lundi 24 mai 2021

La Terre comme corps humain ou le corps humain comme Terre, concept essentiel pour appréhender la dérive actuelle de l’espèce humaine.

    Dans ce développement il n’y a aucune recherche d’exactitude scientifique mais plutôt une tentative d’établir des liens volontairement flous, permettant un vagabondage imaginatif, entre des notions plutôt générales que la logique pure, normalement, ne saurait rapprocher.  

 

     Si le génie se mesure au caractère intemporel de la pensée, l’un de ceux qui en possédait la marque la plus flagrante est bien Léonard de Vinci. Dans Léonard de Vinci, Tout l’œuvre peint aux éditions Taschen, Frank Zöllner nous explique, dans un commentaire de la Vierge aux rochers, qu’un détail « semble illustrer la conception du corps de la terre, c’est à dire de la terre comme un être vivant, conception fréquemment formulée par les auteurs de l’Antiquité et du Moyen Âge, et telle que Léonard l’a lui même thématisée de façon récurrente dans ses écrits ». L’auteur nous explique que dans le Codex Leicester rédigé entre 1506 et 1508 ainsi que dans des manuscrits antérieurs, « Léonard y décrit le cycle de l’eau courant dans différentes veines, sous la surface de la Terre, à la recherche des hauteurs alpines, tout comme le sang dans les veines du corps humain ». En me penchant sur un autre ouvrage de Frank Zöllner associé à Johannes Nathan, compilant les dessins de l’artiste (Léonard de Vinci, L’œuvre graphique, Taschen), j’ai été saisi par certaines similitudes de forme entre les dessins anatomiques des réseaux veineux, les études de plantes et les dessins cartographiques représentant les cours d’eau. Comme s’il avait réussi à représenter des mécanismes et des phénomènes transposables à différentes échelles, que ce soit celle de l’organisme humain ou celle de l’organisation naturelle globale du monde. Une sorte de principe d’harmonie générale insaisissable, une organisation complexe spontanée, une alchimie instinctive qui se manifesterait. L’être humain me semble tenté, depuis plusieurs centaines d’années, d’approcher artificiellement la recréation de l’état naturel. A mon sens, les grandes « réussites » techniques ont été conditionnées par ces tentatives. Cependant, au-delà de la recherche incessante d’objectivation précise de tous les principes naturels pris séparément par les sciences dites « dures » (mathématique avec le travail des proportions ou le nombre d’or par exemple, les lois de la physique universelle ou encore l’étude des réactions chimiques), il peut être intéressant de fonder l’hypothèse de départ de la réflexion sur une acceptation directe de la logique intuitive de Léonard de Vinci. Cela permet de porter un éclairage différent sur l’évolution actuelle de notre société.  

 

Un réseau vasculaire empoisonné

 

  Chez l’homme nous pouvons évoquer un cycle vasculaire associant en continu propulsion artérielle vers les différents organes et retour veineux essentiellement grâce à l’activité musculaire. A l’échelle de notre planète le cycle de l’eau est bien connu avec les stockages en nappes phréatiques, la mobilité permise par le jeu des pressions et des différences de reliefs ainsi que le retour induit par l’évaporation puis la condensation avant que la pluie ne permette de « reconstituer » les stocks. Dès lors comment croire que, lorsque l’on extrait le précieux liquide indispensable à la vie, sans égard aucun pour la reconstitution des stocks, l’équilibre pourra être maintenu longtemps ? Pourrions-nous survivre s’il nous était prélevé plus de sang que notre corps ne peut le supporter ? Au contraire, lors d’hémorragies importantes il est nécessaire d’avoir recours à des transfusions sanguines. A l’échelle planétaire aucun besoin de transfusion liquidienne normalement, s’agissant d’un circuit fermé global, encore faudrait-il ne pas bloquer les flux naturels par des barrages démesurés ou ne pas prélever au-delà des fameuses capacités de reconstitution des écosystèmes. Sinon comment éviter les pénuries ? Sur terre cela se soldera par une absence vitale dans certaines régions avec pour conséquence l’impossible survie des populations ; pour un corps humain une pénurie de sang dans un quelconque organe c’est la défaillance fatale qui entraine par effet domino la mort à plus ou moins long terme. Prenons garde à ce que la défaillance d’une région du globe ne soit pas à l’origine de ce même effet sur le corps terre. 

 

   Intéressons-nous à l’empoisonnement du sang chez un être humain ; dans les cas les plus graves il peut être causé par la présence de microorganismes pathogènes et de leurs produits toxiques dans le sang suite à un petite infection négligée. Le risque est alors que, par l’intermédiaire de la circulation sanguine, ils puissent finir par envahir tout le corps si le système immunitaire n’est plus en mesure de lutter, et conduire au décès. Nous pouvons aussi retrouver dans notre sang un certain nombre de substances toxiques ingérées, liées à l’activité industrielle ou agricole : retardateurs de flamme, PCB (polychlorobiphényles) ou pesticides. Nous savons bien que l’empoisonnement sanguin généralisé aura une issue fatale, pourquoi en serait-il autrement pour l’échelle globale ? Bien sûr le temps de survie sera bien moindre dans un cas que dans l’autre cependant, une agonie, bien qu’elle soit  plus durable se soldera bien par la mort.  

    Le cas des pesticides est particulièrement intéressant car il permet de faire un pont entre les deux corps évoqués. En effet, n’importe quel individu peut retrouver ces substances dans son sang du fait de l’ingestion d’aliments contaminés préalablement, par inhalation directe en cas d’épandages proche des habitations ou en utilisant certains désherbants en tant que particulier. De la même manière la pénétration jusqu’aux nappes phréatiques est possible et la pulvérisation proche des cours d’eau peut directement atteindre ce que j’appellerai le réseau vasculaire de notre planète. Pour un individu, des maladies graves telles que le cancer peuvent survenir ; au niveau planétaire, ne peut-on pas imaginer le risque pour toutes les espèces et le rôle possible dans la mise en danger de nombre d’entre-elles avec les réactions en chaîne compromettant les interactions indispensables entres toutes ?

   Autre exemple frappant : la présence de substances radioactives comme le tritium dans les cours d’eau proches de certaines centrales nucléaires, celle de Chinon par exemple, avec la présence de cet élément dans l’eau potable. Première réaction naturelle à cette nouvelle: l’inquiétude ; cependant, les experts assurent que les seuils autorisés ne sont pas dépassés… autorisés par qui, en se basant sur quels critères ? Mon irrationalité me fait croire qu’il serait peut-être plus sain de n’avoir aucune présence de substances radiocatives dans l’eau pour être certain de ne pas en retrouver dans notre sang…

 

Un recouvrement des surfaces compromettant la thermorégulation

 

Le tissu cutané est l’organe de notre corps ayant la plus grande surface et il joue un rôle indispensable dans le processus de thermorégulation. Par le jeu des échanges liquidiens, il permet à notre température de se maintenir à un niveau garantissant l’homéostasie du milieu interne et le fonctionnement normal de notre organisme malgré les changements environnementaux, que ce soit en termes de température externe ou d’intensité de l’activité physique. Un bon exemple reste la sudation qui correspond à un rejet de liquide visant à faire baisser la chaleur interne causé par l’augmentation de l’activité de l’organisme. L’interface entre la peau et l’environnement extérieur est donc primordial ; on peut aisément imaginer la défaillance générale de notre machinerie interne que pourrait engendrer le fait de recouvrir tout notre corps d’un tissu totalement imperméable en épousant les moindres reliefs. Plus de sécrétion possible, plus de baisse de température interne et au final une surchauffe généralisée. Il est d’ailleurs coutumier, en cas de grosse chaleur, de s’appliquer de l’eau fraiche au niveau de la nuque et du front ce qui correspond tout simplement à un refroidissement de la commande centrale (notre cerveau).

Pour la Terre dans son ensemble, nous pouvons considérer que l’eau reste bien le principal facteur de thermorégulation nécessaire au maintien d’une homéostasie indispensable à la vie. Les glaciers aux pôles, le jeu des pressions et dépressions en profondeur ou dans les hauteurs… autant d’états et d’espaces savamment organisés. En faisant preuve d’imagination, nous pourrions comparer la surface terrestre à notre tissu cutané qui, par l’alternance entre absorptions et rejets, garantit les conditions de développement de ses excroissances végétales. Dès lors, la « bétonisation » du monde, avec le recouvrement de terres agricoles et la destruction d’espaces forestiers pour de grandes constructions (aéroports, centre commerciaux, parkings…) sont des motifs d’inquiétude certains. Lors des grandes chaleurs estivales, il est d’ailleurs facile de noter les différences entre espace à la campagne avec habitations entourées de verdure et espace de grande concentration urbaine. En ville la chaleur semble « piégée » durant la journée et, la nuit, alors que cette prisonnière devrait laisser place à plus de fraîcheur, elle en profite pour s’échapper.  Il n’est pas rare de sentir une forme d’étouffement, comme si béton et bitume rejetaient l’accumulation du jour et que leur respiration se faisait au prix de la nôtre. Au contraire, pour qui a la chance d’habiter aux abords d’une forêt « pas trop mutilée », l’expérience de la nuit lors d’une canicule peut être une délivrance, comme si la terre, les herbes, les arbres profitaient de l’absence du soleil pour soigner son agression ; d’ailleurs, en journée, ils ne chôment pas pour autant et il n’est pas d’ombre plus fraîche que celle d’un arbre vivant. 

