mercredi 2 mai 2018

Si c'était à refaire... je ne changerais rien. Si aucune évolution majeure ne survient, je choisirai l'abstention lors des prochaines échéances électorales.

Texte envoyé à plusieurs rédactions lors de l'entre-deux-tours de l'élection présidentielle française de 2017.


Je voterai blanc le 7 mai 2017, c’est ma responsabilité, laissez-moi au moins cela.

Lettre ouverte à l’ensemble de notre classe dirigeante : maîtres chanteurs, maigres penseurs et surtout mauvais « entendeurs ».

Je vais voter, c’est ma manière d’entretenir l’espoir, peut-être illusoire, d’une « ré-évolution » citoyenne non violente.
Je tiens à dénoncer ici votre campagne de culpabilisation à l’encontre des personnes qui pourraient choisir un vote blanc, nul ou préférer l’abstention.
Précisons tout d’abord que je rejette en bloc tout ce qui de près ou de loin peut ressembler au Front National, jamais je n’ai pensé une seule seconde voter pour un de leurs représentants. La raison est personnelle, c’est une question d’éducation reçue, de principes moraux et de convictions. Je possède la double nationalité franco-espagnole, je suis fils et petit-fils d’émigrés, c’est donc un déchirement pour moi d’imaginer un tel parti au pouvoir. 
Cependant, cette élection est une voie sans issue. J’assume donc totalement la responsabilité de mon vote blanc et le risque de voir le pire au pouvoir. Quel que soit le résultat du scrutin, je me prépare à devoir me mobiliser comme jamais je ne l’ai fait auparavant  afin de protéger nos droits.

