jeudi 30 novembre 2017

Le président «inhumain », Emmanuel Macron, première intelligence artificielle au pouvoir.

Un nouveau palier a été franchi, nous avons assisté  le  dimanche 15 octobre 2017, lors de l’émission « Le Grand Entretien », à l’ une des interventions médiatiques les  plus pénibles du  nouveau chef de l’Etat ; plus pénible que ses cris de chouettes et ses incantations lors de la campagne présidentielle, plus pénible que sa marche interminable le soir de l’élection, plus pénible que ces petites phrases méprisantes à l’égard d’une grande partie de ses concitoyens (de l’étranger qui plus est), plus pénible que son idéologie développée dans l’entretien fleuve au point… je comprends maintenant pourquoi il hésitait tant à parler aux français : la peur de dissiper l’écran de fumée qui l’entourait et qui pouvait encore le  préserver. Le logiciel néo libéral est vraiment bien installé et le système d’exploitation fonctionnel ; malheureusement aucune écoute de sa part, l’apprentissage profond n’est pas encore au point et aucune mise à jour n’est prévue avant 5 ans. Un petit résumé du « macronisme » pourrait être un appel illuminé à la grandeur, à « la libération des énergies », à « l’héroïsme en politique » associé à une condamnation de notre pessimisme et de nos « passions tristes » délétères pour la nation ; traduction : application  concrète d’un énorme coup de bâton fiscal largement déséquilibré en faveur des plus aisés sans aucune garantie d’investissement et de baisse du chômage. Quelle différence entre les paroles, la « hauteur de vue » et les actes concrets ! Demandez leur avis aux fonctionnaires, aux salariés du privé, aux retraités ou encore aux maires.
    Pour ceux qui pourraient trouver un peu exagéré le titre de cette bafouille, je me propose de bien définir les termes qui pourraient prêter à confusion. Selon le Petit Robert, « inhumain » signifie « qui manque d’humanité », caractéristique particulièrement criante chez ce président avec cette forme de distance, de froideur qui se dégage de sa personne ; je reviendrai d’ailleurs sur ce point un peu plus loin.
Pour ce qui est de l’intelligence, au delà de la définition générale : « faculté de connaître, de comprendre », rappelons que le psychologue Howard Gardner à identifier 8 types d’intelligences (cf l’article wikipédia « Théorie des intelligences multiples ») : intelligence linguistique  (capacité à utiliser les mots et les nuances de sens ), intelligence logico-mathématique (capacité de manipuler les nombres et de résoudre les problèmes logiques), intelligence spatiale (capacité de trouver son chemin dans un environnement donné, et d’établir des relations entre les objets dans l’espace ), intelligence corporelle-kinésthésique ( capacité d’utiliser le contrôle fin des mouvements du corps ) , intelligence interpersonnelle ( capacité de comprendre les autres, de communiquer avec eux et d’anticiper l’apparition d’un comportement ) , intelligence intra-personnelle (capacité de se former une représentation de soi précise et fidèle et de l’utiliser efficacement dans la vie), intelligence musicale (capacité de percevoir et de créer des rythmes et des mélodies) et intelligence naturaliste (capacité de reconnaître et de classer la faune, la flore et les minéraux) . Dans le cas présidentiel qui nous intéresse on peut facilement  se rendre compte qu’il est possible de développer de bonnes intelligences logico-mathématique, linguistique et même musicale (il joue très bien de la flûte) et « en même temps » d’être limité en terme d’intelligence interpersonnelle (petites phrases, blagues douteuses et écarts de langages en fonction de l’interlocuteur), d’intelligence naturaliste (faible intérêt pour la question environnementale en dehors des slogans) ou d’intelligence spatiale (pour la Guyane par exemple, lors d’un mouvement social, il a parlé du fait de « bloquer le fonctionnement de l’île »). Les meilleurs comptables ne font pas forcément les meilleurs meneurs d’homme, il aurait dû se cantonner à son rôle de ministre de l’économie ; au moins dans ce cas il est encore possible de limiter les excès d’inhumanité d’un idéologue égocentré. D’ailleurs, en ce moment Le Maire et Darmanin auraient bien besoin de limites.
    Enfin l’adjectif « artificiel » qualifie ce qui est « produit par la technique, par l’activité humaine finalisée, et non par la nature ». J’ai noté chez lui le déroulement d’une logorrhée apprise faite de répétitions, de tics langagiers et de stratégies rhétoriques masquant difficilement un grand vide, un manque de sens et de direction concrète. Toutes ses références littéraires, philosophiques ou historiques sont autant d’artifices intellectuels destinés à habiller un esprit contrit incapable d’altérité sincère. Il me paraît inadapté au relationnel humain en dehors de son milieu politique et social d’appartenance.
    Le « grand » entretien évoqué me semble particulièrement intéressant car il s’agissait de la première fois depuis le début de sa communication ratée qu’il s’adressait à nous autres pauvres bougres français sans ambitions qui ne souhaitons même pas être milliardaires (pour lui nous n’en sommes sûrement pas capable d’ailleurs) ; l’objectif reconnu de cet exercice pédagogique étant la « clarification » de sa ligne directrice, le moins que l’on puisse dires est que je n’ai pas été déçu. 

    « A la fin des fins, les décisions stratégiques sont prises par le président de la République. Pourquoi ? Parce qu’il a reçu le mandat des françaises et des français… » Aïe, ça commence mal, sacré manque d’égard pour tous ces individus ayant voté pour lui seulement par peur du FN et pas du tout par adhésion à ses idées. Que dire de tous les abstentionnistes, ces personnes ayant choisi le bulletin blanc ou nul, ne sont-ils pas français ? Si je comprends bien, ne pas voter dans cette démocratie c’était donc lui donner ce mandat ; intéressant comme théorie, notre démocratie serait bien malade en fin de compte ! A quand la reconnaissance du vote blanc pour éviter ce genre d’ineptie à l’avenir !

    «J’ai toujours essayé de dire les choses depuis que je suis engagé dans la vie politique et de m’approcher d’une forme de vérité, celle que je pensais juste » ou encore « parfois quand on s’approche de la vérité on se brûle », inquiétant… personne ne lui a dit qu’il n’était pas le détenteur de la vérité que personne ne pouvait l’être d’ailleurs (n’est-il pas un président philosophe selon ses groupies ?), qu’il pouvait se tromper ; il est déjà Jupiter, il nous dit de « ne pas céder aux Cassandre »,  ne se prendrait-il pas aussi pour la Pythie, prêtresse de l’oracle de Delphes ? Pour un apôtre de « l’en même temps » tout est possible.