Il me semble dangereux de remplacer la perméabilité de la terre par l’imperméabilité de ces constructions toujours plus étendues ; par ailleurs, aussi complexes soient-ils, ce ne sont pas les systèmes d’écoulement des eaux ou les climatisations qui permettront la régulation ; ils restent autant d’artifices qui remplacent maladroitement et de manière incomplète la nature par essence rompue à l’exercice. C’est une perte de fonction évitable remplacée par des organes artificiels plus fragiles car non régis par l’énergie universelle naturelle. Si votre condition personnelle vous donnait le choix entre s’accorder des temps de repos plus fréquents pour conserver un cœur fonctionnel toute sa vie durant et continuer à avoir une activité frénétique grâce à la pause d’un pacemaker, que choisiriez-vous ?  Bien sûr il est impensable de ne pas prévoir l’augmentation du nombre d’habitations pour une population mondiale sans cesse grandissante, cependant, un travail d’adaptation pourrait être fait et il alimente déjà la réflexion de nombre d’acteurs du secteur de la construction pour ce qui est des matériaux à utiliser, la tailles des espaces consacrés, et l’équilibre entre espaces construits et espaces naturels complémentaires conservés. Mais encore faudrait-il que la majorité soit convaincue de l’utilité de ces démarches et que nous ne sombrions pas dans une logique caduque de techniciens qui choisiraient d’aider un patient déjà intubé en creusant d’autres orifices à la surface du corps. Ne penser qu’à l’amélioration par les nouvelles inventions c’est mettre la Terre comme un corps sous assistance respiratoire. 

 

Une destruction des organes respiratoires

 

 Revenons sur l’expression : « le poumon vert de la planète » déjà évoquée dans un texte précédent mais qui prend ici tout son sens. Nous parlons bien des grandes forêts de la Terre et particulièrement de la jungle amazonienne qui fixent le C02 et produisent le dioxygène grâce à la photosynthèse. C’est dans un effet de miroir inversé par rapport à nos propres poumons, fixant l’O2 et rejetant le CO2, que la connexion devient magnifique, et se fait jour une forme de complémentarité poussée à l’extrême. Malheureusement, le fléau de la déforestation dévaste en ce moment même le principal organe respiratoire planétaire et donc, par extension, les nôtres se trouvent en sursis. Certaines études avancent même que la forêt amazonienne, du fait de l’activité humaine (barrages, incendies, développement de monoculture ou d’élevages intensifs) rejetterait autant de gaz à effet de serre qu’elle n’en absorbe. On assiste peut-être à une détérioration extrême de la fonction même de ces écosystème complexes, une forme d’empoisonnement évitable. En imaginant que nos poumons commencent subitement à capter autant de CO2 qu’ils n’en rejettent, je vous laisse imaginer les conséquences à court terme. Comme si notre propre comportement, malgré les mises en garde, continuait à mettre en danger l’intégrité de notre organisme et pouvait entraîner  une perte de fonction compromettant notre survie. L’exemple de la cigarette semble tout trouvé, il est facile d’entendre qu’un jeune en « bonne santé » puisse être sourd aux recommandations, mais serions-nous aussi compréhensifs si une personne atteinte d’une broncho pneumopathie chronique obstructive (BPCO) ou d’un cancer du poumon continuait à fumer ? Notre Terre semble donc malade mais c’est à nous-mêmes que les recommandations doivent s’adresser car, même s’il est difficile de prévoir les réelles conséquences de mesures prises à partir de maintenant, une chose est sûre, il est indispensable d’ôter la cigarette de la bouche du malade, à moins que nous soyons certains qu’il n’y a plus rien à faire pour lui.

 

Des réactions violentes et incontrôlables comme symptômes de la maladie

 

Comment réagit notre corps aux stress multiples, aux agressions extérieures (plaies, chocs, températures hautes ou basses…) et intérieures (infection, déshydratation, hémorragies…) ? Par l’apparition de premiers indices de mal-être et par des soubresauts multiples, signes d’une lutte acharnée pour combattre le mal et retrouver l’équilibre par tous les moyens : céphalées, sécheresse de la peau et de la bouche, système immunitaire qui se met en branle pour annihiler un virus, augmentation de la température interne, apparitions de ganglions lymphatiques, coagulation sanguine pour la cicatrisation, évacuation liquidienne dans un but d’assainissement… Pourquoi en serait-il autrement du corps Terre ? Sécheresse, canicules, tempêtes de plus en plus violentes, risques d’éruptions volcaniques, fonte des glaciers… C’est là le drame le plus important. Au-delà d’une évolution naturelle, nous pouvons considérer que l’Homme n’est pas totalement étranger à l’apparition de ces stigmates. Le cas des séismes est particulièrement frappant. Nous savons que nombres d’entre eux sont d’origine humaine (activité extractive intensive) nous pouvons y voir une forme de frisson comparable à la fébrilité d’un corps soumis à une blessure si profonde qu’elle engendrerait un déséquilibre interne pouvant aller jusqu’au choc septique fatal. Il est pourtant évident que lorsque le corps s’emballe, la guérison dépend, entre autres, de deux choses primordiales que sont le repos et encore plus le sommeil, véritable facteur de régénération. En cas de forte fièvre, de fracture ou de blessure profonde, ne serait-il pas inconscient de démarrer un marathon ? C’est pourtant cette course interminable qu’a débuté notre planète sans que personne n’ait de considération pour ses lésions multiples. Comme pour tout organisme, il est question de limites et nous pouvons toujours chercher à les atteindre, et même à les repousser ; une bien belle idée, un mythe aveuglant érigé arbitrairement en vérité naturelle, mais comme pour tout organisme, il est des limites qu’il ne faut surtout pas franchir. 

 

Quel rôle pour l’être humain ? Organisme en symbiose avec le milieu, acteur du système de défense ou moteur de dégénérescence ? 

 

     Imaginons que tous les êtres vivants, les êtres humains n’échappant pas à la règle, soient l’équivalent pour la Terre de certaines cellules ou organismes microscopiques indispensables au développement d’un corps humain.

     Comme les anticorps de notre organisme, nous pourrions apparaitre comme des acteurs de l’organisation d’un système de défense du corps Terre, œuvrer à la préservation de notre habitat, à la conservation des espèces indispensables au maintien des écosystèmes, à la réduction des agressions directes, à la diminution des facteurs de stress… cependant cela demande une remise en cause radicale de notre mode de pensée, de toutes les normes économiques productives à l’origine de l’organisation de notre société et de l’interaction entre les différentes nations. 

     Un autre parallèle est possible avec le microbiote intestinal, cette « communauté » de bactéries, qui œuvre en symbiose avec leur organe hôte à son bon fonctionnement. Ces microorganismes ont des rôles primordiaux : aider à la digestion des aliments, donc à la transformation des structures pour les rendre utilisables par l’organisme dans son ensemble ou éliminables si inutilisables (sous forme de déchets organiques), « faire  barrière » aux bactéries potentiellement dangereuses pour la santé et enfin œuvrer au développement du système immunitaire déjà évoqué en réunissant les conditions optimales d’accueil des cellules immunitaires. Pour notre monde, nous pourrions collectivement faire de nouveaux choix en termes d’habitation, d’agriculture, de transport afin de garantir à la fois notre vie dans les meilleures conditions tout en améliorant certains indicateurs environnementaux. Un très bon exemple ici est celui des forêts jardin : c’est-à-dire la mise en place, en harmonie avec un milieu naturel existant, d’une forme de culture vivrière respectant la configuration des lieux et même en concourant au développement de celui-ci. Une idée révolutionnaire pourtant ancienne qui permet à la fois d’assurer notre vie tout en soignant le corps Terre : une réciprocité des bénéfices, essence même de la symbiose d’un organisme avec son milieu. D’ailleurs, faire barrière aux pratiques néfastes devrait aller de soi, et certains citoyens le font quotidiennement : lutte de terrain contre la construction d’aéroports, contestation de la transformation de certains lieux en poubelles radioactives, actions en justice contre d’autres projets insensés (destruction de terres agricoles pour établir des centres commerciaux par exemple) ; malheureusement ce rôle de cellule immunitaire humaine est loin d’être une priorité pour la majorité des concitoyens et l’ampleur de la tâche est immense pour faire face à l’aveuglement pragmatique de notre classe politique dirigeante. 

     Certains microorganismes ont donc une action profondément bénéfique ; à l’inverse, certaines cellules peuvent être dysfonctionnelles et entrainer par réaction en chaîne une dégénérescence accélérée et parfois irréversible de l’organe de résidence. Ici, plus question d’aider au développement, d’accompagner l’action, de préserver le rôle mais plutôt d’entraver, de rétrécir les capacités, de compromettre les moyens jusqu’à la rupture. Le cas des cellules tumorales est particulièrement intéressant : une action désynchronisée de l’organe qui peut être à l’origine du développement de nouvelles structures totalement indépendantes qui siphonne l’énergie vitale au détriment du fonctionnement global. Un espèce d’égoïsme naturel, une cohérence propre qui peut coloniser et « organiser » la défaillance des organes proches avant la propagation fatale au reste du territoire organique. Le cas des maladies auto immunes permet de retrouver certains de ces principes avec une cellule dont le détournement de fonction conditionne une action totalement contre productive ; ici, pas de symbiose avec le milieu mais au contraire une opposition totale, une perte  de repères, une inversion des rôles pour celle qui devrait assurer la survie mais qui en est réduit à précipiter la mort.