Pendant combien de temps devrais-je accepter ce jeu dangereux qui permet la montée insidieuse du FN depuis 15 ans ? J’étais étudiant en 2002, rien n’a changé, je me suis déjà senti pris en otage lors de cet ancien vote. Très vite, il a été oublié que c’était une élection par défaut ; moi je vais marquer à ma manière le défaut de l’élection présente. Les mémoires sont souvent arrangeantes, la mienne est encore « à vif ». Si votre réelle prise de conscience est à ce prix, le dépouillement m’imposera le coût réel à subir. Je ne cèderai pas à la peur cette fois-ci.  Dorénavant la coupe est pleine, je ne veux plus subir cette dictature de votre pensée. Cette pensée qui vise à me faire passer pour un soutien de ce parti nauséabond alors que je choisis juste de ne pas participer à votre mascarade : bel exemple d’un glissement vers le fascisme ordinaire. Je n’appelle personne à faire le même choix que moi, je demande juste que l’on respecte ma démarche, que l’on me respecte, tout simplement.
J’entends depuis le premier tour ces appels au vote « utile », je tiens à vous rappeler qu’en fonction du contexte et des enjeux, certains crimes abominables peuvent passer pour « utiles ». En poussant votre principe d’utilitarisme à l’extrême, admettons que dans 10 ou 15 ans le diktat politique « impose le choix » (formule intéressante qui vous définit très bien) d’un parti d’extrême droite, et bien, si le sort me permet encore d’être debout, vous me trouverez là, empreint de ma pleine et entière irresponsabilité en train de nier votre pseudo-évidence.
Vous allez trop loin, je voulais me taire jusqu’à maintenant, vous m’obligez à me défendre. Vous êtes une nouvelle fois injustes. Arrêtez de pointer du doigt les individus qui, comme moi, veulent voter blanc, ce n’est pas une simple réaction de colère déraisonnée.  Pour ma part je comprends les enjeux. Oui le doute m’assaille au quotidien, oui c’est un véritable cas de conscience. Il m’arrive même d’imaginer un certain soulagement en me projetant  après l’échéance du 7 mai  et en pensant aux explications possible de certains de mes concitoyens m’ayant « sauvé la mise » pendant que je « boudais ». L’avenir seul nous dira si quelque chose peut être sauvé  avec votre candidat, dans tous les cas, je me tiendrai prêt à résister. Ne me traitez pas comme un enfant capricieux et boudeur, tentez plutôt de vous occuper de votre enfant gâté.
Pour l’heure je choisis d’arrêter ces calculs algorithmiques entre le pire, le moins pire, le soupir… Je n’ai aucune envie d’être militant d’un parti, ou d’un mouvement, je veux rester libre de ma pensée, cependant je me sens plus proche des idées d’un certain candidat écarté (je vous laisse imaginer lequel). Vous êtes capable de choisir entre d’un côté, vous soumettre au parti de la peur, de la haine, du repli sur soi, du fascisme et de l’autre, vous soumettre à ce mouvement du libéralisme excessif, de l’aliénation des travailleurs et salariés, de l’interventionnisme mortifère à l’étranger ?  Bravo à vous, vous êtes sans doute de meilleurs citoyens que moi ; je choisis mon humanisme, ne pas me soumettre du tout.
Nous sommes responsables de notre vote, pas de l’accumulation de vos erreurs passées. Vous comptez sur notre bon sens quand cela vous arrange mais vous méprisez notre intelligence. Vous passez pourtant volontiers outre notre volonté ; les exemples ne manquent pas : référendum de 2005, 49:3 divers et variés. Et bien assumez maintenant. Au vu des agissements et conditions de vie de nombre d’entre vous, vous me semblez bien mal placés pour en appeler à la morale citoyenne.
Autre ressort de cette culpabilisation : quelle société laisserons-nous à nos enfants et nos petits-enfants ? Et bien je répondrais que j’ai moi-même des enfants en bas-âge, je ne peux donc pas m’offrir le luxe de « m’asseoir » sur mes propres principes, sinon, quel exemple leur donnerais-je ? Je refuse aussi qu’ils soient obligés de jouer au même jeu que moi dans 15 ans et qu’ils voient s’étioler leurs espoirs au fil du temps. C’est maintenant que j’ai la force de me battre pour leur avenir.
Vous utilisez la culpabilité comme arme de destruction de la conscience collective. Vous jouez à nous faire peur en agitant le spectre du fascisme sans vous rendre compte que vous jouez avec nos vies mais aussi avec les vôtres. Il faut savoir qu’une partie de plus en plus importante de vos concitoyens ne partage pas votre vision du monde et de la France, il est intolérable de culpabiliser sans cesse le peuple que vous avez si longtemps aliéné par votre malhonnêteté intellectuelle. Ce peuple ne demande qu’à se réveiller. S’il vous plaît, cessez d’étouffer notre désir d ‘émancipation parce que vous croyez savoir ce qui est bon pour nous, rompez avec ce sophisme qui consiste à confondre notre bien-être et votre confort. Votre soif d’argent et de pouvoir ne vous rend pas plus méritants ; nombre d’entre nous ne poursuivent pas les mêmes objectifs que vous mais ne méritent pas pour autant d’être soumis. Nous voulons juste notre liberté : liberté de penser, liberté d’agir. Rendez-nous ce droit au bonheur le plus élémentaire que vous nous avez confisqué depuis si longtemps.
J’espère enfin que vous ne rendez pas votre candidat responsable seul de la faillite possible de votre entreprise : cette sorte de mépris des gens du peuple lors de certaines sorties médiatiques hasardeuses, ces discours alambiqués dont lui-même perd le fil et qui s’avèrent après coup avoir un double voir un triple sens, cette volonté à peine voilée d’incarner « une vision » au détriment d’un programme clair et précis… D’aucuns seront impressionnés par une certaine maîtrise de la langue, par de nombreuses références littéraires. La connaissance rassure surtout quand on sait la rendre inaccessible. Qu’en est-il du respect de la simplicité, de l’honnêteté, de la sincérité ? Ce sont tous ces manquements que je trouve irresponsable, mais il n’est pas le seul à mettre en cause, il est tout simplement le meilleur représentant de votre caste à bout de souffle.

Cordialement. Pablo MOUETTE (simple citoyen, travailleur indépendant).



jeudi 19 avril 2018

Effondrement politique le 15 avril 2018 : comment Macron a totalement discrédité la fonction présidentielle.