    Ensuite, intervient un long retour sur les qualificatifs peu amènes employés lors de sorties médiatiques frisant l’accident rhétorique : « cyniques », « fainéants », « fouteurs de bordel »,  « extrêmes ». Mention spéciale à cette fameuse phrase : « Une gare c’est un lieu où l’on croise des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien. » Le président se plaint alors aux journalistes : « Quand on sort le texte du contexte, le mot du discours on peut tout faire dire. » J’attends alors cette fameuse remise en contexte pour juger de pertinence de cette plainte, elle ne se fait pas attendre et il explique « Nous étions dans un hall de gare. » Pas plus ? En quoi cette réponse plus que légère change-t-elle quoique ce soit au sens de la phrase ? Pensée complexe sans doute, message subliminal que je ne maîtrise pas en référence à la gare. Pas du tout convaincant en tout cas. Pas bien grave, pas de reprise, on continue. Certains s’étonnent que l’on s’offusque de son parlé « cru », « dru », de son « discours de vérité » ; je pense qu’il est tout simplement incapable de s’adresser aux individus extérieurs à son milieu. Pour s’adresser au peuple il utilise un registre populaire ? A quand le « verlan » dans les quartiers ? Comme si nous n’étions pas capable de le comprendre dans son style soutenu lorsque nous sommes originaires de la périphérie de Paris. Personnellement cela a le don de m’agacer au plus haut point, ayant moi-même grandi dans le Val d’Oise, dans une banlieue que je qualifierai de fleurie, je pense avoir eu accès tout de même à un minimum d’éducation. J’ai bien sûr subi un certain nombre d’influences qui ont conditionné mon expression orale, j’ai pris souvent quelques libertés avec la langue de Molière, j’ai fréquemment fait des arrangements avec les règles les plus élémentaires de la rhétorique mais toujours dans un cadre bien défini. Oui nous sommes capables de faire la différence entre sphère privée et sphère publique, oui nous sommes capables de saisir l’importance d’un discours solennel, oui nous entendons que certains moments importants nécessitent que l’on soit capable de maîtrise et de mesure langagière. Respectez nous ! Ne nous infantilisez pas ! Si votre vocabulaire d’énarque est trop complexe, ne vous inquiétez pas, ce superbe ouvrage qu’est le dictionnaire de la langue française nous est tout à fait accessible même si nous n’avons pas à disposition celui de l’académie française !   

    Maintenant, retour satisfait et exalté sur son grand projet : « la transformation ». Mais vers quoi bon sang ?!!? « Transformation radicale pour que chacune et chacun trouve sa place dans notre société. » Mais quelle place ?!!? Pour qui ?!!? N’était-ce pas une tentative de clarification ? Ça ressemble plutôt à un enfumage encore plus flagrant que d’habitude ?
    Lors de l’évocation du taux de chômage et de la réforme du code de travail nous avons pu entendre, en réponse aux questions insistantes des journalistes : « Le taux de chômage n’est pas une variable qu’on ajuste. » Merci pour l’information, même si la lutte contre le chômage était l’une des justifications les plus avancées afin de justifier les fameuses réformes ; on nous aurait menés en bâteau ? Il est pourtant si sincère d’habitude. Ou encore « La plénitude des réformes qui sont en train d’être conduites par le gouvernement vous le verrez dans un an et demi, deux ans » ; « On ne juge pas de l’action d’un président  simplement à un indicateur (le taux de chômage) » Si je comprends bien nous devons supporter un grand nombre de mesures très brutales sans aucune garantie de retour en termes d’emploi (les spécialistes sont d’ailleurs nombreux à mettre en garde contre une possible nouvelle crise financière à laquelle nombre de concitoyens ne pourraient pas résister si l’on remet en cause de la sorte notre modèle social). Pour lui c’est gagnant- gagnant : si le chômage a baissé dans deux ans ce sera grâce à ses mesures, si le chômage a augmenté, il ne faut pas le juger sur ce critère, la conjoncture économique sera responsable. Ne serait-il pas un peu fourbe ?   
    Il aura eu au moins un bon conseil de son équipe de communication, lorsqu’il se justifie par « Sur tout, je fais ce que je dis. », heureusement  il ne va pas plus loin contrairement à son entretien fleuve dans le quotidien allemand « Der Spiegel » qui citait la veille : « Je ne suis pas arrogant, je dis et je fais ce que je veux ». Un petit rappel me semble important, le chef de l’Etat représente le peuple français donc il se doit de faire ce que ses concitoyens attendent de lui, il n’a pas encore une légitimité de droit divin, ne lui en déplaise. En  lançant « le peuple français a gagné parce que sa volonté à gagné. », il est en totale contradiction avec les mots employés en Allemagne où il exprime clairement le fait que c’est sa propre volonté qui prime. Accès de schizophrénie ? Je me trompe sans doute, je dois juste être un peu trop tatillon.

  Abordons maintenant le sujet de la flexibilité du marché du travail associé à l’apprentissage et la formation professionnelle ; une phrase a retenu mon attention : « on va mettre de l’apprentissage y compris dans les filières d’excellence » pourquoi les filières qui utilisent déjà ce système d’apprentissage ne pourraient-elle pas plutôt devenir elle-même des filières d’excellence ? Pourquoi ne pas imaginer faire des filières professionnelles dans le secondaire des filières aussi reconnues et estimées que les filières dites d’excellence ? Et bien non, avec lui il y aura toujours cette distinction entre filières de « champions » et celles de ceux qui doivent se contenter des restes. Pour moi, le plus affligeant est qu’il ne se rend même pas compte de la violence de son idéologie élitiste déclinée sous toutes les formes et dans tous les domaines. En référence à l’entrée dans la formation universitaire, nous avons pu entendre « On va définir des attentes dans une filière, des qualifications minimales », «On ne va pas s’engager dans une filière universitaire lorsqu’on ne sait pas les fondamentaux qui permettent d’y réussir. » Etonnant ce paradoxe de vouloir une société qui privilégie la mobilité des salariés mais qui va bientôt figer la mobilité des étudiants dans des filières de formation en orientant de plus en plus tôt et en limitant les passerelles ; pas de droit à l’erreur à un âge ou beaucoup ne savent même pas ce qu’ils veulent faire.  Que faire des vocations tardives, des motivations naissant sur le tas, des coups du sort, des rencontres fortuites ?   
    Pour ce qui est de la formation des chômeurs, autre morceau de bravoure : « Vous êtes par exemple au guichet d’une banque, dans les 5 à 10 ans qui viennent, il y aura, à cause de la transformation numérique et par la transformation numérique, un changement des usages (…) beaucoup d’emplois vont être détruits, je ne vais pas proposer de protéger celles et ceux qui ont ces emplois contre ce changement » ou encore « La société change, je ne vais pas proposer de vous protéger contre la société et son changement, je vais vous proposer de vous armer pour trouver une place dans cette société qui change ». Tout d’abord merci pour eux, ils doivent être ravis de savoir qu’ils ne seront pas protégés, et ce n’est pas le fait de l’énoncé clairement qui rend la chose moins condamnable, surtout pour le premier représentant de l’Etat dont l’une des fonctions est de protéger ses concitoyens. Au delà de l’expression d’une pensée manquant totalement d’empathie, on peut y voir le même type de clarification à l’œuvre lors de ratés médiatiques marquants comme lorsque Jacques Attali, soutien de la première heure s’il en est, disait à propos du mouvement social sur le site de Whirpool à Amiens :
« C’est une anecdote, non pas au sens péjoratif du mot… Ça s’inscrit dans un contexte plus large, c’est à dire le contexte de la mondialisation ou de la fermeture. » Un parallèle est possible entre ces deux personnalités qui vantent la bienveillance et l’épanouissement personnel de chacun (belle déclaration d’intention) tout en reléguant des licenciements économiques à de simples dommages collatéraux indispensables au bon développement d’un projet « grandiose ».

