable d’altérité sincère. Il me paraît inadapté au relationnel humain en dehors de son milieu politique et social d’appartenance.
    Le « grand » entretien évoqué me semble particulièrement intéressant car il s’agissait de la première fois depuis le début de sa communication ratée qu’il s’adressait à nous autres pauvres bougres français sans ambitions qui ne souhaitons même pas être milliardaires (pour lui nous n’en sommes sûrement pas capable d’ailleurs) ; l’objectif reconnu de cet exercice pédagogique étant la « clarification » de sa ligne directrice, le moins que l’on puisse dires est que je n’ai pas été déçu. 

    « A la fin des fins, les décisions stratégiques sont prises par le président de la République. Pourquoi ? Parce qu’il a reçu le mandat des françaises et des français… » Aïe, ça commence mal, sacré manque d’égard pour tous ces individus ayant voté pour lui seulement par peur du FN et pas du tout par adhésion à ses idées. Que dire de tous les abstentionnistes, ces personnes ayant choisi le bulletin blanc ou nul, ne sont-ils pas français ? Si je comprends bien, ne pas voter dans cette démocratie c’était donc lui donner ce mandat ; intéressant comme théorie, notre démocratie serait bien malade en fin de compte ! A quand la reconnaissance du vote blanc pour éviter ce genre d’ineptie à l’avenir !

    «J’ai toujours essayé de dire les choses depuis que je suis engagé dans la vie politique et de m’approcher d’une forme de vérité, celle que je pensais juste » ou encore « parfois quand on s’approche de la vérité on se brûle », inquiétant… personne ne lui a dit qu’il n’était pas le détenteur de la vérité que personne ne pouvait l’être d’ailleurs (n’est-il pas un président philosophe selon ses groupies ?), qu’il pouvait se tromper ; il est déjà Jupiter, il nous dit de « ne pas céder aux Cassandre »,  ne se prendrait-il pas aussi pour la Pythie, prêtresse de l’oracle de Delphes ? Pour un apôtre de « l’en même temps » tout est possible.

    Ensuite, intervient un long retour sur les qualificatifs peu amènes employés lors de sorties médiatiques frisant l’accident rhétorique : « cyniques », « fainéants », « fouteurs de bordel »,  « extrêmes ». Mention spéciale à cette fameuse phrase : « Une gare c’est un lieu où l’on croise des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien. » Le président se plaint alors aux journalistes : « Quand on sort le texte du contexte, le mot du discours on peut tout faire dire. » J’attends alors cette fameuse remise en contexte pour juger de pertinence de cette plainte, elle ne se fait pas attendre et il explique « Nous étions dans un hall de gare. » Pas plus ? En quoi cette réponse plus que légère change-t-elle quoique ce soit au sens de la phrase ? Pensée complexe sans doute, message subliminal que je ne maîtrise pas en référence à la gare. Pas du tout convaincant en tout cas. Pas bien grave, pas de reprise, on continue. Certains s’étonnent que l’on s’offusque de son parlé « cru », « dru », de son « discours de vérité » ; je pense qu’il est tout simplement incapable de s’adresser aux individus extérieurs à son milieu. Pour s’adresser au peuple il utilise un registre populaire ? A quand le « verlan » dans les quartiers ? Comme si nous n’étions pas capable de le comprendre dans son style soutenu lorsque nous sommes originaires de la périphérie de Paris. Personnellement cela a le don de m’agacer au plus haut point, ayant moi-même grandi dans le Val d’Oise, dans une banlieue que je qualifierai de fleurie, je pense avoir eu accès tout de même à un minimum d’éducation. J’ai bien sûr subi un certain nombre d’influences qui ont conditionné mon expression orale, j’ai pris souvent quelques libertés avec la langue de Molière, j’ai fréquemment fait des arrangements avec les règles les plus élémentaires de la rhétorique mais toujours dans un cadre bien défini. Oui nous sommes capables de faire la différence entre sphère privée et sphère publique, oui nous sommes capables de saisir l’importance d’un discours solennel, oui nous entendons que certains moments importants nécessitent que l’on soit capable de maîtrise et de mesure langagière. Respectez nous ! Ne nous infantilisez pas ! Si votre vocabulaire d’énarque est trop complexe, ne vous inquiétez pas, ce superbe ouvrage qu’est le dictionnaire de la langue française nous est tout à fait accessible même si nous n’avons pas à disposition celui de l’académie française !   