     Personne ne pouvait imaginer qu’il était possible de faire mieux que Hollande et son concept de « président normal » ; c’est pourtant chose faite avec Macron que l’on pourra dorénavant associer à l’image d’un « président anormal ». Plenel et Bourdin ont largement contribué à ternir le rôle de chef de l’état à base d’invectives, de conseils donnés et de familiarités. Il serait d’ailleurs bien malvenu de condamner les deux journalistes pour s’en être tenus à leurs principes, pour ne pas avoir dérogé aux règles journalistiques qu’ils se sont eux-mêmes fixés. Ils ont parfaitement joué leur partition, il était d’ailleurs plutôt plaisant de voir un imposteur se réveiller après son rêve jupitérien. Il est toujours bon de rappeler qu’aucun individu ne doit pouvoir se croire supérieur à un seul de ses pairs, quelle que soit la raison.
     Il est tout de même étonnant d’apprendre que l’Elysée a choisi les interlocuteurs et le format de l’entretien, ce n’était donc pas un aveu d’humilité de la part du chef de l’état (en est-il seulement capable ?) mais plutôt une stratégie médiatique savamment orchestrée. Mais dans quel but ? Comment comprendre qu’il détruise en quelques heures l’image jupitérienne qu’il s’est évertué à installer depuis le début de son mandat ?
Certains parlerons de souplesse intellectuelle, je parlerai d’inconstance ; certains évoqueront une vision stratégique, j’évoquerai une absence de fierté, une capacité à renier tous ses principes pour la poursuite d’un objectif politique. Il a bien fait la démonstration que la fin justifiait tous les moyens ; une fin toujours pas clairement établie, définie. Cet homme ne me paraît pas digne de confiance, on peut respecter quelqu’un sans adhérer à ses idées mais le respect se gagne honnêtement par des actes et par l’exemplarité ; il ne se décrète pas par ordonnance, ne se gagne pas par la manipulation d’image au nom d’une sacro sainte intelligence ou d’un idéal de pragmatisme qui pourraient justifier les plus infâmes bassesses. A mon sens il se sent acculé par la gronde sociale qui prend de l’ampleur chez les jeunes. La jeunesse est l’expression, à l’échelle humaine, de l’entropie universelle, une tendance au désordre intérieur qu’il est difficile d’endiguer et illusoire de vouloir contrôler ou diriger. Cette offensive médiatique m’a semblé aussi efficace que de vouloir arrêter un torrent millénaire à l’aide d’une digue de quelques centimètres.   En tentant de séduire les nouvelles générations pour calmer l’ardeur estudiantine et en revêtant son costume de dirigeant de « start-up » abordable il leur a seulement prêté le flanc en justifiant des débordements futurs.  De plus, n’a-t-il pas inquiété, voir effrayé, son élite chérie dont les membres sont plus conservateurs qu’ils ne le disent malgré toutes les mélopées servies  sur les plateaux et dans les conférences dites « progressistes »  ? Ne sont-ils pas les plus dignes représentants de cette tradition élitiste française à l’origine de la reproduction des inégalités sociales ?  « L’en-même-temps-tisme » atteint ses limites. Heureusement, il subsiste quelques journalistes pour crier au « coup de génie médiatique » au « combat viril » ; je pense plutôt que l’épée de Damoclès s’est abattue sur la figure présidentielle sans que les conséquences directes ne puissent être prédites. Il est difficile de savoir combien de temps pourra durer la mascarade macronienne, cette religion du nouveau qui devient, par manque de perspectives, religion du pire. A force de louvoiements intellectuels la bipolarité réelle guette dangereusement et la confiance des français risque de s’éroder de manière inéluctable. Personnellement, je trouve profondément anxiogène le fait d’avoir à la tête de l’état quelqu’un qui peut contredire dans les faits tout ce qu’il déclare par ailleurs dans le but de servir des intérêts que lui seul connaît… et que dire de sa qualité de spécialiste des fausses nouvelles, lui  qui propose de rédiger une loi sur les « fake news » ? (déclarations concernant la présence américaine prolongée en Syrie ou la ZAD de Notre Dame des Landes démenties dès le lendemain) Cynique n’est-il pas ?
     Espérer camoufler une accumulation de décisions hiérarchiques arbitraires et une autorité illégitime derrière le filtre d’un entretien irrévérencieux c’est sous-estimer grandement la nature humaine qui ne peut jamais se satisfaire de l’injustice réelle ressentie. Pour reprendre ce terme « sous-estimer », il est à mon sens l’expression du drame de la présidence Macron : quelqu’un qui n’estime que sa propre personne est conduit fatalement à sous-estimer tout le monde…

P.M.


mardi 6 mars 2018

La stratégie gouvernementale du « marchand de tapis » ou l’art de nous faire « prendre des vessies pour des lanternes ».