    A la seule question claire posée à propos du coût de la réforme visant à permettre aux salariés démissionnant volontairement de toucher les ASSEDICS, pas de réponse mais une certitude : « Nos concitoyens n’ont pas envie d’aller toucher le chômage. » Quelle surprise alors de l’avoir entendu, au cours de ce même entretien, qualifier le chômage de longue durée « d’exemple même de la faiblesse française, on indemnise mais on dit au gens, parce qu’on donne de l’argent, restez là, et on ne vous forme plus ». Je m’y perds avec tant de complexité, il y aurait un effet d’aubaine pour certains mais pas lorsqu’on décide de permettre une indemnisation pour des cadres voulant changer d’emploi, cadres qui ont déjà plus facilement accès aux formations professionnelles.
Et quelle belle présentation des avancées dans la prise en charge des chômeurs, quelle rupture, la France va faire… ce qui se fait déjà : « bilan personnalisé de compétence », « est-ce qu’il y a des offres qui peuvent lui être données ? », « s’il y a des offres décentes, raisonnables (…) alors il faut qu’on s’assure qu’il recherche bien de manière active un emploi. » Bon résumé de ce que fait déjà pôle emploi… et, pour finir, une belle stigmatisation des chômeurs affublés du qualificatif de « multirécidiviste » ; peut-être qu’au lieu de suspendre les droits aux indemnités, il voudrait les mettre en prison. Même logique pour les questions de sécurité nationale, aucune prise de risque : « on va faire ce qu’on doit faire (…) reconduire les personnes délinquantes en situation illégale ». Il ajoute tout de même « protéger c’est la première mission de l’Etat » (sauf pour les employés aux guichet des banques).

    Autre moment très gênant, lorsque j’apprends que le harcèlement à l’encontre des femmes était déjà rapporté par « toutes les femmes en région parisienne » lors de sa consultation « la grande marche » alors qu’il était seulement candidat. Comment expliquer qu’il attende alors les déflagrations de l’affaire Weinstein pour commencer à se mettre en marche sur le sujet ? Pourquoi ne pas s’être saisi de ce problème même avant de penser aux fameuses ordonnances ? J’oubliais, il est vrai qu’il y a des priorités, les questions de finances et de budget priment sur le reste, je dois être vraiment mauvais en calcul !
    Référence est faite à « la police de sécurité et du quotidien » et son rôle dans les transports pour lutter contre ce type de harcèlement fait aux femmes  en localisant les méfaits potentiels : « ce sont dans les quartiers les plus difficiles où les magistrats ont énormément à faire »… hop, une nouvelle sortie de route ! Allez, pourquoi se priver, stigmatisons encore les populations des quartiers difficiles !!! L’affaire DSK, l’accusation contre Denis Baupin de harcèlement et d’agressions sexuelles, les sifflements lors de la prise de parole de Cécile Duflot pour une histoire de robe, les caquètements lors du passage de Véronique Massoneau à l’assemblée nationale ; pour moi, nous sommes plus proches du Ritz ou de l’Elysée que du train de banlieue, et je pense par contre que dans ces hautes sphères de l’Etat les magistrats n’en font peut-être pas encore assez ! Je ne demande pas du tout que l’on soit complaisant à l’égard de certains comportements clairement inappropriés ou condamnables en fonction du milieu social d’origine, je demande simplement que l’on soit pour une fois juste et impartial dans le jugement et dans la manière de présenter les choses.
    Autre question directe concernant, la PMA : pour ou contre ? Il ne répond pas, il se réfugie derrière les décisions des commissions et lance même un très prévenant « sur ces sujets  de société, le politique ne doit pas brutaliser les consciences, les convictions profondes que je respecte chez chacune et chacun » ; « je souhaite que nous ayons un vrai débat » ; « je veux que nous ayons une conversation apaisée ».  Très bien, mais pour les autres questions toutes aussi importantes il ne faudrait pas hésiter à user de brutalité alors ? Le code du travail n’est pas un sujet sociétal assez important ? Les APL pour les étudiants non plus ? Et la CSG pour les retraités, pas besoin de débat apaisé ? Les classes populaires et les classes moyennes se sentent bien brutalisées pourtant.