     Dès lors comment appréhender de manière plus objective encore le rôle des humains ? Je reprendrai ici l’image du parasite, cet « organisme animal ou végétal qui vit aux dépens d’un autre, lui portant préjudice, mais sans le détruire » (Le Petit Robert 2013), et je rajouterais « pour l’instant » dans notre cas. Il assure donc sa survie par la consommation et la destruction des ressources du corps occupé. Un bon exemple reste cette lubie de la « conquête de Mars ». Une logique fondamentalement parasitaire : la Terre ne peut plus assurer les besoins de l’Homme et il s’agirait de trouver un autre hôte pour commencer un nouveau cycle de vie. Une logique pourtant totalement illusoire reposant sur une hypothèse plus que contestable. Certains scientifiques tirent déjà la sonnette d’alarme concernant des facteurs rendant impossible la réussite de cette entreprise : rayons cosmiques, modification de l’ADN consécutif au voyage, ostéoporose, modification des constantes cardio-vasculaires… En somme, une rupture de l’équilibre obtenu par des milliers d’années d’évolution dans notre milieu d’origine. Pourtant, par cette propension tout humaine à la croyance en des récits imaginaires, les convictions deviennent projets puis s’érigent en normes au mépris de toute rationalité. A mon sens c’est une escroquerie intellectuelle majeure que de laisser croire en notre capacité à dominer un environnement si hostile au sein duquel nous ne serions ni plus ni moins que des corps étrangers. De plus, mettre en œuvre cette illusion de conquête conduirait à la destruction totale de notre habitat actuel par la disparition des dernières ressources.  

     Nous pourrions être les anticorps naturels, nous choisissons d’être les virus artificiels.

 

Activité humaine et idéologie, un suicide collectif ?

 

    Il ne s’agit pas de fustiger notre espèce dans son ensemble. Pas non plus de supériorité décrétée sans aucune critique ; je considère que la spécificité, le talent, le pouvoir de l’être humain résident dans sa capacité à choisir, à lutter consciemment contre certains déterminismes. Déterminismes entretenus par des idéologies créées de toute pièce et devenues totalement inopérantes. Aucune fatalité selon moi, chaque individu en tant que cellule ; chacune des collectivités humaines en tant qu’organe, peut choisir son rôle. Seulement, il est nécessaire que réflexion, conscience et raison redeviennent les moteurs de nos actions individuelles et collectives. 

    Il ne faudrait pas non plus imputer tous les maux à l’activité humaine. Pour certains, toutes les idées énoncées concernant l’effet néfaste des activités humaines peuvent être balayées en évoquant l’existence de cycles d’évolutions terrestres inexorables. Un argument qui se défend dans une certaine mesure et qui peut sans doute être étayé scientifiquement ; cependant, il ne faudrait pas que cet argument empêche un moratoire indispensable qui devrait concerner les activités mortifères. Ce mouvement inexorable peut s’apparenter à l’échelle individuelle au processus de vieillissement. Oui, la Terre vieillit et elle s’éteindra un jour. Pour autant y-a-t-il un sens à accélérer ce processus pour précipiter cette fin annoncée ? Par exemple, mon espérance de vie s’établit à 85 ans, je sais donc qu’à un moment ou un autre je devrai tirer ma révérence, et c’est inexorable, n’en déplaise aux illuminés du transhumanisme. Pour autant, ne vais-je pas accorder de l’importance à ma santé ? N’est-il pas sensé d’essayer de vieillir dans les meilleures conditions ? Vais-je être tenté de m’empoisonner  sans freins en ingérant le plus possible d’alcool, en fumant à un rythme effréné ou en cédant au plaisir des drogues dures ? Oui les gains ressentis pourraient être immenses, surtout s’agissant de plaisir à court terme, cependant, la plupart du temps je vais les mettre en balance avec mes capacités de survie et ne pas abuser de certaines substances à moins d’être pris de pulsions suicidaires. Comme à l’échelle de la planète, l’espoir des plaisirs éphémères, d’abondance de produits inutiles, de comblement des désirs… ne devrait pas conduire à risquer la survie de ce corps terrestre dont nous sommes seulement l’une des parties. Plus simplement, je sais qu’un jour, que j’espère le plus lointain possible, mon organisme subira une ou l’autre défaillance fatale, comme par exemple le fait que je ne sois plus capable de respirer et de fournir l’oxygène indispensable ; en sachant cela, je ne vais pas pour autant me mettre un sac en plastique sur la tête pour me priver tout de suite de ce précieux gaz. C’est à mon sens ce qui se déroule actuellement avec notre environnement et cela me semble bien plus grave qu’une forme d’autodestruction individuelle. En effet, qu’une personne choisisse de mettre fin à ses jours d’une manière ou d’une autre, au-delà de la responsabilité que cela représente vis-à-vis de ses enfants s’ils ne sont pas encore autonomes, cela reste un choix qui n’a de conséquence directe que pour elle-même. Ses enfants auront encore leur chance dans cette vie tout comme le reste de sa famille et l’impact sera quasiment inexistant sur la marche du monde. Cependant les activités qui compromettent l’intégrité de notre globe sont autant d’attaques directes contre notre espèce et surtout la condamnation ferme de notre descendance. 

    Oui il y a urgence et j’identifie bien la dynamique actuelle globale comme un suicide collectif de l’espèce humaine avec le risque que nous emportions tous les autres êtres vivants dans la manoeuvre. En plus de la fragilisation et la destruction de notre habitat protecteur et nourricier, nous pouvons noter cette tendance à ne voir notre salut que dans une forme de religion technologiste de l’innovation pourtant énergivore ; le nombre de maladies liées à la pollution et aux produits chimiques de plus en plus graves, touchant des individus de plus en plus jeunes augmente constamment ; les perturbateurs endocriniens qui compromettent le bon développement de nombre d’enfants, la fertilité qui baisse et qui précipite une baisse du taux de natalité et un non renouvellement des populations, les scandales sanitaires touchant l’industrie agroalimentaire avec fréquents rappels de produits contaminés, les accidents industriels de grande échelle dont toutes les conséquences sanitaires ne sont pas encore connues qui s’enchainent… sont autant d’indicateurs qui devraient pourtant faire office d’électrochocs face à cet empoisonnement généralisé.

     Mais je le répète, pas de condamnation de l’être humain dans l’absolu, il pourrait être la solution. C’est pourquoi je me refuse, contrairement à certains, à voir dans le déclin de la natalité une bonne nouvelle. Je reviens donc sur l’aspect démographique qui me parait primordial. A mon sens, une espèce qui décide de voir dans le contrôle et la réduction des naissances son salut est une espèce qui, philosophiquement a intégré sa disparition volontaire et en est le principal instigateur. Je fonde plutôt nos espoirs dans les générations qui viennent, surtout si elles sont capables de ne pas suivre le chemin tracé par leurs ainés. Quel étonnement de voir sur certains plateaux de télévision des personnes d’un certain âge, dont la conscience écologique ne saute pas aux yeux, se réjouir de la baisse du taux de natalité ; et bien moi j’échangerais bien la vie des ces personnes contre n’importe quel nouveau-né avec seulement l’espoir qu’il sera plus raisonnable. Il y a une autre perspective chez certains écologistes qui prônent l’absence de reproduction humaine comme solution ; un non-sens selon moi car les changements ne pourront intervenir qu’avec l’éducation de nos successeurs. A moins de voir dans la population actuelle la seule méritant de profiter d’une vie agréable et durable, un mode de pensée que l’on pourrait résumer par « après nous le déluge ». De plus, ce n’est pas en réduisant le nombre d’êtres humains tout en conservant des modes de vie toujours plus demandeurs en ressources naturelles que l’on changera quoi que ce soit, ce sera tout simplement plus de confort et de plaisir pour moins d’individus avec toujours les mêmes conséquences. Je miserais plutôt sur un seuil de renouvellement des générations toujours atteint, voir dépassé, une attention toujours plus grande accordée aux comportements de chacun et une formation à ces questions dès les premières années d’école. Un changement de paradigme est essentiel : comprendre qu’il est possible de ne pas constamment relier bonheur et plaisir avec abondance et confort ; que l’on peut tout à fait accorder bien-être et sérénité avec utilité sociale et écologique de l’activité, et disparition de la surproduction de biens. 

     Précisons tout de même qu’il ne s’agit pas du tout d’avoir une vision purement utilitariste de l’Homme. Evidemment, tout le monde ne sera pas capable d’assurer sur le long terme une activité manuelle exigeante physiquement, cependant il est question de complémentarité, d’interconnection humaine… que tous fassent en fonction de leurs moyens sans jamais se trouver stigmatisés. Même la personne la plus diminuée, que ce soit par le grand âge ou la maladie sera d’une importance capitale par l’influence qu’elle aura sur son prochain : prise de conscience de la nécessaire solidarité, importance du soin, de la préservation à l’échelle individuelle et collective, de la stimulation du contact avec autrui, de l’altérité vitale à l’ère d’une société numérique qui stimule la mise à distance et le repli sur soi.

    Nul désespoir dans mes propos, tout processus vital a une fin. Il n’y a de vie que parce que la mort est certaine, ce qui est valable à l’échelle la plus minuscule est reproductible au niveau d’une planète. C’est uniquement le temps disponible qui varie, notre cycle humain d’existence étant plus restreint, seule la transmission de valeurs aux nouvelles générations permettra d’accompagner vers la fin le monde qui est le nôtre de la manière la plus sereine possible ; soigner notre Terre c’est lui accorder du temps, nous accorder du temps en tant qu’espèce, prolonger une durée de vie que nous amenuisons sans cesse.  Le rythme productif qui anime nos sociétés occidentales développées est-il tenable encore longtemps ? L’avenir nous le dira sans doute bientôt. 

   

P.M.