           Tout d’abord il convient de présenter des excuses à tous les marchands  qui pourraient se sentir injustement attaqués en étant comparés à nos caciques, véritables tacticiens de la fourberie dénués de tout scrupule.  Une magnifique illustration de cette stratégie a pu être observée ces derniers jours lors des annonces sur la réforme de l’assurance chômage, plus précisément au sujet de l’instauration d’une indemnisation pour les démissionnaires et les indépendants. Initialement il était prévu, dès les premières annonces à l’automne 2017, de permettre à toute personne remplissant les critères (pas encore définis) de pouvoir user de ce dispositif « tous les 5 ans » ; puis, sans doute en raison des sombres prévisions de comptables mal intentionnés, il a été décidé de complexifier la démarche à un degré qui aurait découragé même Albert Einstein ; enfin, en mars 2018 la ministre du travail fait une annonce et tous les médias insistent bien sur le fait que le gouvernement fera une belle faveur en réduisant le délai à respecter avant une reconversion, le faisant passer de 7 ans à 5 ans… en clair, je vous donne ce qui était prévu au départ en terme de délai mais je maquille cela en concession afin de masquer tous les obstacles nouvellement établis…
Ce n’est pourtant pas la première fois que cette technique grossière est employée. Dès lors, comment imaginer que quelqu’un puisse se faire encore abuser ? Ils promettent à leur cible, ou plutôt leur partenaire de négociation, un aller simple au purgatoire et une fin de voyage dans une cellule capitonnée sans aération. Après quelques discussions pour la galerie, dans leur infinie bonté, ils  font l’énorme concession d’accepter finalement de creuser une fenêtre de la taille d’un trou de souris et de desserrer quelque peu les liens de la camisole de force. Il faudrait en plus leur dire merci et que l’on applaudisse leur amour du dialogue. Les plus belles victimes de cette supercherie ont été, il n’y a pas si longtemps, les Mailly et autres Berger. Lors des « concertations » pour la réforme du code de travail ils sont ressortis presque « à poil » de leurs entretiens avec l’exécutif  et ont, sans aucune fierté, trouvé encore la force de faire des courbettes devant les caméras en remerciant les grands diplomates de leur avoir laissé leur slip… Laurent Berger a tout de même changé de refrain dans le Journal du Dimanche : « la méthode Macron, c’est : vous discutez et je tranche ». Et bien, il lui aura fallu quelques mois pour s’en rendre compte… il n’est jamais trop tard pour que l’autruche sorte la tête du trou cependant il y a fort à parier qu’elle va y retourner bien vite.

    Autre technique: on parle exagérément de pseudo avantages condamnés en bloc par l’équipe dirigeante puis on attend patiemment le matraquage par leurs collaborateurs médiatiques qui laissent une place plus que limitée aux contradicteurs. Une grande partie de la fonction publique doit subir ce traitement, en ce moment ce sont les cheminots qui sont dans l’œil du cyclone. Quelle ironie lorsque l’on pense à ces travailleurs du rail qui vont devoir défendre leur statut et bientôt leur régime de retraite face aux injonctions de technocrates qui bénéficient d’avantages et de privilèges indécents jamais remis en cause... Il y a pourtant un principe de base : comment demander à des gens de faire des efforts importants si soi-même on n’en consent aucun? Qu’en est-il de l’exemplarité? Je commence à penser réellement que parmi ces grands politiques se cachent de véritables "malades" atteints de troubles psychiques graves; des individus qui, par leurs excès, accélèrent leur crise d’autodestruction, comme des junkies se shootant à l’argent et au pouvoir  et qui ne s’arrêteront pas tant qu’ils n’auront pas atteint l’overdose sociale, ou tant qu’ils n’auront pas changé tout ce qui peut leur être cher en billets de banque, en bitcoins ou en lingots d’or... des sortes de Midas modernes qui, non contents d’être en état de décomposition mentale avancée veulent empoisonner tout ce qui reste de “sain” pour peu que cela leur rapporte de l’argent.