    Maintenant, retour satisfait et exalté sur son grand projet : « la transformation ». Mais vers quoi bon sang ?!!? « Transformation radicale pour que chacune et chacun trouve sa place dans notre société. » Mais quelle place ?!!? Pour qui ?!!? N’était-ce pas une tentative de clarification ? Ça ressemble plutôt à un enfumage encore plus flagrant que d’habitude ?
    Lors de l’évocation du taux de chômage et de la réforme du code de travail nous avons pu entendre, en réponse aux questions insistantes des journalistes : « Le taux de chômage n’est pas une variable qu’on ajuste. » Merci pour l’information, même si la lutte contre le chômage était l’une des justifications les plus avancées afin de justifier les fameuses réformes ; on nous aurait menés en bâteau ? Il est pourtant si sincère d’habitude. Ou encore « La plénitude des réformes qui sont en train d’être conduites par le gouvernement vous le verrez dans un an et demi, deux ans » ; « On ne juge pas de l’action d’un président  simplement à un indicateur (le taux de chômage) » Si je comprends bien nous devons supporter un grand nombre de mesures très brutales sans aucune garantie de retour en termes d’emploi (les spécialistes sont d’ailleurs nombreux à mettre en garde contre une possible nouvelle crise financière à laquelle nombre de concitoyens ne pourraient pas résister si l’on remet en cause de la sorte notre modèle social). Pour lui c’est gagnant- gagnant : si le chômage a baissé dans deux ans ce sera grâce à ses mesures, si le chômage a augmenté, il ne faut pas le juger sur ce critère, la conjoncture économique sera responsable. Ne serait-il pas un peu fourbe ?   
    Il aura eu au moins un bon conseil de son équipe de communication, lorsqu’il se justifie par « Sur tout, je fais ce que je dis. », heureusement  il ne va pas plus loin contrairement à son entretien fleuve dans le quotidien allemand « Der Spiegel » qui citait la veille : « Je ne suis pas arrogant, je dis et je fais ce que je veux ». Un petit rappel me semble important, le chef de l’Etat représente le peuple français donc il se doit de faire ce que ses concitoyens attendent de lui, il n’a pas encore une légitimité de droit divin, ne lui en déplaise. En  lançant « le peuple français a gagné parce que sa volonté à gagné. », il est en totale contradiction avec les mots employés en Allemagne où il exprime clairement le fait que c’est sa propre volonté qui prime. Accès de schizophrénie ? Je me trompe sans doute, je dois juste être un peu trop tatillon.