   Au choix, point culminant de l’entretien ou fond du trou et défaite de la pensée : sa référence à « la jalousie » en France et l’image des « premiers de cordées ». Petit florilège : « ce sont ce que j’appelle les passions tristes de la France, la jalousie » ; « je ne crois pas à la jalousie française » ; « je crois à la cordée » ; « si on commence à jeter des cailloux sur les premiers de cordée, c’est toute la cordée qui dégringole » ;  « je veux qu’il y ait des femmes et des hommes qui réussissent pour tirer les autres » ; « je n’aime pas la jalousie qui consiste à dire : ceux qui réussissent on va les taxer, les massacrer parce qu’on ne les aime pas ». 
Tout d’abord je trouve nauséabonde son habitude de faire l’amalgame entre réussite au sens large et réussite financière, la seule qui semble trouver grâce à ses yeux. Il est tout à fait incroyable qu’il soit incapable de comprendre que certaines personnes n’ont pas pour ambition d’être riches. Il y a tout de même un juste milieu entre vouloir  « massacrer » les riches et les admirer en perdant toute rationalité. Avec Macron nous pouvons voir où cela mène : une alliance indéfectible avec des milliardaires. Imaginons un instant que quelqu’un comme Zuckerberg arrive à la présidence des EU , cela risque de se terminer en dîner aux chandelles avec mots doux à la clé (c’est déjà presque arrivé avec Trump en juillet dernier).
Pour tous ceux qui paient largement leur dû en terme d’impôt et qui, de par leur domaine d’activité peu dépendant d’investissements financiers toujours plus grands, n’ont en aucun cas l’impression d’être tirés par qui que ce soit, il est bien difficile de subir les diatribes condescendantes d’un donneur de leçons spécialiste dans les petites intrigues et les grandes affaires. De plus, s’il s’agit, comme je le crois, de tirer sur la cordée pour mener ses concitoyens là ou l’oxygène se fait rare, je ne peux que rejeter cette métaphore. Pour ceux qui sont d’ailleurs considérés comme les premiers de cordée de la nation Française, il a lui même évoqué « les jets de cailloux », il semblerait que pour eux des casques renforcés comme celui des ouvriers qui souffrent des visites présidentielles soient de mise.
Toujours à propos de la jalousie et de l’idée d’envie : comment faire entendre qu’il existe des individus qui ne placent pas les honneurs, le pouvoir ou la richesse comme objectif de vie ; il existe bien des gens « humbles » , et il n’y a rien de péjoratif dans l’emploi de ce qualificatif, qui ne sont pas moins valables ; ils ont seulement des valeurs et des principes différents. Je ne comprends pas cette dichotomie entre gens riches et individus qui voudraient l’être. Les oubliés de la « macronie » ne sont pas seulement les gens pauvres, se sont aussi les gens humbles, simples, mesurés qui ne pourront plus se permettre de vivre simplement comme ils le souhaiteraient. Pourtant ils sont souvent éduqués, capables,  « intelligents » (concept complexe comme cela a déjà été évoqué) voir brillants. Je ne considère pas qu’il faille être pauvre pour être honnête mais je ne crois pas non plus qu’il faille être riche pour être valable. Ce n’est pas la richesse qui est problématique, c’est simplement le fait de placer l’enrichissement personnel au sommet de l’échelle des valeurs personnelles qui est désolant.

En conclusion je vous livre donc ce que je retiendrais de son action derrière l’expression de cette bouillabaisse mentale qu’il nous a servie pendant plus d’une heure. Au delà des beaux mots, sous le vernis jupitérien qui ne demande qu’à craqueler on peut tout résumé par un seul chiffre, 3, comme les 3% de déficit que la France doit atteindre coûte que coûte, même si pour cela on doit baisser les moyen des étudiants sans le sou, presser comme des citrons les retraités, couper les vivre à des associations, licencier chez France télévision, se mettre à dos tous les services publics… Pour tout ce qui ne fonctionne pas pour lui, comme les emplois aidés, on supprime sans mesure des conséquences et on verra plus tard pour les réparations. Par contre il faut que nous comprenions bien, nous ignares, qu’il est nécessaire de renforcer « le message positif que cette majorité (LREM) souhaite porter à l’égard des acteurs économiques de premier plan que son les entreprises » : flexibilisation du marché du travail avec facilitation des licenciements, réforme de l’ISF, flat taxe à 30%, suppression de la dernière tranche de « la taxe sur les salaires » (concernant surtout banques et assurances) , amendement sur la baisse des contributions patronales dans les actions gratuites… ce n’est plus un message positif mais une déclaration d’amour ! Le but est de transformer la société, de libérer les énergies, s’adapter au changement profond… pas très clair tout ça, tant pis, si vous ne suivez pas vous serez laissés sur le bas côté ; il faut aller se former  là où il le souhaite, de toute façon les portes d’entrée de certaines filières seront encore plus verrouillées et il faudra se recycler au plus vite dans le secteur du numérique quel que soit votre âge. Il s’agit de donner au plus vite le plus de moyens possible aux financiers, aux entreprises donc aux investisseurs potentiels, sans aucune contrainte ni garantie qu’ils n’investissent effectivement ; tout cela en sacrifiant tout notre modèle social, les moyens et les conditions de vie des classes populaires et moyennes ! Et pour les questions sociétales clivantes comme la PMA il n’a pas d’avis, nous verrons plus tard…Vu la manière de considèrer son peuple, pas étonnant qu’il n’ait aucun scrupule à « désosser » le code du travail, à stigmatiser les chômeurs, à attaquer en règle la sécurité sociale. Quel décalage entre son image à l’international ou il apparaît comme une sorte de représentation fantasmagorique de l’idée d’espoir et de renouveau et son image à l’échelle nationale ou il apparaît plutôt comme une grande faucheuse sociale adepte du tout numérique. Dorénavant, sa stratégie d’éparpillement, de mouvement perpétuel sans sens établi semble caduque, cette clarification est aussi le moment ou il est obligé d’avancer à visage découvert. Il ne peut plus passer sous les radars après une performance si choquante.

P.M.   

    

jeudi 5 octobre 2017

L’Homme programme-t-il la disparition de l’humanité ?

    Ces dernières années nous vivons une accélération sans précédent de l’innovation dans trois domaines que je choisis de distinguer ici tout en précisant qu’ils sont fortement interconnectés : le domaine scientifique (méthodes de recherche et découvertes entre autres), le domaine technologique (robotique, matériel informatique, objets connectés divers…) et le domaine de la collecte d’informations généralisée (internet, réseaux sociaux, big data…). Chaque domaine sert de catalyseur pour les avancées dans les deux autres et leurs interactions profondes, guidées par les promesses infinies des algorithmes et  de l’Intelligence Artificielle, nous font entrer dans l’ère du « tout numérique ». Les avancées sont telles qu’il semble impossible, même pour les meilleurs experts, de différencier prévisions rationnelles et prophéties relevant du fantasme.
Si l’on ne veut pas être taxé de rétrograde, de pessimiste ou de « décliniste »  mieux vaut être un fervent défenseur des nouvelles technologies et de la modernité sous toutes ses formes. Personne ne peut échapper aux publicités ventant les mérites des algorithmes censés nous faciliter la vie, des objets connectés qui deviendront indispensables, de l’intelligence artificielle qui nous ouvrira de nouveaux horizons… Comment avons-nous fait pour vivre dans l’obscurantisme le plus total jusqu’à maintenant ?
    On peut noter un profond déséquilibre entre d’un côté la mise en avant, dans les média, de la vision dominante et de l’autre le traitement souvent minimisé, dans ces mêmes média, de toute forme de critique. La plupart des journaux télévisés ont leur rubrique « Geek », les salons et forums « high tech » se multiplient dans le monde entier, Facebook est devenu le premier médium d’information et la Silicon Valley passe pour le nouvel eldorado ; à l’inverse, à moins de faire des recherches personnelles précises, il est difficile d’entendre la parole des contradicteurs, leurs discours étant vite assimilés à de la science fiction. Le seul questionnement à l’origine d’un débat relativement équilibré s’intéresse à l’évolution du marché du travail et au risque d’un chômage de masse dans un avenir peut-être pas si lointain.   