    Notons aussi l’illusion rhétorique présidentielle qui a été particulièrement appuyée lors du forum  économique mondiale de Davos. Le « chef de l’Etat » a osé avancer ces propos : « On a fait croire que la croissance concernait tout le monde. Ce n’est pas vrai. Elle est de moins en moins juste, concentrée sur les 1% les plus riches ». Le cynisme de ce personnage ne semble pas avoir de limites ; il énonce un simple constat sans autre explication et encore moins en abordant de possibles solutions concrètes, encore une belle déclaration d’intention qu’il s’empresse d’oublier une fois le discours terminé; encore un coup de communication dont il est si friand… Les recommandations semblent pourtant claires dans le rapport publié quelques heures plus tôt par l’Oxfam (Partager la richesse avec celles et ceux qui la créent) : « Les états doivent créer une société plus équitable en privilégiant la main-d’œuvre ordinaire et les petits producteurs et petites productrices de denrées alimentaires et non les riches et les puissant-e-s » (en écriture inclusive dans le texte). Le World inequality lab et son Rapport sur les inégalités mondiales 2018  dresse un constat tout aussi préoccupant :  « Lutter contre les inégalités de revenus et de patrimoines dans le monde exige d’importants changements de politique salariale au niveau national et mondial. Les politiques éducatives, la gouvernance des entreprises et les politiques salariales devront être revues dans de nombreux pays. La transparence des données est aussi un enjeu majeur. » On ne peut qu’être affligé en constatant que le président, malgré ses effets d’annonce, applique une politique économique en totale opposition avec les indications de ces deux documents.

    L’imposture ne pourra pourtant pas durer éternellement, l’emploi de toutes les techniques de psychologie comportementale du monde ne pourra jamais masquer l’insincérité et la vacuité des démarches gouvernementales actuelles… 

P.M.



mercredi 31 janvier 2018

« Pestilentielles » conclues en mai 2017 suivies de ses élections « itératives » en juin de la même année. Où se cachent, en 2018, la majorité des désabusés des dernières mascarades électorales ? Sommes-nous réellement condamnés à subir cette politique antisociale moribonde et illégitime ?