  Abordons maintenant le sujet de la flexibilité du marché du travail associé à l’apprentissage et la formation professionnelle ; une phrase a retenu mon attention : « on va mettre de l’apprentissage y compris dans les filières d’excellence » pourquoi les filières qui utilisent déjà ce système d’apprentissage ne pourraient-elle pas plutôt devenir elle-même des filières d’excellence ? Pourquoi ne pas imaginer faire des filières professionnelles dans le secondaire des filières aussi reconnues et estimées que les filières dites d’excellence ? Et bien non, avec lui il y aura toujours cette distinction entre filières de « champions » et celles de ceux qui doivent se contenter des restes. Pour moi, le plus affligeant est qu’il ne se rend même pas compte de la violence de son idéologie élitiste déclinée sous toutes les formes et dans tous les domaines. En référence à l’entrée dans la formation universitaire, nous avons pu entendre « On va définir des attentes dans une filière, des qualifications minimales », «On ne va pas s’engager dans une filière universitaire lorsqu’on ne sait pas les fondamentaux qui permettent d’y réussir. » Etonnant ce paradoxe de vouloir une société qui privilégie la mobilité des salariés mais qui va bientôt figer la mobilité des étudiants dans des filières de formation en orientant de plus en plus tôt et en limitant les passerelles ; pas de droit à l’erreur à un âge ou beaucoup ne savent même pas ce qu’ils veulent faire.  Que faire des vocations tardives, des motivations naissant sur le tas, des coups du sort, des rencontres fortuites ?   
    Pour ce qui est de la formation des chômeurs, autre morceau de bravoure : « Vous êtes par exemple au guichet d’une banque, dans les 5 à 10 ans qui viennent, il y aura, à cause de la transformation numérique et par la transformation numérique, un changement des usages (…) beaucoup d’emplois vont être détruits, je ne vais pas proposer de protéger celles et ceux qui ont ces emplois contre ce changement » ou encore « La société change, je ne vais pas proposer de vous protéger contre la société et son changement, je vais vous proposer de vous armer pour trouver une place dans cette société qui change ». Tout d’abord merci pour eux, ils doivent être ravis de savoir qu’ils ne seront pas protégés, et ce n’est pas le fait de l’énoncé clairement qui rend la chose moins condamnable, surtout pour le premier représentant de l’Etat dont l’une des fonctions est de protéger ses concitoyens. Au delà de l’expression d’une pensée manquant totalement d’empathie, on peut y voir le même type de clarification à l’œuvre lors de ratés médiatiques marquants comme lorsque Jacques Attali, soutien de la première heure s’il en est, disait à propos du mouvement social sur le site de Whirpool à Amiens :
« C’est une anecdote, non pas au sens péjoratif du mot… Ça s’inscrit dans un contexte plus large, c’est à dire le contexte de la mondialisation ou de la fermeture. » Un parallèle est possible entre ces deux personnalités qui vantent la bienveillance et l’épanouissement personnel de chacun (belle déclaration d’intention) tout en reléguant des licenciements économiques à de simples dommages collatéraux indispensables au bon développement d’un projet « grandiose ».

    A la seule question claire posée à propos du coût de la réforme visant à permettre aux salariés démissionnant volontairement de toucher les ASSEDICS, pas de réponse mais une certitude : « Nos concitoyens n’ont pas envie d’aller toucher le chômage. » Quelle surprise alors de l’avoir entendu, au cours de ce même entretien, qualifier le chômage de longue durée « d’exemple même de la faiblesse française, on indemnise mais on dit au gens, parce qu’on donne de l’argent, restez là, et on ne vous forme plus ». Je m’y perds avec tant de complexité, il y aurait un effet d’aubaine pour certains mais pas lorsqu’on décide de permettre une indemnisation pour des cadres voulant changer d’emploi, cadres qui ont déjà plus facilement accès aux formations professionnelles.
Et quelle belle présentation des avancées dans la prise en charge des chômeurs, quelle rupture, la France va faire… ce qui se fait déjà : « bilan personnalisé de compétence », « est-ce qu’il y a des offres qui peuvent lui être données ? », « s’il y a des offres décentes, raisonnables (…) alors il faut qu’on s’assure qu’il recherche bien de manière active un emploi. » Bon résumé de ce que fait déjà pôle emploi… et, pour finir, une belle stigmatisation des chômeurs affublés du qualificatif de « multirécidiviste » ; peut-être qu’au lieu de suspendre les droits aux indemnités, il voudrait les mettre en prison. Même logique pour les questions de sécurité nationale, aucune prise de risque : « on va faire ce qu’on doit faire (…) reconduire les personnes délinquantes en situation illégale ». Il ajoute tout de même « protéger c’est la première mission de l’Etat » (sauf pour les employés aux guichet des banques).