 

jeudi 18 mars 2021

Révolte

Bouillonnements intérieurs d'injustices qui nous brûlent

Et l'instinct nous révèle ce qui se dissimule

Le feu de la rage consume même les crédules

Feignant d'ignorer les arrogants funambules


La haine de ces satrapes qui se croient sans pareils

Se pensant les tenants d'un savoir divin

L'ignorance qui serait notre unique destin

Moqués, humiliés mais notre fierté veille


Que le calme se perde dans un accès de colère

Se répand alors le trouble comme unique repère

Désespoir qui nous mène à grands pas au cimetière

Toutes les vitres se brisent plus question de chimères


Les mères pour leurs enfants crieront à la violence

Qu'elle se déchaîne bon sang c'est le moins pour tant d'offenses

Incertain est le sort de ce vital effort

Plus besoin de leçon, c'est cela ou la mort


P.M.


lundi 25 janvier 2021

Discours officiel et propagande médiatique pendant la crise sanitaire.

Quand politiques, spécialistes et journalistes en vue fabriquent une réalité incontestable basée sur l’association de convictions, de croyances et d’incompétence.


    Au 21 janvier 2021 la France est sous le coup d’un couvre-feu à 18h, les théâtres, les salles de concert, les universités, les musées, les bars, les restaurants, les salles de sports… sont tous fermés et les pouvoirs publics viennent de voter la prolongation de l’Etat d’urgence jusqu’à juin 2021. La raison : le virus SARS-CoV-2 responsable de la COVID-19. Les facteurs qui sont toujours mis en avant par les médias et le gouvernement afin de justifier de telles mesures ainsi et le possible 3ème confinement: le nombre de patients contaminés relevés sur base des tests positifs, le nombres de lits de réanimation occupés, l’absence de traitement efficace reconnu officiellement et, enfin, le retard pris par la campagne de vaccination. Nous allons voir que sur tous ces points la transparence n’est jamais de mise quand il ne s’agit pas de dissimulation pure et simple.

 

Une pandémie chiffrée de manière plus qu’approximative.

 

    Tout d’abord, rappelons la difficulté à déterminer le nombre de cas positifs « réels ». Nombre d’articles explique ce phénomène. Dans son numéro du 23 décembre 2020, Le Canard Enchainé révélait, dans un article intitulé « Ces tests qui fabriquent de faux malades », que d’après une étude des laboratoires Biogroup, 63% des patients déclarés contaminés par les tests antigéniques s’avéraient en fait indemnes suite au test PCR de vérification. Et le plus étonnant, Santé publique France reconnaissait qu’un dépisté positif « à tort » reste comptabilisé comme cas Covid… En juin dernier le Parisien révélait aussi l’explosion du taux d’incidence Covid en Meurthe et Moselle à cause d’un produit réactif défectueux. Encore plus incroyable, le journal Ouest France[i] s’est intéressé à un article du New york times du 29 août 2020[ii] où était déclaré que le test PCR consistait à « amplifier la matière génétique du virus par cycle ; moins il faut de cycles, plus la quantité du virus ou charge virale, dans l’échantillon est élevée. Plus la charge virale est élevée, plus le patient est susceptible d’être contagieux» ; le Dr Mina rajoutant qu’il était nécessaire « d’ajuster le seuil de cycle utilisé maintenant pour décider qu’un patient est infecté. (…) Des tests avec de seuils si élevés peuvent détecter non seulement des virus vivants, mais aussi des fragments génétiques, des restes d’infection qui ne présentent pas de risque particulier – un peu comme trouver un cheveu dans une pièce longtemps après le départ d’une personne ». Ce qui permettait d’avancer le fait que « 90% des personnes testées positives ne portaient quasiment plus de virus ». Reprenant ces informations,  le journal Sud Ouest a tenu à faire quelques clarifications en présentant les explications du Médecin généralistes Yvan Le Flohic sur France Info[iii] : « A 33 ou 34 cycles d’amplification, on est encore contagieux. A 36 ou 37 cycles, on ne l’est plus car la présence du virus est trop faible ». Ici on ne peut donc pas parler de faux positifs mais de positifs non contagieux. Malgré ces informations disponibles, tous les médias se contentent d’annoncer quotidiennement le chiffre global du nombre de contaminés sans aucune précaution.            Ajoutons à cela les campagnes de dépistage massif qui semblent lancées en fonction de l’agenda politique ; comment condamner les citoyens qui pourraient y voir une manière de gonfler mécaniquement les chiffres pour justifier des mesures déjà arrêtées ? Dernier exemple en date : Olivier Véran qui annonce un dépistage massif dans les écoles au moment où la menace d’un troisième confinement est de plus en plus pressante. Alors qu’un consensus scientifique est établi sur le fait que les enfants développent des formes virales plus faibles et sont donc moins contagieux, quel intérêt d’aller dépister massivement dans les écoles lorsque l’on connait les écueils des tests PCR ?

  Et ce chiffrage devient encore plus contestable à la lecture d’un article de Nice Matin intitulé : « Pourquoi le nombre de malades entre les données de Santé Publique France et celles des hôpitaux est si différent. Notre décryptage. » [iv]. Rappelons qu’il s’agit de décrire la situation dans les hôpitaux des Alpes-Maritimes, ici pas de place à l’interprétation : « Nous avons constaté des différences majeures concernant les lits occupés mais aussi les courbes des hospitalisations pendant plusieurs semaine cruciales ». S’agissant des hospitalisations pour formes graves de Covid, le constat est encore plus frappant ; ils notent une différence majeure entre croissance constante décrite par Santé Publique France et les constats des acteurs de terrain notant une relative stabilité voire une décroissance. Mais cela ne s’arrête pas là, ils évoquent l’existence de patients en soins de suite qui continuent d’être comptabilisés après disparition des symptômes, ou encore des patients qui arrivent aux services d’urgence avec suspicion de COVID, diagnostic non confirmé et qui ne sont pourtant pas systématiquement sortis des bases. Le constat d’un des acteurs de terrain (de manière anonyme) est sans appel : « C’est un biais terrible, alors que toute la communication est en effet basée sur les chiffres de Santé Publique France. Et la problématique est certainement nationale ». Effectivement, lorsque l’on sait que toutes les décisions du gouvernement concernant les confinements, couvre-feu et autres fermetures de commerces reposent sur un traitement des données aussi peu sérieux, on ne peut qu’être totalement sidéré. Les conséquences sociales et économiques sont si dramatiques que de telles approximations ne peuvent être tolérées. 

    Dès lors comment expliquer la répétition des chiffres gouvernementaux par toutes les chaînes d’information en continue et autres médias dits « traditionnels ». Le travail des collègues est pourtant accessible, il est d’une importance capitale ; malgré tout, la majorité des journalistes ne questionne aucun des comptes rendus des membres de l’exécutif. Ils sont plus occupés à répéter des éléments de langage ou avancer des hypothèses reposant sur des données partiellement erronées. Je me permets donc à mon tour d’émettre quelques hypothèses : soit ils sont d’une incompétence crasse et discréditent totalement l’essence même du journalisme soit ils œuvrent, sans honte comme des organes de propagande de l’Etat en faisant mine de critiquer les mesures prises tout en validant lamentablement le travail de désinformation. Dans les deux cas il est impossible de les excuser. 

     

Des traitements potentiels mis de côté. 

 

Autre point d’une importance vitale, l’existence ou non de traitements efficaces que ce soit en prévention ou dans les stades précoces de la maladie pour éviter les complications graves.

Si l’on en croit le gouvernement, en cas de symptômes Covid, le seul traitement efficace avant d’atterrir aux urgences hospitalières est l’auto-isolement, le doliprane et l’attente. 

Débutons par la prévention, aucune recommandation du gouvernement alors que de nombreux médecins mettent en avant l’importance pour stimuler le système immunitaire des substances telles que la Vitamine D, la vitamine C et le Zinc. La deuxième partie du  documentaire « Mal traités »[v] disponible en ligne depuis décembre dernier met en scène un certains nombres de praticiens faisant part de leur incompréhension face au silence des pouvoirs publics concernant des mesures simples, sans danger, si la posologie conseillée par le médecin est bien suivie, et peu coûteuses. Plus récemment, comme le relate le journal Les Echos[vi],73 médecins spécialistes associés à plusieurs collectifs de médecins ont appelé à supplémenter l’ensemble de la population française en Vitamine D car « Un nombre croissant d'études scientifiques montrent que la supplémentation en vitamine D (sans remplacer la vaccination) pourrait contribuer à réduire l'infection par le Sars-CoV-2 ainsi que le risque de formes graves de Covid-19, de passages en réanimation et de décès ». Pourtant… silence de notre cher ministre de la santé pour l’instant.