   Comment expliquer qu’une mobilisation sociale généralisée ne soit pas encore d’actualité ? Saluons ces îlots de résistance qui fleurissent tout de même : grève des gardiens de prison, manifestations du personnel hospitalier, mobilisation imminente des enseignants, associations dénonçant le traitement inhumain des exilés, contestation de la mise en place de Parcoursup, remède bien pire que le mal,  groupes de salariés qui tentent de se faire entendre dans le privé…
Certains citoyens risquent de perdre patience sous peu, surtout parmi ceux qui connaissent une détérioration « en marche » rapide de leur qualité de vie (conditions de travail anxiogènes, taxes diverses et maquillage de la baisse du pouvoir d’achat, prévisions arrangées de certains ministres, « serrage de ceinture » immédiat avec contreparties positives seulement hypothétiques dans plusieurs années…)  et un drame ne pourra pas longtemps être évité. Nous sommes proches d’atteindre le point de non retour, de rupture totale entre l’Etat et les citoyens français. Je pense que tout le monde a compris que les dirigeants souhaitaient un désengagement majeur, pour des questions de budget, dans la plupart des secteurs relatifs au bien-être et à la sécurité de leurs concitoyens. L’Etat français nerisque-t-il pas d'être reconnu coupable de négligence et même de non assistance à personne en danger?   Je ne comprends pas pourquoi aucun opposant « sérieux » au gouvernement ne fait un appel franc à une mobilisation nationale au moment où la sauvegarde de notre système de santé, pierre angulaire du système social français, est dramatiquement menacée. Ont-ils été échaudés par la réponse timide des citoyens au moment des premières sollicitations pour lutter contre l’instauration de la loi travail ? Ne craignent-ils pas plutôt d’être tenus responsables de l’explosion sociale qui s’annonce ? Ils devraient tout de même prendre garde  car à l’heure des comptes, dans un climat que je considérerais comme déraisonné, le discernement ne sera sans doute plus de mise et s’ils ne se mettent pas en action maintenant le souffle risque de les atteindre malgré toutes leurs bonnes intentions.
    Je suis non violent mais n’accepterai jamais de tendre l’autre joue; je me suis rendu  à plusieurs rassemblements en septembre 2017 et j’ai bien vu le mouvement se désagréger au fil des semaines, quelle frustration ! C’était pourtant une belle occasion de faire reculer Jupiter et ses sous-fifres. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai entendu, lorsque je tentais de convaincre du bien-fondé de ce genre de manifestation, les réponses affligeantes comme : « de toute façon ça ne sert à rien… », « mais c’est impossible… », « tu vas te retrouver tout seul… », « les gens sont des moutons, ils n’iront jamais, je ne vais pas me déplacer pour rien… » ; quelle consternation pour moi ! Mes interlocuteurs étaient souvent des individus dans la force de l’âge, sans problèmes économiques majeurs, et souvent sans responsabilités familiales… ce fatalisme généralisé a le don de me faire enrager ; beaucoup font mine de s’émouvoir pour la forme puis retournent à leurs petites affaires. Pourtant, plus de 2 millions de personnes dans la rue et nous aurions pu observer nos gouvernants « en marche arrière ». Je n’ai jamais été un activiste acharné mais cette période est plus qu’inquiétante, l’heure est grave, il y a urgence, nous subissons bien une attaque en règle du modèle sociétal français, et le volet social sera bientôt condamné. Je n’ai jamais été militant d’un quelconque parti et ne le serai sans doute jamais car je ne tiens pas à être responsable d’autre chose que de mes propres idées et de mes convictions personnelles ; cependant je suis prêt à répondre à l’appel pacifique mais déterminé de n’importe quel syndicat, parti, mouvement politique ou citoyen si la lutte me semble légitime, nécessaire et à l'échelle nationale. Honte aux querelles politiciennes égotistes et  stériles qui tétanisent beaucoup de militants !
    Je fais partie de ce groupe de citoyens proscrits qui a choisi de voter blanc au deuxième tour de l'élection présidentielle. Cela m’a valu d’être couvert d’opprobre, comme tous ceux qui ont fait le même choix, par la grande majorité des médias traditionnels pendant l’entre-deux tour. Comment choisir entre  d’un côté, incompétence, obscurantisme et xénophobie et de l’autre « macro-libéralisme » décomplexé (ou « libéralisme mensonger »), double discours et mépris de classe … c’est naviguer de Charybde en Sylla. Macron aura au moins servi de révélateur en faisant appel aux désirs les plus bas de tous ses collègues les plus opportunistes et spécialistes du « retournement de veste » : Pour qui le plus de reconnaissance ?  Pour qui le pouvoir le plus grand ? Qui prépare la « reconversion » la plus attractive dans le privé ? Un nombre impressionnant de députés « translucides » devenus « brillants » à la faveur du coup de baguette macronien.  Cela ressemble à un concours entre ceux qui ont le moins de scrupules,  qui renient le plus facilement leurs principes et oublient le plus aisément leurs engagements passés. Le coup de balai promis ressemble plus à un ballet de petits rats d’opérette. D’ailleurs, pour ceux qui n’auraient pas encore assez de motifs d’indignation, j’invite vivement à lire les ouvrages de Daniel Pascot, Pilleurs d’Etat Tomes 1 et 2, ainsi que l’enquête de Vincent Jauvert publiée en janvier 2018, Les intouchables d’Etat. Dans les deux premiers sont évoqués tous les abus légaux perpétrés en toute impunité par une partie de nos élus ; le dernier dresse un tableau peu reluisant d’une partie  de la haute fonction publique  (cadres de Bercy, conseillers d’Etat, inspecteurs des finances…) entre pantouflage à la limite de la légalité et conflits d’intérêt potentiels… En prenant connaissance de ces informations, si quelqu’un n’est pas révolté du moins intellectuellement contre la caste de nos dirigeants, il mérite bien son sort d’esclave moderne.