     Au lieu de rêver en voyant les publicités des dernières avancées des entreprises comme IBM ou Microsoft, je suis plutôt pris de cauchemars. Que dire de ces articles tous plus effrayants les uns que les autres : installation de lits connectés dans des résidences universitaires à Rennes pour prévenir les détériorations ; l’entreprise belge New Fusion ou l’américaine Three Square Market qui proposent à leurs salariés l’implantation de puces sous-cutanées pour ouvrir les portes, se connecter au poste de travail, utiliser la photocopieuse… ; l’utilisation, par la police de grandes villes américaines, du programme PredPol (« predictive policing »), un algorithme permettant de prédire la localisation et la temporalité de certains crimes. Même si vous ne vous destinez pas au grand banditisme, j’espère que vous avez de bons amis hackers parce qu’il ne restera plus qu’eux pour vous sauver la mise.
J’ai bien peur que l’idée de « progressisme » ne soit l’une des plus grandes fraudes intellectuelles de l’histoire de l’humanité (ou une de ces belles idées les mieux perverties)  avec le « capitalisme » et le « libéralisme ». Ces trois concepts associés sans modération (le« technologisme » semble être une bonne synthèse) créent une bombe à retardement inimaginée, les considérations financières et l’enrichissement prenant toujours l’ascendant sur les considérations écologiques. Le compte à rebours est déjà en marche depuis longtemps mais il s’accélère dangereusement (pathologies liées à nos modes de vie, réchauffement climatique, catastrophes naturelles plus fréquentes…). Et ce ne sont pas les déclarations d’intention et les postures de principes lors de belles campagnes de communication agrémentées de slogans bien sentis qui vont changer quoi que ce soit. Ces trois champs de pensée, sous couvert de l’atteinte d’une liberté individuelle absolue nous mènent tout droit vers l’asservissement volontaire le plus total. Nous risquons d’atteindre très vite la plus haute expression de la servitude volontaire énoncée par Etienne de La Boétie au 16ème siècle ("Discours de la servitude volontaire"). Et ne comptons pas sur les « politiques » pour endiguer le phénomène ; le « progressisme » par exemple, est la seule idée qui remporte l’assentiment de tous les mouvements et  partis ayant pignon sur rue.
Exemple simple avec l’invention Facebook par l’un des plus grands « technologistes » actuels Mark Zuckerberg ; comment expliquer rationnellement que des milliards d’individus acceptent de donner tant d’informations personnelles tout à fait volontairement. Il a réussi là où la plupart des services de renseignement mondiaux ont échoué, et, comble du paradoxe, il s’enrichit de manière indécente au cours de la manoeuvre et son influence dépasse celle des plus grands organismes de presse.
Des chercheurs comme Stephen Hawkins ou des entrepreneurs illuminés comme Elon Musk, loin d’être ignorants dans le domaine, ont été fermement critiqués et raillés dès lors qu’ils ont osés émettre des doutes face aux dérives potentielles de l’IA.   Cet engouement généralisé me semble démesuré et tout à fait inquiétant. Il ne s’agit pas de tout rejeter en bloc mais il serait peut-être nécessaire de s’accorder une petite respiration, un temps de réflexion avant de se laisser submerger. L’idée de « rupture » est souvent avancée et valorisée, il ne faudrait pas que ce soit la fin.