    Pour les traitements après survenue des symptômes et en fonction de la gravité avant le stade de l’hospitalisation, si beaucoup de praticiens ont choisi d’observer les recommandations, d’autres sont sortis des sentiers battus. Je ne reviendrai pas ici sur le psychodrame de la chloroquine associée à l’azithromycine qui s’est tout de même soldé par l’interdiction d’un médicament par un ministre de la santé sur les bases d’une étude complètement « bidonnée » du journal Le Lancet. D’autres médicaments ont été largement passés sous silence : l’ivermectine et l’azithromycine (sans chloroquine). J’invite à écouter le témoignage du Docteur Gérard Maudrux sur France soir, ancien chirurgien en libéral et ancien président de caisse de retraites des médecins[vii]. Ils relatent l’expérience de confrère médecins traitants ayant administré ces traitements avec des résultats plus que probants et absence quasi-totale d’hospitalisations malgré des symptômes importants ; pourtant au moment de communiquer ces faits, ils se sont trouvés convoqués par l’ordre des médecins et ont fait face à l’opposition des autorités de santé avec recommandations officielles enjoignant à ne pas utiliser ces traitements. Autre témoignage indispensable, celui du Docteur Jean Jacques Erbstein, intervenant dans le documentaire évoqué plus haut qui a aussi écrit un ouvrage éclairant « Je ne pouvais pas les laisser mourir ! » paru aux éditions Uppercut. Il y relate son expérience personnelle et l’utilisation d’un protocole basé sur l’azithromycine, le zinc et un anticoagulant. Il évoque la récupération d’une de ses patientes de quarante ans remise, après avoir subi des symptômes respiratoires sévères en 48 heures après prise du traitement. Ce praticien est intervenu aussi sur Sud Radio pour revenir sur cet épisode[viii]. A noter qu’aucun de ces médecins ne parle de remède miracle, ils appellent juste à une prise en compte de ces molécules déjà connues comme complément à la stratégie thérapeutique globale. Ainsi l’explique Me Teissèdre avocat au barreau de Montpellier, toujours sur France Soir[ix], qui représente un autre collectif de 500 médecins ayant saisi le conseil constitutionnel pour que soit autorisée la prescription de  l’ivermectine.  Et pour ceux qui seraient tentés d’avancer que France Soir ou Sud Radio ne sont pas des médias « fiables » je leur poserais une seule question : Pourquoi ces médecins qui ne me semblent pas moins dignes de confiance que les autres n’ont pas été invités à intervenir sur les médias de grande écoute ?  Alors que, dans le même temps, nous pouvions voir régulièrement intervenir le professeur Karine Lacombe dans tous  les médias. Elle a tout de même fait, pendant un temps, la promotion du Remdesivir, un médicament reconnu plus tard comme inutile et même dangereux, et pourtant pas de mea culpa, des tribunes dans tous les journaux, des interventions sur tous les plateaux dits « fiables » et, pour couronner le tout la légion d’honneur le 1er janvier 2021… la même qui affirme maintenant sur BFMTV, chez Jean Jacques Bourdin le 20 janvier 2021[x] : «la vitamine D n’est pas un moyen efficace de prévention contre la Covid 19 ». 

   Pourtant, le 12 janvier 2021 avait eu lieu la conférence de presse des représentants de 30000 médecins répartis en plusieurs collectifs annonçant la création d’un comité scientifique indépendant afin de prôner une stratégie thérapeutique différente de celle du gouvernement[xi] et qui me semble bien plus raisonnable. J’aimerais beaucoup que quelqu’un puisse m’expliquer pourquoi je devrais faire moins confiance à ces praticiens sans conflit d’intérêt par rapport à tous ces médecins médiatiques qui se noient, pour leur part, dans des conflits d’intérêts rarement évoqués, ou encore par rapport à nos gouvernants qui ont multiplié les erreurs et les fiascos depuis le début de la pandémie (masques, tests, vaccins).  

 

Vaccin, beaucoup de questions et aucune réponse.

 

   Autre sujet sensible s’il en est : le vaccin. Pour tous les spécialistes intervenant dans les médias traditionnels, pas d’alternative : vaccin, vaccin, vaccin ! Celui qui questionne : un antivax ! Stratégie rhétorique simple, directe, efficace et surtout totalement idiote. 

    Nombre de scientifiques, chercheurs et médecins n’ont pas une idée aussi arrêtée sur la question. Les doutes sont présents et l’incertitude demeure quant aux effets à moyen et long terme. Mais il est vrai que les spécialistes qui doutent sont presque invisible comme s’ils évitaient les plateaux télé ou ils risqueraient leur carrière pour des idées trop décalés par rapport au discours officiel. Je ne me permettrai pas de m’avancer sur cette question très technique et hors de portée pour moi au niveau scientifique. Cependant j’ose cette simple considération : personne n’est capable de garantir quoique ce soit avec ce vaccin ; l’incertitude concernant des effets possibles est totale étant donné la nouveauté de la technique et pourtant beaucoup de ces spécialistes expliquent que la balance coût-bénéfice est clairement en faveur du vaccin. Je dois être trop idiot pour saisir les subtilités, mais, si nous sommes incapables de mesurer les coûts, comment est-il possible d’établir une telle balance ? Cela relève ici, en dernier ressort, de la conviction et même de la croyance.  

    Comme pour les autres questions, pour un profane comme moi, il s’agit donc d’accorder ma confiance ou non à la parole du gouvernant, du relai médiatique ou du spécialiste mis en avant. 

     Commençons par identifier les émetteurs principaux des messages : un gouvernement qui est en train de développer une gestion de crise que l’on peut apparenter à un scandale sanitaire qui s’étire sur plus d’un an depuis le départ surréaliste de la ministre de la santé en exercice Agnès Buzyn début 2020. Le cabinet de conseil Mac Kinsey qui a pour client ce même gouvernement français pour gérer la campagne vaccinale et qui est empêtré dans un scandale sanitaire aux Etats-Unis comme le révèle le site Capital[xii]. Il s’agit du scandale dit des opiacés qui aurait tué entre 300 000 et 500 000 personnes par overdose depuis le début des années 2000 ; l’un des laboratoires impliqués est Purdue Pharma ayant commercialisé l’Oxycontin, « décrit comme un « opiacé tueur » par la presse américaine ». Et bien ce laboratoire était l’un des gros clients du cabinet Mac Kinsey depuis 2008 et toujours selon Capital : « malgré les alertes sanitaires, les consultants du cabinet de conseil auraient aidé le labo à maximiser ses ventes d’opiacés, quitte à contourner les mesures de santé publique visant à en réduire la consommation ». Enfin le laboratoire Pfizer qui a quelques réalisations à son actif avec par exemple dans la fin des années 90 le test d’un antibiotique le Trovan sur 200 enfants au Nigéria. Onze enfants meurent dans la foulée et l’Etat attaque le laboratoire en justice avec un procès repoussé à 2007 comme le révèle jeune afrique[xiii]. Un article de RFI explique que les indemnisations ont débuté en 2011[xiv]. A noter aussi dans Challenges[xv] que Pfizer a dû retirer le Cytotec de la vente en mars 2018 ; il s’agissait d’un médicament antiulcéreux utilisé surtout  en gynécologie pour l’IVG et le déclenchement de l’accouchement à terme et dans ce cas il y avait risque de surdosage pouvant entrainer une déchirure de l’utérus avec possible mort de l’enfant et de la mère. Et que dire de la stratégie commerciale de ce laboratoire, rapportée par FranceTV info[xvi], qui décide de diminuer le nombre de flacons livrés car selon l’agence européenne du médicament il est possible de tirer 6 doses au lieu de 5 dans chaque contenant. Ou encore la menace de retard de livraison qui passe de  3-4 semaine à 1 semaine pour modifier la chaine de production afin de maximiser les capacités de production en Belgique comme le décrit LCI[xvii]. Et tout cela après qu’une attaque de cyberpirates contre l’Agence Européenne du Médicament (EMA), un article de Science et avenir décrit bien la situation[xviii] : quelques mails trafiqués par les « hackers » mais surtout des documents révélant que l’EMA avait noté une moindre qualité des doses commercialisées par rapport à celles utilisées pour les tests cliniques, entre 69 et 81% de concentration en ARN dans les fioles destinées aux essais contre 59% pour les fioles destinées au commerce ; cette même EMA qui semble avoir subi des pression de la part de la Commission Européenne pour autoriser au plus vite la mise sur le marché des vaccins… Mode de fonctionnement plus proche de l’organisation frauduleuse que de l’entreprise vertueuse. 

Et notre ministre de la santé qui nous vente ce vaccin comme la solution magique et qui explique pouvoir vacciner 70 millions de français d’ici aout prochain. Et nous devrions montrer une confiance aveugle alors que les pouvoirs publics sont bien incapables de déterminer une posologie claire déterminée non pas par l’efficacité supposée du médicament mais en fonction des retard logistique comme le révèle le Canard enchaîné du 20 janvier 2021 : Pfizer fixant le délai entre les deux injections garantissant l’efficacité à 3 semaines, l’Académie de médecine qui se prononce pour le respect scrupuleux de ces délais, le gouvernement qui choisit  4 semaines, l’Assistance publique de Paris optant pour les 6 semaines…

Fiasco et mensonges concernant les masques, fiasco et engagements non tenus à propos de la campagne de test, fiasco et « bricolages » concernant la campagne vaccinale cependant ayez confiance braves français ! 

 Je suis  d’ailleurs toujours surpris d’entendre sur les ondes ou à la télévision les politologues, sondeurs et autres sociologues expliquer que les français sont les rois de la défiance envers leur gouvernement par rapport à nos voisins européens comme si nous étions des citoyens irrationnels et indisciplinés ; et bien moi je m’étonne plutôt que certains montrent encore une once de confiance envers ces gouvernants irrationnels et désorganisés.

   Pour finir, la survenue de certains variants du virus pourrait changer la donne vaccinale, le vaccin Pfizer « serait » efficace contre la souche anglaise mais on ne sait pas avec « la sud-africaine »  et « la brésilienne ». Mais vaccinons-nous gaiement !

 

Des conséquences probables : deux mondes parallèles qui risquent de s’affronter. 