    Autre moment très gênant, lorsque j’apprends que le harcèlement à l’encontre des femmes était déjà rapporté par « toutes les femmes en région parisienne » lors de sa consultation « la grande marche » alors qu’il était seulement candidat. Comment expliquer qu’il attende alors les déflagrations de l’affaire Weinstein pour commencer à se mettre en marche sur le sujet ? Pourquoi ne pas s’être saisi de ce problème même avant de penser aux fameuses ordonnances ? J’oubliais, il est vrai qu’il y a des priorités, les questions de finances et de budget priment sur le reste, je dois être vraiment mauvais en calcul !
    Référence est faite à « la police de sécurité et du quotidien » et son rôle dans les transports pour lutter contre ce type de harcèlement fait aux femmes  en localisant les méfaits potentiels : « ce sont dans les quartiers les plus difficiles où les magistrats ont énormément à faire »… hop, une nouvelle sortie de route ! Allez, pourquoi se priver, stigmatisons encore les populations des quartiers difficiles !!! L’affaire DSK, l’accusation contre Denis Baupin de harcèlement et d’agressions sexuelles, les sifflements lors de la prise de parole de Cécile Duflot pour une histoire de robe, les caquètements lors du passage de Véronique Massoneau à l’assemblée nationale ; pour moi, nous sommes plus proches du Ritz ou de l’Elysée que du train de banlieue, et je pense par contre que dans ces hautes sphères de l’Etat les magistrats n’en font peut-être pas encore assez ! Je ne demande pas du tout que l’on soit complaisant à l’égard de certains comportements clairement inappropriés ou condamnables en fonction du milieu social d’origine, je demande simplement que l’on soit pour une fois juste et impartial dans le jugement et dans la manière de présenter les choses.
    Autre question directe concernant, la PMA : pour ou contre ? Il ne répond pas, il se réfugie derrière les décisions des commissions et lance même un très prévenant « sur ces sujets  de société, le politique ne doit pas brutaliser les consciences, les convictions profondes que je respecte chez chacune et chacun » ; « je souhaite que nous ayons un vrai débat » ; « je veux que nous ayons une conversation apaisée ».  Très bien, mais pour les autres questions toutes aussi importantes il ne faudrait pas hésiter à user de brutalité alors ? Le code du travail n’est pas un sujet sociétal assez important ? Les APL pour les étudiants non plus ? Et la CSG pour les retraités, pas besoin de débat apaisé ? Les classes populaires et les classes moyennes se sentent bien brutalisées pourtant.

   Au choix, point culminant de l’entretien ou fond du trou et défaite de la pensée : sa référence à « la jalousie » en France et l’image des « premiers de cordées ». Petit florilège : « ce sont ce que j’appelle les passions tristes de la France, la jalousie » ; « je ne crois pas à la jalousie française » ; « je crois à la cordée » ; « si on commence à jeter des cailloux sur les premiers de cordée, c’est toute la cordée qui dégringole » ;  « je veux qu’il y ait des femmes et des hommes qui réussissent pour tirer les autres » ; « je n’aime pas la jalousie qui consiste à dire : ceux qui réussissent on va les taxer, les massacrer parce qu’on ne les aime pas ». 
Tout d’abord je trouve nauséabonde son habitude de faire l’amalgame entre réussite au sens large et réussite financière, la seule qui semble trouver grâce à ses yeux. Il est tout à fait incroyable qu’il soit incapable de comprendre que certaines personnes n’ont pas pour ambition d’être riches. Il y a tout de même un juste milieu entre vouloir  « massacrer » les riches et les admirer en perdant toute rationalité. Avec Macron nous pouvons voir où cela mène : une alliance indéfectible avec des milliardaires. Imaginons un instant que quelqu’un comme Zuckerberg arrive à la présidence des EU , cela risque de se terminer en dîner aux chandelles avec mots doux à la clé (c’est déjà presque arrivé avec Trump en juillet dernier).
Pour tous ceux qui paient largement leur dû en terme d’impôt et qui, de par leur domaine d’activité peu dépendant d’investissements financiers toujours plus grands, n’ont en aucun cas l’impression d’être tirés par qui que ce soit, il est bien difficile de subir les diatribes condescendantes d’un donneur de leçons spécialiste dans les petites intrigues et les grandes affaires. De plus, s’il s’agit, comme je le crois, de tirer sur la cordée pour mener ses concitoyens là ou l’oxygène se fait rare, je ne peux que rejeter cette métaphore. Pour ceux qui sont d’ailleurs considérés comme les premiers de cordée de la nation Française, il a lui même évoqué « les jets de cailloux », il semblerait que pour eux des casques renforcés comme celui des ouvriers qui souffrent des visites présidentielles soient de mise.
Toujours à propos de la jalousie et de l’idée d’envie : comment faire entendre qu’il existe des individus qui ne placent pas les honneurs, le pouvoir ou la richesse comme objectif de vie ; il existe bien des gens « humbles » , et il n’y a rien de péjoratif dans l’emploi de ce qualificatif, qui ne sont pas moins valables ; ils ont seulement des valeurs et des principes différents. Je ne comprends pas cette dichotomie entre gens riches et individus qui voudraient l’être. Les oubliés de la « macronie » ne sont pas seulement les gens pauvres, se sont aussi les gens humbles, simples, mesurés qui ne pourront plus se permettre de vivre simplement comme ils le souhaiteraient. Pourtant ils sont souvent éduqués, capables,  « intelligents » (concept complexe comme cela a déjà été évoqué) voir brillants. Je ne considère pas qu’il faille être pauvre pour être honnête mais je ne crois pas non plus qu’il faille être riche pour être valable. Ce n’est pas la richesse qui est problématique, c’est simplement le fait de placer l’enrichissement personnel au sommet de l’échelle des valeurs personnelles qui est désolant.