    Mes motifs d’inquiétude ne portent pas seulement sur des projections à long terme, je note un certain nombre de contradictions et de non-sens dans l’utilisation que l’on fait actuellement du matériel numérique déjà « démocratisé ». Matériel qui me parait concourir au déclin de notre humanité au quotidien. Nous sommes en train de modifier notre rapport à nous-mêmes ainsi qu’aux autres, mettant en jeu directement nos capacités de sociabilisation. Quelques exemples me semblent particulièrement frappants.
    Un secteur des plus importants engage directement notre responsabilité de citoyens et de parents : la santé et le développement des nourrissons et des enfants en bas-âge. Il existe des initiatives commerciales pour le moins affligeantes : les « babyphone » qui sont passés en quelques années du « talkie walkie » basique au dispositif de surveillance haut de gamme relié par bluetooth ou wifi placé pendant plusieurs heures au plus près des enfants, de même  chez « Happiest baby » vous pouvez commander pour 1160 dollars un landau connecté qui permet d’endormir votre nourrisson à votre place et qui est relié directement à votre smartphone ; ou encore Castorama qui propose un « papier peint connecté  qui raconte des histoires à votre place » en scannant certains motifs à l’aide d’une tablette ou d’un mobile adapté ; bonne nouvelle, cette invention a même gagné le concours de création de dispositifs digitaux Adfight. Quid des gestes d’affection, de l’expression du visage, de la chaleur humaine ? Les travaux du psychanalyste René Spitz ou de la biologiste Ines Varela Silva ont montré qu’une part importante des décès de nourrissons placés dans des orphelinats était dû à une carence affective et sensorielle sévère (aucune stimulation tactile et aucune marque d’affection). Et nous voudrions, par manque de précaution, développer ces carences affectives dans nos propres foyers ?
    Dans le même registre, sur le plan scolaire, comment justifier logiquement qu’il soit recommandé d’intégrer de plus en plus le numérique à l’école, de la maternelle au baccalauréat ? (voir le plan numérique pour l’éducation sur le site officiel de l’éducation nationale : education.gouv.fr) Aucune remise en cause n’est annoncée par le nouveau gouvernement alors qu’en mai 2017 dans une tribune publiée par le journal Le Monde un collectif de professionnels tentaient d’alerter l’opinion publique sur les risques de la surexposition aux écrans (tous types confondus : tablette, smartphone, ordinateur, console, télévision) pour les bébés et les jeunes enfants. Sont mis en cause le manque de stimulation de l’entourage et la captation de l’attention par les appareils, facteurs à l’origine de troubles du comportement et de retard de développement en l’absence de déficience neurologique. Au delà de l’aspect médical, comment ne pas voir, avec l’utilisation de ce type d’ustensiles dans le milieu scolaire, le risque de creuser des inégalités en favorisant les élèves qui ont accès à tous ces dispositifs au sein de leur milieu familial ?
Autre réflexion portant sur l’aspect neurologique avec la reconnaissance de neurones miroirs mis en avant par Giacomo Rizzolatti et Corrado Sinigaglia leur ouvrage (« Les neurones miroirs »). Ces neurones ayant une composante principalement motrice présentent une spécificité : ils se mettent à fonctionner autant lorsqu’on réalise une action que lorsqu’on l’observe ; dès lors, leur importance est claire non seulement pour l’aspect purement moteur (on apprend en observant ses semblables) mais aussi pour celui de la compréhension des actions d’autrui (je comprends ce qu’implique une action pour autrui car je suis capable de la comparer par rapport à mon expérience motrice personnelle, nous pouvons rapprocher cela d’une certaine forme d’empathie). Cela rend donc l’observation des actions de nos semblables et l’interaction directe avec eux indispensables à la mise en place d’un répertoire moteur  efficace et reconnaissable socialement, c’est à dire constitutif de notre identité d’être humain. C’est là un point qui me semble de première importance et qui peut expliquer en partie la spécificité de notre espèce ; en effet, le développement et l’adaptation de ces circuits neuronaux au court du temps pourrait aider à expliquer l’évolution  de  toutes les pratiques humaines : de l’acquisition du langage (motricité du visage et forme de la bouche reproductible en observant l’émission d’un son par un pair) à la maîtrise des techniques les plus élaborées et socialement significatives (gestes sportifs, artisanat, agriculture,  expression corporelle, création artistique…). On peut aisément s’inquiéter du degré d’interactions sociales qui diminue chaque jour. L’importance des réseaux sociaux m’apparaît alors comme un réel fléau, de même que la disparition inéluctable d’un grand nombre de professions qui deviennent inutiles selon certains car remplaçables par de nombreux dispositifs « modernes ». Nous pouvons citer l’accueil et tenue de caisse dans les magasins et la grande distribution ou la présence aux guichets des entreprises de service publique, autant de tâches qui peuvent être facilement supplantées par des bornes d’accueil, des achats par internet ou de manière plus extravagante par des robots d’un nouveau genre. Là il ne s’agit pas de science fiction, cela existe déjà au Japon. France info relayait déjà, en avril 2015, la présentation de « la première hôtesse humanoïde à l’œuvre dans un très chic magasin de Tokyo ». Il n’est pas rare d’entendre la critique selon laquelle les français seraient moins prêt « culturellement » à accueillir ce genre de dispositif : par peur irrationnelle et inquiétude non justifiée. Que pèse cette diminution des interactions sociales humaines à l’œuvre au quotidien face aux pressions financières (gain de productivité, de temps, d’argent) ? On nous explique donc la nécessité d’avoir recours à des robots et autres machines pour la réalisation d’actions « simples ». En revenant sur l’importance des neurones miroirs, je me demande comment on peut imaginer qu’un enfant, qui évolue dans le monde que l’on nous prédit, va être capable, derrière son écran d’ordinateur, sous ses lunettes de réalité virtuelle ou en s’adressant à un robot, d’apprendre et d’intégrer la base des relations sociales  humaines. Encore plus loin, comment aborder ce paradoxe ahurissant : l’être humain crée des robots à son image qui vont influencer l’acquisition par nos enfants de schèmes moteurs incomplets et non totalement reproductibles car pas assez humains. En somme, nous en serions réduits à imiter des machines inventées pour nous imiter.
    Le phénomène de Réalité Virtuelle est aussi parfaitement représentatif de cet engouement extravagant pour les nouvelles technologies, pour nombre de spécialistes c’est seulement un secteur porteur : j’ai en mémoire cette photographie présentant Mark Zuckerberg qui entre dans la salle du Mobile World Congress de Barcelone traversant une foule d’individus cachés derrière leurs fameuses lunettes. Quel contraste saisissant entre le seul individu en mouvement ne boudant pas son plaisir et la masse de ses congénères sans défense et inactifs. Si notre futur ressemble à cela, il faut se mobiliser dès à présent, dans le cas contraire il n’y aura pas beaucoup de choix entre le rôle de grand horloger et celui de petit rouage remplaçable ; personnellement aucun  de ces rôles ne me conviendrait. Des casques de Réalité Virtuelle sont déjà commercialisés pour se combiner avec un smartphone ou pour des consoles de jeu nouvelle génération, or je n’ai pas trouvé d’information concernant des tests mesurant les dangers potentiels de ce type d’appareils. L’un des buts est d’être le plus immersif possible pour vivre l’action la plus intense sans courir de risques physiques, mais quand est-il des risques psychiques ? Nous savons tous et malheureusement pour certains, par expérience, qu’un évènement traumatisant a des répercussions à plus ou moins long terme tant sur le plan physique que psychique, les deux étant d’ailleurs  indissociables « dans le réel ». Quelle idée de risquer de créer de nouveaux états traumatiques sans aucune assurance que nous serons capables de les appréhender efficacement ? Il n’y aura plus vraiment de lien entre expérience psychique « irréellement » vécue et expérience physique réelle, le corps est en quelque sorte trompé. Il est déjà très difficile de vivre en prétendant atteindre un certain équilibre, comment espérer atteindre cet équilibre en multipliant les expériences de vie en dehors de l’expérience du corps ; on s’éloigne clairement de  l’unicité du corps et de l’esprit.  Comment prendre la juste distance par rapport à des faits « irréels » ? Pour illustrer ces propos on peut évoquer le court métrage d’Alejandro G. Iñarritu « Carne y arena » présenté au festival de Cannes en mai 2017 : le spectateur équipé d’un casque de réalité virtuelle, en immersion totale, vit la course d’un migrant tentant de rejoindre les Etats-Unis à travers le désert nord-méxicain. Une expérience rapportée comme poignante et émouvante pour certains mais qu’on peut donc imaginer comme traumatisante et éprouvante pour d’autres. Pendant les 6 minutes 30 de film, aucune possibilité de se mettre à distance, comment être sûr de ne pas occasionner des blessures mentales ?
Quelles magnifiques perspectives avec cette réalité virtuelle ! Pourquoi ne pas continuer à défricher « les poumons verts » de notre planète, faire des dernières forêts protégées des sanctuaires privés inaccessibles aux communs des mortels et proposer en même temps des balades en forêt dans un monde virtuel. Certains imagineront bien de nouvelles start-up créant des machines destinées à renouveler l’O2 ou promotionnant l’implantation « artificielle » de végétaux en milieu urbain au dessus des couches de bétons des nouvelles villes connectées.
    Cette question de la mise à distance avec l’utilisation de nouveaux engins intéresse aussi le domaine militaire et les conséquences sont autrement plus dramatiques et déjà observables. Avec l’usage des drones lors des conflits armés, on touche à un problème très sensible : le meurtre et la responsabilité engagée.  A l’inverse de l’expérience précédente il s’agit, avec ce type d’appareil, d’opérer à une mise à distance inconsidérée pour le « pilote » qui semble jouer sur une console de jeu vidéo ; on observe une inadéquation totale entre l’action anodine derrière un écran à des milliers de kilomètres et la conséquence de celle-ci. Que dire après la décision de la ministre des armées en septembre 2017 d ‘engager le processus d’armement des drones de renseignement et de surveillance de l’armée française ?  (voir le film d’Andrew Niccol, « Good Kill »,  lire le témoignage au Courrier International de Brandon Bryant, ancien pilote de drone dans une unité spéciale de l’armée de l’air américaine). En terme de prise de distance, le juste milieu n’est-il pas celui de notre expérience physique ?