 

    Nous pouvons donc identifier deux visions totalement distinctes qui se font face sans que l’on puisse identifier clairement laquelle est la plus prégnante au sein de la société française. D’un côté le gouvernement qui opte pour les mesures restrictives strictes (confinements, couvre-feu, un traitement inexistant en dehors de l’hospitalisation (mis à part le doliprane) et le vaccin comme remède miracle, seul capable de nous ramener à « la vie normale ». De l’autre, la vision d’un certain nombre de soignants, politiques et citoyens qui eux souhaiteraient une diminution des mesures restrictives, l’établissement d’une  politique de prévention nationale, des recommandations de traitements en phase précoce (ou au moins l’autorisation données aux médecins de les choisir) et un simple droit au doute vis-à-vis du vaccin. Pas de condamnation systématique ni une acceptation servile, simplement l’exercice de la liberté de choix et de conscience pour un sujet de santé publique et personnelle aussi sérieux et incertain.  

    Malheureusement nos gouvernants sont pris dans une fuite en avant et semblent incapables de modifier leur approche. Sentences, matraquages de messages rassurants impossible à prouver, contradictions balayées en quelques petites phrases… comme si répéter 100 fois une idée improbable pouvait la rendre incontestable.

    Et entre l’opinion publique ballotée au gré des informations distillées en fonction d’intérêts difficilement identifiables et l’équipe restreinte de décideurs mettant la France au pas,  l’arbitre est tout trouvé : les médias. Les mêmes qui jouent un jeu trouble alors qu’ils se présentent comme les gardiens de la vérité et de la raison. Une information récente m’a semblé avoir trop peu de retentissement : comme relaté par RT France[xix], Le Monde a réalisé une enquête mettant à jour des pratiques plus qu’étonnantes : les rédacteurs en chef de France télévision seraient rémunérés en partie au rendement pour évoquer des sujets comme « la diversité », « l’Europe » ou encore « l’Outre-mer ». Des doutes sur l’indépendance des journalistes ? Et dire qu’il s’agit du service public obsédé par les contraintes budgétaires, imaginons ce que cela doit être au sein des rédactions dont les propriétaires sont des milliardaires… Petit écart de pensée tout de même pour louer le travail de ces quelques journalistes qui semblent conserver une certaine éthique, toujours en espérant que ce ne soit pas une espèce de professionnels en voie d’extinction.

   Tout cela contribue à mettre face à face deux conceptions pour l’instant divergentes mais qui tendent petit à petit à s’opposer totalement. Avec les faillites à venir, les professionnels déjà à bout de souffle, l’explosion des demandes dans les soupes populaires et organisations caritatives (Les Restos du cœur, Secours populaire, Secours Catholique…), la pauvreté et les suicides d’étudiants… l’opposition totale pourrait devenir brutale. 

 

P.M.

 

 

 

 

 



mercredi 30 décembre 2020

La perpétuelle oscillation entre radicalité émancipatrice et sectarisme contre-productif : un exemple de l’antiracisme en France.

  Tout d’abord intéressons-nous à la notion de « racisme ». La « race », dans l’espèce humaine, est définie, par le Petit Robert comme un « ensemble d’êtres humains qui ont en commun la couleur naturelle de leur peau ». Dans ce même dictionnaire, le « racisme » désigne à la fois une « idéologie postulant une hiérarchie des races » et un « ensemble de réactions qui, consciemment ou non, s’accordent avec cette idéologie ». Si l’on accepte ces deux définitions, le racisme est tout simplement une défaite de la pensée, une erreur de raisonnement flagrante, c’est confondre la partie et le tout et donc ériger l’injustice comme fondation de la réflexion. Manifester une hostilité irréfléchie envers un groupe de personnes le plus souvent inconnu est juste une preuve d’ignorance voire de bêtise pure, c’est se fixer sur un infime détail caractérisant ces personnes et ignorer tout le reste de leur être, c’est nier leur monde intérieur, les fondements de leur personnalité. C’est aussi faire preuve d’un égocentrisme aveuglant, d’une incapacité à estimer sa propre valeur en aucune manière supérieure à celle de n’importe quel autre individu dans l’absolu.   

En effet, il est tout simplement incompréhensible qu’au 21ème siècle, compte tenu de l’état des connaissances dans les domaines scientifique, historique, sociologique, géographique… on puisse affirmer logiquement l’infériorité d’une partie de l’humanité en se basant uniquement sur une caractéristique aussi peu signifiante que la couleur de peau. Quand bien même un individu pourrait apporter un semblant de preuve à ses théories fumeuses, c’est le plus souvent dans un contexte très particulier conforme à sa propre culture personnelle, et s’il existe un seul contre exemple, c’est la preuve formelle que cette théorie est totalement fausse au risque de se trouver face à une contradiction insupportable. Comme si un scientifique trouvait une manière simple de démonter un raisonnement mathématique semblant infaillible. Mais il est vrai qu’il n’y a rien de plus difficile que d’expliquer l’évidence qui par essence devrait surgir d’elle-même. C’est sans doute de cette difficulté que naissent toutes les incompréhensions et maladresses qui conduisent un mouvement dont le combat est légitime au départ à glisser vers une réduction simpliste de la focale à une question qui rate l’essence du combat réellement universel.

Je vais tenter de montrer, dans le développement, comment ce combat juste contre le racisme, dans sa déclinaison la plus médiatisée, met de côté la considération sociale plus générale et le contexte économique, facteurs pourtant primordiaux et même essentiels. L’exemple choisi ici est celui du combat de la population Noire suivant le slogan américain déjà apparu depuis plusieurs années « black lives matter » qui secoue maintenant tout le monde occidental depuis la mort atroce de George Floyd. Dans notre cas, il s’agira d’analyser la pertinence de l’émanation française de ce combat surtout mise en œuvre par le comité Justice pour Adama. 

 

Une comparaison discutable des faits, une urgence de l’actualité difficilement compatible avec la recherche de discernement.  

 

L’événement à l’origine des manifestations mondiales contre le racisme et les violences policières de juin 2020 est la mort de George Floyd aux Etats-Unis, étouffé par un policier devant plusieurs caméras. De cet épisode funeste est né le fameux genou à terre repris à l’international et particulièrement en France lors des manifestations pilotées par le Comité Justice pour Adama. Pourtant il semble difficile de rapprocher le mouvement  « Black lives matter » du combat d’Assa Traoré et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord à quel moment a-t-il été dit que le sort effroyable subit par Adama Traoré était conditionné par sa couleur de peau ? Contrairement à George Floyd qui subissait un contrôle de routine selon toute vraisemblance, pour le cas français, il s’agissait d’une affaire judiciaire concernant un jeune homme recherché initialement par les services de police. Bien sûr l’attitude des policiers ayant conduit au drame est intolérable et devrait être condamnée sans pour autant que la question du racisme ne soit mise forcément en avant ou présentée comme cause principale. Il serait plutôt logique dans ce cas de rapprocher les faits survenus aux EU du sort de Christophe Chouviat lui aussi décédé suite à un contrôle de routine dans des circonstances difficiles à entendre compte tenu des choses qui lui sont reprochées. Et là, il n’est pas question de couleur de peau, le problème central est bien l’action disproportionnée des forces de police qui ne devraient jamais conduire à la mort du suspect. Il aurait été plus logique, pour la France, que les proches et soutiens des deux victimes (Adama Traoré et Christophe Chouviat) se rapprochent dans un combat commun pour questionner la domination violente dite « légitime » d’un groupe d’individu sur un autre avec le problème central du rôle de la hiérarchie. Les erreurs de certains individus hors de contrôle sont-elles réellement prises en compte de manière impartiale par l’IGPN ? Les enquêtes sont-elles menées à terme avec minutie ? Pourquoi de nombreuses personnes pensent qu’il y a une forme d’impunité pour les forces de l’ordre, que la hiérarchie ne fait pas le nécessaire pour régler ces cas plus que problématiques ? Et comment interpréter les dires du premier flic de France, Gérald Darmanin qui « s’étouffe » en entendant « violence policière » ? Lui-même qui se contredit dans la même phrase en disant qu’il existe bien une « violence légitime » … la pauvreté intellectuelle de cet individu est-elle si prononcée qu’il pense que la « légitimité » accordée à cette violence par une institution et selon des critèresassez mal définis, lui fait perdre son caractère de « violence » ? 

Donc une « violence légitime », ou non, appliquée par la Police ne serait pas une « violence policière ». Il fallait au moins un niveau aussi élevé de réflexion  pour prendre la suite de Christophe Castaner. Pour insister sur l’expression « j’étouffe » détournée lamentablement et je l’espère inconsciemment par le nouveau Ministre de l’Intérieur, elle rapproche encore plus Christophe Chouviat, qui l’a répété 7 fois avant sa mort, de Eric Garner en 2014 ou George Floyd en 2020 qui ont eu ces derniers mots « I can’t breathe » (Je ne peux pas respirer). D’ailleurs,on peut retrouver un beau texte du réalisateur Raoul Peck dans l’hebdomadaire « Le un » du mercredi 17 juin 2020 (Etre noir en France) intitulé « J’étouffe ». On peut saluer les propos de l’auteur qui inscrit bien la question du racisme dans le mécanisme plus global de la domination et de la discrimination. 

Avec Christophe Chouviat on se rend bien compte qu’il n’est pas besoin d’être d’une couleur particulière pour « étouffer », il suffit de subir de plein fouet l’injustice d’un système qui permet, dans des circonstances particulières, à certains être humains d’en finir avec la vie d’autres pour une histoire de mots…

    De la même manière que le racisme me semble par essence une défaite de la pensée, condamner l’ensemble des forces de police pour les agissements de quelques-uns est un non sens. Exactement le même réflexe caricatural qui pousse à stigmatiser toute une communauté, qu’elle soit ethnique ou religieuse, lorsque quelques individus seraient coupables de forfaits condamnables. C’est simplement nier l’individualité de chacun et donc déresponsabiliser un individu de ses propres agissements et surtout, c’est faire preuve d’une totale injustice envers les autres membres du groupe, exempt de tout reproche. L’effet peut même être totalement délétère en poussant certains membres d’une majorité irréprochable au demeurant à excuser, voir défendre les agissements d’une minorité par réflexe irrationnel de préservation de groupe, c’est alors un engrenage qui s’enclenche, une escalade qui débute avec les émotions qui prennent le pas sur la raison.