En conclusion je vous livre donc ce que je retiendrais de son action derrière l’expression de cette bouillabaisse mentale qu’il nous a servie pendant plus d’une heure. Au delà des beaux mots, sous le vernis jupitérien qui ne demande qu’à craqueler on peut tout résumé par un seul chiffre, 3, comme les 3% de déficit que la France doit atteindre coûte que coûte, même si pour cela on doit baisser les moyen des étudiants sans le sou, presser comme des citrons les retraités, couper les vivre à des associations, licencier chez France télévision, se mettre à dos tous les services publics… Pour tout ce qui ne fonctionne pas pour lui, comme les emplois aidés, on supprime sans mesure des conséquences et on verra plus tard pour les réparations. Par contre il faut que nous comprenions bien, nous ignares, qu’il est nécessaire de renforcer « le message positif que cette majorité (LREM) souhaite porter à l’égard des acteurs économiques de premier plan que son les entreprises » : flexibilisation du marché du travail avec facilitation des licenciements, réforme de l’ISF, flat taxe à 30%, suppression de la dernière tranche de « la taxe sur les salaires » (concernant surtout banques et assurances) , amendement sur la baisse des contributions patronales dans les actions gratuites… ce n’est plus un message positif mais une déclaration d’amour ! Le but est de transformer la société, de libérer les énergies, s’adapter au changement profond… pas très clair tout ça, tant pis, si vous ne suivez pas vous serez laissés sur le bas côté ; il faut aller se former  là où il le souhaite, de toute façon les portes d’entrée de certaines filières seront encore plus verrouillées et il faudra se recycler au plus vite dans le secteur du numérique quel que soit votre âge. Il s’agit de donner au plus vite le plus de moyens possible aux financiers, aux entreprises donc aux investisseurs potentiels, sans aucune contrainte ni garantie qu’ils n’investissent effectivement ; tout cela en sacrifiant tout notre modèle social, les moyens et les conditions de vie des classes populaires et moyennes ! Et pour les questions sociétales clivantes comme la PMA il n’a pas d’avis, nous verrons plus tard…Vu la manière de considèrer son peuple, pas étonnant qu’il n’ait aucun scrupule à « désosser » le code du travail, à stigmatiser les chômeurs, à attaquer en règle la sécurité sociale. Quel décalage entre son image à l’international ou il apparaît comme une sorte de représentation fantasmagorique de l’idée d’espoir et de renouveau et son image à l’échelle nationale ou il apparaît plutôt comme une grande faucheuse sociale adepte du tout numérique. Dorénavant, sa stratégie d’éparpillement, de mouvement perpétuel sans sens établi semble caduque, cette clarification est aussi le moment ou il est obligé d’avancer à visage découvert. Il ne peut plus passer sous les radars après une performance si choquante.

P.M.