  L’obsolescence d’un certain nombre de pratiques et par extension l’obsolescence de l’Homme lui-même paraît inéluctable si une réflexion sérieuse n’est pas menée. Je propose un parallèle entre l’être humain et les deux idiomes que sont le latin et le grec. Ces deux langues sont dites « mortes » car inusitées, ce qui ramène à l’idée d’inutilité pour certains, or je ne suis pas loin de penser que ces langues sont devenues « obsolètes » du fait de plusieurs décennies voir siècles de dénigrement et d’indifférence. Si l’être humain devient « inutile » à force d’être inusité on pourrait le qualifier donc de « mort » ; ne serions-nous pas en train faciliter voir d’accélérer « la mort de l’Homme ». Espérons que derrière nos écrans et même dedans (réalité virtuelle oblige) nous réussissions à subsister en bons « morts-vivants ».

    Les étapes sont franchies à un rythme vertigineux sans pour autant que l’on puisse entrevoir de limites, pourtant les plus enthousiastes ne veulent pas s’arrêter là et, loin de s’émouvoir de la victoire de l’IA sur l’Homme au jeu de go en 2016 (Alphago contre Lee Sedol),  des réussites du robot « Todai » aux examens d’entrée de la plus prestigieuse université  de Tokyo, de la puissance de calcul des futurs ordinateurs quantiques ou encore de la place de plus en plus présente des algorithmes dans nos vies (choix des universités, recrutement des salariés), ils prônent une forme de fusion entre homme et machine ou la possibilité d’utiliser les dernières avancées dans le domaine de la génétique pour « améliorer » l’être humain.  Elon Musk, avec son nouveau projet Neuralink espère développer une interface cerveau-ordinateur pour améliorer nos capacités cognitives ; Laurent Alexandre (fondateur de Doctissimo) ou Ray Kurzwell chez Google pensent qu’il sera possible de vaincre la mort grâce à l’essor de la biotechnologie ; les idéologues transhumanistes parlent d’ « humain augmenté » et certains scientifiques comme le généticien Radman Miroslav se verraient bien utiliser la nouvelle technique CRISPR-Cas9  (« ciseau génétique ») pour modifier avec précision l’ADN : « Faut-il être l’esclave du hasard de la nature ? Est-ce que c’est juste ? » (interview publiée sur lexpress.fr le 03/08/17). Tout simplement effrayant. Il serait dangereux de penser pouvoir en finir avec le principe  fondamental d’incertitude qui régit toute existence humaine. C’est pourquoi les débats relatifs aux aspects éthiques et légaux sont vitaux.  Sans réflexion ni mesure, l’être humain risque de subir le même sort qu’Icare lors de son ascension vers le soleil et j’espère que les Dédale de notre temps (scientifiques, inventeurs, penseurs…) sauront mettre en garde contre ces excès d’impudence à l’égard de notre nature.
    Pour ma part, je n’ai aucune envie de mettre le cours de mon existence entre les mains de systèmes de calcul pensés par un petit nombre d’individus ; il est d’ailleurs intéressant de noter qu’ un ensemble de programmes dirigeant les composants et ressources d’un appareil informatique est appelé « système d’exploitation ». J’ai bien peur que par manque de vigilance l’être humain ne devienne une de ces ressources.
    L’ère du numérique, le transhumanisme comme seul horizon, acquérir l’immortalité comme plus grande obsession, ce n’est pas l’humain augmenté mais l’humain disparu, très peu pour moi, j’aimerais pouvoir dépérir tranquillement en toute conscience en essayant de passer le relai au mieux aux prochaines générations. C’est pourtant ce qui se passe depuis des millénaires mais c’est vrai que je dois être un peu rétrograde finalement !

P.M.


jeudi 31 août 2017

Président, ministres, parlementaires cyniques dans un sinistre Etat. La seule solution serait un véritable mouvement de contestation populaire de grande ampleur.

    Il n’y a plus de garde-fou. Que cherchent-ils ? Un soulèvement populaire ?
Le gouvernement actuel est en train de réussir un tour de force : en faisant exploser les anciens partis ils cristallisent comme jamais auparavant une opposition entre d’un côté les « gagnants » de la mondialisation, du libéralisme et leurs défenseurs (une majorité des politiques, journalistes "mainstream" et une minorité de français) et de l’autre, une majorité de la population française associée à quelques politiques. Ce n’est pas la pseudo loi pour la confiance dans la vie publique qui risque de changer les choses, c’est mieux que rien pour certains , une chose est sûre, le compte n’y est pas. Les points soulevés sont quelques gouttes d’eau dans l’océan des abus légaux toujours d’actualité et les affaires ne font que commencer.

    Depuis le début de ce quinquennat il est possible de relever un certain nombre de faits incompréhensibles pour le commun des mortels comme moi, je me propose d’en énoncer ici quelques exemples dans ce « journal d’un penseur bipolaire complexe à la tête d’une équipe de francs-tireurs":
Il annonce la loi de moralisation de la vie publique « en même temps » le premier garde des sceaux nommé est empêtré dans les affaires tout comme le ministre de le cohésion des territoires « planqué » maintenant à l’assemblée ; la ministre du travail réalise une plus-value de plus d’un million d’euro en revendant des stocks options Danone au moment de l’annonce d’un plan de licenciement, « en même temps » elle porte la réforme du Code du travail ; augmentation de la CSG, « en même temps » le gouvernement est prêt à faire un accord avec le géant Google permettant à cette firme de se soustraire à une part importante de son impôt ;  il donne des leçons à Donald Trump et le moque avec un slogan bien convenu, « en même temps » il lui déroule le tapis rouge lors de sa visite à Paris ; il veut créer des « hotspots » en Libye, « en même temps » c’est officiellement impossible pour une simple question de sécurité ; il annonce la nécessaire bienveillance pour l’accueil des migrants, « en même temps » les forces de l’ordre les molestent afin de les pousser à fuir ; il parade allègrement dans tous les journaux « people » quand cela l’arrange, « en même temps » porte plainte contre un paparazzi trop pressant ; horizontalité claironnée à propos du mouvement EM, « en même temps » les statuts de LREM ne donne pas la paroles à ses propres adhérents ; le ministre du budget annonce la diminution des APL, « en même temps » réduction prévue de l’ISF pour les plus fortunés ; il insiste sur son rôle symbolique de chef des armées (véhicule militaire lors de l’investiture, visites aux armées, déguisements en tout genre), « en même temps » un général respecté est humilié publiquement puis poussé à la démission et le chien de garde du gouvernement en rajoute le lendemain de l’annonce ; pour ne pas être embarrassé à propos de certaines affaires lors de ses déplacements il avance : « quand je suis à l’étranger, je ne ferai aucun commentaire sur la politique française », « en même temps » lorsqu’il fait sa rentrée internationale en Roumanie il lance : « la France n’est pas un pays réformable, les Françaises et les Français détestent les réformes… » en accompagnant la parole d’un geste pour le moins ambigüe du revers de la main…
N’a-t-il aucune consistance ? N’a-t-il aucune fierté ? Est-il viscéralement fourbe (comme un grand nombre de politiques me direz-vous) ? A-t-il une pensée si complexe qu’il ne la comprend pas lui-même ? Nous prend-t-il simplement pour des idiots ? (question rhétorique) Est-il totalement fou ? A vous de choisir et même d’en ajouter.