 

Histoires et contextes particuliers pour relativiser une globalisation simpliste. 

 

     Aux Etats-Unis, tout d’abord on peut parler de racisme systémique, il s’agit bien d’un pays dont les fondations reposent d’une part sur l’éradication quasi totale des indiens d’Amérique et sur les bénéfices économiques tirés des plantations dont la pérennité économique s’appuyait sur l’esclavage des populations venues d’Afrique. Et ce n’est pas l’abolition de l’esclavage suite à la guerre de sécession qui changera foncièrement la situation, l’exploitation prend juste une autre forme en apparence moins violente et la privation des droits des Noirs aux EU a été la norme pendant des décennies. Là, nous pouvons parler de racisme systémique, institutionnel ; l’histoire en est témoin. Avec par exemple les lois Jim Crow qui permettent d’entraver l’application des droits constitutionnels des afro-américains à partir de 1877 dans plusieurs états surtout du sud. Et il s’agit seulement du versant légal… que dire des actions sanglantes du Ku Klux Klan qui a multiplié les lynchages au début du 20ème siècle souvent sous l’œil complaisant des autorités. Plus aucune limite aussi avec ce programme de stérilisation des populations noires mis en place en Caroline du Nord entre 1929 et 1974 comme le relate Le Point[1] : « Ce programme devait servir « l’intérêt public » en empêchant les personnes « faibles d’esprit » de se reproduire. » Le commentaire est ici inutile…  Il a fallu attendre le milieu de ce siècle et l’avènement du mouvement pour les droits civiques avec des figures telle que Rosa Parks, Malcolm X ou Martin Luther King pour que l’abolition de la ségrégation raciale soit déclarée effective. Mais ce ne sont pas ces combats éprouvants et ces droits arrachés au forceps qui peuvent faire disparaître les stigmates sociétaux d’une injustice que la plus haute institution du pays a non seulement permis mais aussi organisé. 

Et il suffit d’observer la multiplication, de nos jours, des violences policières que l’on peut même qualifier « d’exécutions policières » contre les membres de la population afro-américaine ainsi que la résurgence de mouvances suprémacistes  dans ce pays qui se veut un modèle de démocratie et un exemple de progressisme pour le reste du monde. Deux ouvrages puissants permettent de mesurer l’inertie de cette société américaine, le premier La prochaine fois, le feu écrit par James Baldwin et publié en 1962. Il retranscrit bien la pression sociale constante qui touche les Noirs venant des quartiers populaires, ce quotidien toujours menaçant, cette vive impression d’être toujours en sursis et dans l’attente d’un drame, comme si croiser un policier revenait à jouer à la roulette russe…Il montre bien aussi le caractère symbolique des mesures prises contre la ségrégation … Il pouvait paraître pessimiste à l’époque mais l‘avenir lui a donné raison. Et pour mesurer le chemin parcouru sur cette question ou plutôt pour constater le parcours jamais débuté, on peut lire Une colère noire de Ta-Nehisi Coates, une lettre à son fils qui entre en résonnance avec cette lettre écrite par James Baldwin à son neveu 55 ans plus tôt… 2015, l’année de publication de ce livre et pourtant, toujours les mêmes préoccupations, la même pression, les mêmes drames, et sans doute un désenchantement encore plus prononcé après la présidence d’un certain Barack Obama qui n’a rien changé à la donne. 

 

  Le cas de la France semble plus complexe. En effet on peut questionner l’idée d’unicité d’un peuple Noir. Le pays d’origine a beaucoup d’importance et vous serez toujours déconsidéré si vous avez le malheur de demander à quelqu’un originaire de Guadeloupe si sa famille ne vient pas d’Afrique. Alain Mabanckou dans sa préface au livre de Ta-Nehisi Coates fait cette remarque : « Le Noir américain et l’Africain étaient des étrangers l’un à l’autre, et peut-être le demeureront-ils éternellement ». Chez nous on pourrait dire que le Noir africain et le Noir Martiniquais ou Guadeloupéen sont des étrangers l’un à l’autre et peut-être le demeureront-ils éternellement quand bien même leur nationalité française les rapprocherait. Sans même parler des griefs nourris encore sur le territoire français, entre personnes issues d’ethnies différentes ou de pays d’Afrique différents. Pourtant la question est simplifiée pour l’aborder de manière plus globale sur une thématique de couleur seule. On voit bien là que les divisions sont mises de côté afin de concourir  à l’atteinte d’un objectif commun. A un autre niveau de lecture, de la même manière on peut faire un transfert et dire que la dichotomie « Blancs », « Noirs » semble bien inopérante, et apparaît plus comme un moyen de diviser des populations qui devraient plutôt se rapprocher pour défendre leur droit à une justice sociale et à la fin de la domination de supposées « élites ». Autre facteur qui rend obsolète cette distinction : le métissage. En effet les couples dit « mixtes » ne me semblent plus être critiqués et même questionnés de la même manière que dans les années 50 ; dès lors, les enfants de ces couples mixtes, comment peuvent-ils se situer par rapport à ces débats ? Sont-ils trop « noirs » pour ne pas adhérer aux combats de l’antiracisme ou justement pas assez pour y prendre part légitimement ? Peut-être trop « blancs » pour se permettre une seule critique ou pas assez pour s’insurger de certaines dérives injustes ? Ou alors, les individus d’une couleur trop « incertaine », seraient-ils condamnés à devoir se tenir à distance et surtout à se taire ?   Bien sûr la question de la couleur est d’une importance capitale mais l’analyse devrait permettre de prioriser un objectif commun permettant la protection des intérêts particuliers de toutes les minorités et ainsi permettre à tous les individus d’embrasser le combat global.  

     Revenons à la problématique des anciennes colonies qui est donc primordiale et conditionne la relation que va entretenir tout citoyen français avec son pays. Il y a une affaire toujours latente de distanciation avec le passé colonial en France ; comment espérer définir clairement les enjeux lorsque, institutionnellement, on navigue entre omission dans les programmes scolaires, repentance dans les discours politiques officiels et condescendance dans les interventions moins maîtrisées des « représentants » de la République française. Un flou largement entretenu qui permet à l’Etat français de désamorcer toutes les contestations en passant, au gré de la revendication du moment,  du rôle de sauveur  (nous allons vous apporter « le progrès » et nous ne sommes pas du tout intéressé) à celui de victime (nous ne sommes pas responsable des agissements de nos aïeuls, il faut passer à autre chose, nos relations sont totalement normalisées, vous nous critiquez injustement). L’exemple caricatural du manager impuissant à changer les choses qui dit à ses équipes au bord de l’épuisement : « Je vous entends » ; mais en fait sous-entends : « De toute façon on ne changera rien tant que cela tient en apparence ».

 

     Pour ce qui est de la France, pour tenter de mesurer l’évolution de notre société sur cette question on peut prendre pour référence un ouvrage de Frantz Fanon Peau Noire, masques blancs publié en 1952. L’auteur, en plus de son expérience en psychiatrie, s’appuyait sur son expérience personnelle, sur ses propres impressions et sur les témoignages nombreux qu’il avait pu recueillir dans son milieu professionnel mais aussi en dehors. C’est pourquoi, ayant grandi en périphérie de Paris je prendrai mon vécu dans les années 90-2000 (entre mes 7 et 17 ans) comme point de comparaison tout en gardant en mémoire le caractère limité de l’expérience. J’ai pu lire dans son ouvrage : « la France est un pays raciste, car le mythe du nègre-mauvais fait partie de l’inconscient de la collectivité ». Je ne pense pas que l’on puisse décréter cela de nos jours, en tout caspas dans les zones où le brassage culturel lié aux mouvements migratoires a permis de mettre en contact des personnes issues d’horizons divers et ce depuis leur plus jeune âge. Dans mon cas, dans l’école publique, les amitiés se nouaient très simplement entre individus français d’origines sénégalaise, malienne, congolaise, portugaise, espagnole, marocaine, algérienne, guadeloupéenne, martiniquaise… Je n’ai jamais entendu quiconque railler un camarade de classe en parlant « petit-nègre » comme le dénonçait Franz Fanon à son époque. Les remarques désobligeantes touchaient tout le monde sans distinction de couleur de peau et il n’était pas rare d’entendre des expressions telle que : « il faut se méfier des gaulois » ou « il y a du « gwer » aujourd’hui » ; le seul emploi du terme « négro » touchait les personnes de couleur noire s’invectivant à la manière des films américains tels « Boyz in the hoods » ou « Menace to society » et aucun Blanc ne se serait risqué à employer un tel vocabulaire. Bien sûr, cet exemple particulier ne peut avoir valeur de norme mais cela permet de nuancer tout de même l’idée d’une société raciste dans son ensemble à l’égard d’une seule minorité.    