    Ces derniers mois, nous pouvons entendre quotidiennement les plaintes de français ayant voté « utile » (expression qui me fait aussi enrager) qui se sentent trahis par ce gouvernement fantoche. Mais ceux qui me surprennent le plus sont les citoyens qui ne s’étaient pas laissés leurrer par la publicité mensongère macroniste : les abstentionnistes, ceux qui ont voté blanc ou nul (environ 16 millions de personnes). Où se cachent-ils ? Pourquoi ne se manifestent-ils pas en masse ? J’ai cru un temps que les abstentionnistes étaient les vrais contestataires, j’ai longtemps hésité à me joindre à eux, pensant avoir identifié un groupe d’individus excédés, à raison, par le fait qu’on leur dérobe la parole, qu’on ne les écoute pas et qui réagissaient par une forme de désobéissance civile réfléchie. Il semblerait en fait qu’ils n’aient juste rien à dire, qu’ils n’en aient rien à faire… peut-être sont-ils résignés, prêts à courber l’échine pour essuyer pendant 5 ans une belle volée de bois vert. Que l’on ne fasse confiance à aucun politicien, je l’entends parfaitement, mais nous ne devons pas pour autant nous laisser marcher dessus par les arrivistes actuels. Allons nous continuer longtemps à nous regarder en chien de faïence en espérant que quelqu’un d’autre fera le nécessaire pour nous ? Il est toujours plus simple d’accuser les autres pour s’excuser soi-même de n’avoir rien fait.  Si montée de violence il y a, comme beaucoup le pressentent, nous en serons tous responsables, nous pourrons toujours détourner les yeux, nous offusquer, condamner… mais c’est notre inertie actuelle qui est la plus dangereuse. Pourtant, nombre d’esprits clairvoyants ont tenté de mettre en garde, de tous temps, contre ces formes de « servitude volontaire », d’ « impuissance apprise » et de « conditionnement à la soumission » qui sclérosent les sociétés humaines : Platon, La République (vers 387 av JC) ; Etienne de La Boétie, Discours de le servitude volontaire (1548) ; Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1754 ) ; Henry-David Thoreau, La désobéissance civile (1849) ; Michel Bakounine, Théorie générale de la Révolution (textes écrits principalement entre 1867 et 1873 et assemblés par Etienne Lesourd) ; Jean Giono, Refus d’obéissance (1937), Stéphane Hessel, Indignez-vous (2010) ;  Noam Chomsky, Requiem pour le rêve américain (2017), … pour ne citer qu’eux. Les théoriciens de renom ne manquent pas et pourtant, la faillite des peuples se répète. Comment expliquer que des individus bien portant qui sentent le sol se dérober sous leurs pieds ne fassent rien pour éviter la chute ? Il est aisé de toujours condamner les dérives, à distance, du haut des miradors, mais rappelons nous que les plus haut perchés sont victimes des chutes les plus brutales. Il ne faut pas espérer se soustraire au marasme ambiant en prenant ses distances, ce n’est qu’une question de temps pour que les membres de la classe moyenne qui croient encore pouvoir surnager ne se retrouvent en apnée. L’asphyxie guette tous ceux qui ne souhaitent pas se lancer à corps perdu dans l’aventure macronienne. Ce joueur de flûte de Hamelin nous mène à notre perte  pourtant je ne pense pas que les citoyens français soient des rongeurs et la majorité d’entre nous a dépassé le stade de l’enfance. Ce président factice a-t-il déjà réussi à annihiler toute idée de solidarité dans cette nouvelle France qui, à force de libéralisme en devient égoïste ?
     Un début d’explication à l’inertie ambiante pourrait être l’importance prise par les réseaux sociaux et la prégnance du numérique. Ces fléaux de notre temps permettent à tous les « énervés de la souris », aux « révolutionnaires du virtuel » de déverser leur fiel sans frein avant de regagner leur vie réelle, tous enchainés au boulet de la résignation. Je doute que la majorité de mes concitoyens soient des « hackers » virtuoses, seules personnes qui peuvent avoir une réelle influence en restant derrière leurs écrans. Pour les autres qui subissent cette nouvelle ère du tout numérique et des réseaux sociaux au lieu d’en chercher les failles, il serait temps de prendre un peu l’air ! La réalité n’est pas que virtuelle, elle s'assombrit tous les jours un peu plus : s’aérer l’esprit ne sera bientôt plus possible si l’oxygène des nouvelles villes connectées qui nous déconnectent vient à manquer. A défaut de ne pas encore faire tomber tous les murs de ces futures prisons dorées, tâchons de rendre plus respirable le peu d’espace de vie qu’il nous reste.
    Il n’y a plus guère que quelques esprits libres, syndicalistes révolutionnaires, militants d’extrême gauche (seuls véritables militants de « gauche », les autres ne sont que des sympathisants de droite qui veulent se donner bonne conscience et s’étouffent en tentant de justifier leurs contradictions) ainsi que des anarchistes pour se mobiliser dans la rue par solidarité. Qu’attendent les autres ? D’être à l’agonie ? Ces français qui acceptent d’être désignés comme des « riens », des « fainéants », des « cyniques », dont on condamne les soi-disant « passions tristes » et autres « névroses » sans qu’ils ne réagissent autrement que par des cris d’orfraies sont peut-être seulement des grandes gueules adeptes des paroles en l’air et des coups d’épée dans l’eau ; ils pensent avoir les pieds sur terre mais il ne faut surtout pas compter sur eux pour le départ de feu.
    Un petit mot aussi pour tous ces pseudo insurgés qui chantent ou écrivent le désarroi  de leurs pairs  pour mieux profiter d’un système qu’ils dénoncent. Je fais ici référence à un grand nombre de journalistes, chanteurs, écrivains, politiciens et autres philosophes qui commentent la misère sociale mais ne daignent pas battre le pavé lors des manifestations, ou encore cette direction de la CFDT et de FO qui mendient les miettes du repas du prince pour faire bonne figure. J’en soupçonne même certains de ne pas souhaiter sincèrement l’éveil généralisé des consciences de peur de perdre leurs petits privilèges (reconnaissance intellectuelle, professionnelle et/ou financière) qui semblent les placer au dessus de la masse. Beaucoup jouent sur le sentiment de compassion ou sur l’idée de bienveillance mais leurs paroles sans actions ne sont que perte de temps.