    Le nouveau président a ruiné en quelques semaines tout ce qui l’avait rendu en apparence convenable (mais jamais convaincant) lors de son accession au pouvoir ; lui qui voulait apparaître si courtois et bienveillant lors des débats, au risque de devenir transparent et inaudible, s’avère être plus proche du petit chef capricieux et susceptible que du dirigeant éclairé. Le pouvoir aurait-il perverti cet homme honorable en seulement quelques semaines ? Non, simplement le masque tombe plus vite qu’on aurait pu le penser et à visage découvert le rictus du braqueur social est encore plus inquiétant que prévu. Combien de fois faudra-t-il expliquer qu’avec la forte abstention, les votes blancs, les votes nuls et les votes contre le FN, l’élection n’était finalement que le résultat d’une faible adhésion populaire. Cela me permet d’établir la notion de loi « Jupiterwin » suivant le même mécanisme que la loi Godwin mais à l’échelle plus restreinte du débat politique français. Cette loi « Jupiterwin » pourrait être énoncée de la manière suivante : plus un débat ou une entrevue politique impliquant un ministre, un journaliste  partisan ou un député LREM s’éternise, plus la probabilité d’entendre l’expression « les français l’ont tout de même élu (choisi) pour cela » s’approche de 1. J’ajouterai même : la rapidité avec laquelle est atteint le point « Jupiterwin » est directement proportionnelle à la faiblesse de l’argumentaire de l’intervenant ayant beaucoup de peine à justifier son action de manière logique.
    A mon sens c’est un bien bel exemple de malhonnêteté intellectuelle sachant que, comme évoqué plus haut, il ne semble pas du tout avoir été choisi par la majorité des français. C’est au moins aussi affligeant que le raisonnement de nombreux spécialistes politiques qui débutent leurs interventions par un agaçant « les français veulent  (savent)… », ils ne se rendent même pas compte qu’ils sont en train de pousser leurs concitoyens à bout en dérobant leur parole pour énoncer le plus souvent une idée qu’ils ne partagent pas du tout.   

    Je pense que nos gouvernants ont décidé de « pousser le bouchon » à un niveau jamais atteint. Quel exemple d’ailleurs avec la réforme du Code du travail ! Une entreprise de démolition sociale ! Pourtant, des journalistes politiques de tous bords ne prévoient pas de mouvements de contestation de grande ampleur, je ne suis pas de cet avis.
Il existe déjà des exemples assez parlant, mais rarement mis en avant, comme la grève des salariés de total à Mayotte, les CRS toulousains en arrêt de travail pour ne pas monter à Paris, grèves locales pour s’insurger contre la suppression des contrats aidés, manifestation des femmes de militaires, mobilisation nationale des livreurs Deliveroo. Peut-être faut-il que la tendance se durcisse pour que la gronde populaire soit entendue ? Pour l’instant, sur l’Olympe c’est la sourde oreille. Il a tout de même réussi à s'attaquer à presque toutes les professions et catégories socio-professionnelles (mis à part, cela devient une habitude, quelques privilégiées). Pour la fonction publique par exemple ce n’est que le début avec le rétablissement du jour de carence et le gèle de l’indice des salaires en attendant la révision des régimes de retraite et les coupes budgétaires en tout genre.

    Le gouvernement sous-estime vraiment la capacité d’indignation et la fierté de leurs propres concitoyens. Comment imaginer qu’une majorité de Français ne s’insurge pas contre toutes ces manifestations de condescendance et de mépris.
Il est tout à fait déraisonnable de favoriser des entités économiques (banques, groupes financiers, grandes entreprises…) attentives seulement à la réalité financière en reléguant une majorité de nos compatriotes et donc le facteur humain au rang de simple variable d’ajustement que l’on peut sacrifier au même titre qu’une machine obsolète. L’hypothèse qui semble dominer est que l’enrichissement de quelques entrepreneurs améliorera les conditions de vie du plus grand nombre. Principe qui a largement montré ses limites avec l’ordolibéralisme à l’allemande et l’ultralibéralisme à l’anglo-saxonne (explosion de la précarité, creusement des inégalités). De plus, il me paraît impossible que le modèle américain, anglais ou allemand puisse se substituer au modèle français, c’est une simple question de culture et d’identité de notre pays, certaines considérations sociales en France ne peuvent être négociées. D’ailleurs si ces modèles évoqués avaient permis de réduire le nombre de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté et avaient permis de diminuer réellement la dette de ces pays au lieu de l'augmenter, nous serions au courant. 
    Est-il si difficile de comprendre que notre vision de la société diverge de la leur et que nous ne pouvons pas tolérer de voir les inégalités sociales se creuser ? Après tout il existe bien en France une culture de la contestation bien encrée, il suffit de relever certains faits historiques qui nourrissent l’inconscient collectif : la Révolution française, la Commune de Paris, les victoires sociales du Front Populaire, la Résistance durant la seconde guerre mondiale, les mobilisations de mai 68… Bien sûr la véracité des faits peut toujours être contestée, orientée voir instrumentalisée, cependant, il est difficile de contredire le fait que les épisodes évoqués marquent les esprits en France depuis des décennies pour les plus récents voir des siècles pour les plus éloignés dans le temps.  Il serait intéressant que ce président prenne en compte cette tendance à la contestation de l’ordre établi par le peuple trahi propre à la culture Française. Culture qui, selon lui, n’existe même pas. Peut-être que la désobéissance civile est maintenant la seule solution viable pour se faire entendre. Contester l’autorité n’est pas, dans ce cas, une posture de principe, il s’agit de contester une autorité que l’on peut qualifier de partiale et illégitime.
    Espérons une réaction populaire à la mesure de l’injustice de l’action et des mesures gouvernementales présentes et à venir, et ce dès septembre. Notons cette belle ironie du sort, dans quelques mois se profile le 50ème anniversaire de mai 68, celui qui aime les symboles sera sans doute servi…

P.M.


Le président «inhumain », Emmanuel Macron, première intelligence artificielle au pouvoir.

Un nouveau palier a été franchi, nous avons assisté   le   dimanche 15 octobre 2017, lors de l’émission « Le Grand Entretien », à l’ une de...