    Au cours d’une énième discussion j’ai entendu cet argument étonnant : « Mais enfin, il n’y a personne d’autre de plus valable pour diriger le pays ! ». J’enrage encore plus, cette éternelle rengaine du « moins pire » qui nous conduit toujours à choisir au rabais. Ce choix étant d'ailleurs toujours influencé par un traitement médiatique plus que partial. Serait-ce une raison pour laisser les coudées franches à ceux qui ont été les plus habiles pour gagner le pouvoir sans jamais s’intéresser aux demandes de leurs propres concitoyens ? N’est-il pas temps d’inventer collectivement, avec toutes les bonnes volontés une réelle démocratie, un nouveau mode de gouvernance ? La question se pose forcément mais dans tous les cas, la priorité est de mettre un coup d’arrêt à l’entreprise de destruction sociale en marche. Bien sûr cela fait naître beaucoup d’incertitude pour l’avenir ; bien sûr cela implique de changer profondément  nos schémas de pensée et notre manière d’appréhender les relations sociales ; bien sûr cela exige que les plus chanceux sortent de leur zone de confort… mais quel combat juste ! Quel espoir pour les générations à venir !

P.M.



Si c'était à refaire... je ne changerais rien. Si aucune évolution majeure ne survient, je choisirai l'abstention lors des prochaines échéances électorales.

Texte envoyé à plusieurs rédactions lors de l'entre-deux-tours de l'élection présidentielle française de 2017. Je voterai blanc ...