Je reconnais tout de même  que la situation globale est loin d’être idyllique. Notre société n’est pas immunisée contre la bêtise et l’ignorance, d’ailleurs aucun individu ne l’est réellement, le tout est de savoir comment on prend conscience de ce mal, d’identifier son origine et de décider des modalités pour lutter contre. C’est d’ailleurs toute la question. On peut trouver de nombreux motifs de s’indigner en France, on peut être atterré par les témoignages de médecins noirs au micro de France Culture ayant subi de plein fouet les attaques méprisantes de certains patients[2], par l’alerte donnée par le défenseur des droits Jacques Toubon concernant les discriminations fondées sur l’origine que ce soit pour l’accès à l’emploi, au logement, à l’éducation, aux formations, aux loisirs… comme le rappelle Le Monde[3] ou encore par l’existence de groupes Facebook de membres de la Police où s’échangeaient des messages racistes[4]. Mais le summum en la matière a été atteint par un certain Nicolas Sarkozy qui nous a ramené, en une sortie médiatique, au siècle dernier ; dans l’émission Le Quotidien, il a tout de même osé l’association de « singes » et « nègres »[5] (du livre d’Agatha Christie Les dix petits nègres) : « Je ne sais plus… On a le droit de dire singe ? On a plus le droit de dire… On dit quoi ? Les dix petits soldats maintenant ? C’est ça ? » Surréaliste… mais finalement comment s’étonner de la part de celui qui s’est permis de dire dans une allocution à Dakar en 2007[6] : « Le drame de l’Afrique c’est que l’homme africain n’est pas assez rentré dans l’histoire. » Il existe bien des esprits rétrogrades encore plein des vestiges mentaux du colonialisme mais pour autant, en France, à ma connaissance, pas de policier tirant à vue ; on peut parler d’un racisme plus rampant, sournois qui va se terrer là où se révèlent les relations de pouvoir, la reconnaissance ou non d’un statut social. Donc oui, il y a du racisme en France et contrairement aux idées reçues ce n’est pas un phénomène qui touche principalement les classes populaires, au contraire, il semblerait que cela soit plutôt une constante dans les milieux où s’exercent certaines formes de pouvoir : certains DRH et chefs d’entreprise qui ont le pouvoir de faire accéder au marché du travail ; certains policiers qui ont le pouvoir de soumettre physiquement avec ce concept de « violence légitime » ou encore les décisionnaires politiques qui semblent presque nostalgiques du colonialisme ou des grandes heures de la « françafrique » et qui ont le pouvoir d’influencer directement nos conditions de vie. Je me risquerais même à avancer une hypothèse selon laquelle le racisme s’avère être un moyen d’éliminer symboliquement la concurrence, de réduire préventivement les chances de certains d’accéder à certains postes réservés.  

 

Le racisme : outil originel du système capitaliste pour mettre en œuvre l’exploitation humaine.

 

     Il semble nécessaire de revenir de nouveau en arrière pour s’intéresser à ce qui est à l’origine de l’opposition entre « Blancs » et « Noirs », opposition dont l’inanité me semble totale. Pour cela, un documentaire Arte réalisé par Fanny Glissant est particulièrement éclairant : Les routes de l’esclavage, qui se décline en 4 épisodes de 52 minutes chacun. Dans le 3ème épisode, 1620-1789 : Du sucre à la révolte, est avancée l’idée selon laquelle l’un des fondements de la prospérité occidentale est bien l’esclavage et c’est bien ce même esclavage qui serait à l’origine du concept de race, de distinction entre d’un côté les « Blancs » et de l’autre les « Noirs » ; concept suranné qui marque encore les mobilisations actuelles sans pour autant que l’on soit tenté de le remettre en cause. Comme si nous voulions nous enfermer dans un récit créé de toute pièce par les esclavagistes de l’époque, comme si nous ne voulions pas finalement traiter l’origine du mal, comme si nous continuions coûte que coûte à nous inscrire dans la droite ligne de la traite des africains et surtout de son traitement langagier. Ne pas reconnaître que ce concept est inopérant c’est ne pas vouloir avancer, c’est tourner le dos au réel problème de la domination de l’homme sur l’homme. Oui, dans nos sociétés développées les sévices physiques sont moins directs et spectaculaires, oui, les rapports de domination sont moins flagrants, mais doit-on choisir un moindre mal entre domination physique forcée et domination mentale consentie ? La servitude volontaire des masses actuelles est bien une servitude ; c’est cela qu’il ne faudrait pas accepter car ceux qui acceptent ces nouveaux rapports de domination s’appuyant sur des distinctions de parcours académiques, de statuts sociaux ou de poste en entreprise, à force de renoncement, passent du statut de victime au statut de complice. 

     Le racisme est bien une injustice mais la mère de toutes les injustices est la domination, et même la tentative de justification, quelle qu‘elle soit, de cette domination d’un groupe d’individus sur un autre. Peut-être suis-je daltonien, mais la domination je ne la vois pas d’une seule et unique couleur. Elle prend diverses formes au gré des circonstances et toujours dans le même but d’accumulation de richesses par quelques uns. 

     D’ailleurs, dans le 2ème épisode de cette série documentaire : 1375-1620 : Pour tout l’or du monde, on apprend vite qu’au 16ème siècle il y avait collusion entre élites blanches et élites noires avec mise en place d’un système élaboré de prédation qui faisait fi de la couleur de peau. On relate bien ici l’opportunisme d’une minorité de commerçants qui exportaient leurs modèles économiques basés sur l’esclavage par des stratagèmes élaborés à base d’occasions saisies sans scrupules, de récits inventés ; tout en craignant plus que tout, en combattant et dans certains cas en fuyant les insurrections armées violentes qui, elles seules, étaient capables de faire vaciller l’édifice.

    Enfin, dans  le dernier épisode, 1789-1888 : Les nouvelles frontières de l’esclavage, certains intervenants mettent en lumières des clés de compréhension indispensables. Ainsi Silvia Hunold Lara, une universitaire brésilienne expliquent : « l’esclavage n’a pas existé à cause du racisme, c’est l’histoire du racisme qui est lié à celui de l’esclavage, pas le contraire ». Vincent Brown de l’université de Harvard nous aide à tenter de reconstruire une pensée installée depuis trop longtemps : « l’histoire de l’esclavage n’est pas l’histoire des Noirs ni juste celle de la colonisation blanche. L’histoire de l’inégalité des hommes est notre héritage à tous, que nous devons tous combattre ».

 

     Il est pourtant très difficile de remettre en cause des discours encrés depuis des années même chez les spécialistes. J’en veux pour exemple les propos de la politologue Françoise Vergès sur France Culture le 16 juin 2020[7]. Parmi nombre de réflexions intéressantes, elle essaie de démontrer l’existence d’un racisme structurel et retombe dans le schéma de base. Elle explique : « Sur la question de ces racismes structurels, ça s’est vu avec la pandémie. Quel a été le département le plus touché en France ? Le 93. Qui ont été les personnes qui remplissaient ce qu’on a appelé les métiers essentiels : les éboueurs, les femmes de ménages, les personnes qui s’occupaient dans les hôpitaux ? Ce sont les personnes qu’on dit « racisées ». » (…) « C’est ce département qui a été le plus touché, le taux de mortalité le plus important était là. Pourquoi ? Est-ce que c’est parce que naturellement ces personnes, le virus va les choisir, ou c’est parce qu’effectivement des structures de santé déficientes, des raisons de se mal nourrir pour des raisons absolument économiques et sociales et rien à voir avec le fait de cela. C’est ça le racisme structurel. Le racisme structurel c’est la Martinique ou deux statues de Schoelcher sont déboulonnées, où vous avez un taux de mortalité infantile trois fois plus élevé qu’en France, trois fois plus élevé, or c’est un département français où devrait régner l’universalisme ». 

Première incompréhension de ma part : la question n’est donc pas que certaines personnes (quelle que soit la couleur de peau) vivent dans des quartiers délaissés par les pouvoirs publics, qu’il existe des métiers ayant montré une importance vitale pendant le confinement qui sont complètement déconsidérés, mais plutôt que ces quartiers sont occupés par des personnes « racisées », que ces métiers sont exercés par des personnes « racisées »… Elle passe donc totalement à côté de la question principale : la justice sociale…  Préfèrerait-elle que ces postes soient toujours déconsidérés mais occupés par plus de personnes blanches ? Que ces quartiers soient toujours délaissés mais habités par plus de personnes blanches ? 

A l’interrogation du journaliste concernant le risque d’essentialisation, de remplacement d’une question sociale par une question raciale elle répond : « La racialisation de la société croise la question sociale. Si le fait que les personnes « racisées » occupent toujours les emplois les moins qualifiés, les plus sous-payés par exemple les femmes de ménage dans les hôtels qui sont en grève de l’hôtel Ibis, en grève depuis juillet et qui sont complètement surexploitées c’est de ça que nous parlons, là, où la question sociale croise celle de la « racialisation ». » 

Je suis ici en total désaccord avec elle. A mon sens, réduire les inégalités sociales doit être le combat principal, c’est la seule manière d’attaquer le mal à la racine ; la fin des inégalités sociales reviendrait à annihiler les moyens de l’expression sociale du racisme. Il s’agit d’établir l’objectif le plus pertinent : je suis « racisé » et je subis des inégalités sociales, il ne sert à rien de lutter pour que d’autres subissent ces inégalités à ma place mais plutôt de faire disparaître ces inégalités pour que je ne les subisse plus et qu’elles ne puissent plus être le reflet d’un racisme quelconque. Le but n’est pas qu’il y ait autant de pauvres Blancs que de pauvres Noirs mais qu’il n’y ait plus de pauvres du tout.   

Plus tard elle reprend : « la question de la « racialisation » c’est aussi les blancs » (…) « en tant que personne blanche qu’est ce que je fais pour déconstruire une société qui me donne des privilèges qui n’ont rien à voir ni avec mes compétences ni avec mes talents mais la manière dont on me perçoit ? » 

Pas d’abolition des privilèges pour elle mais seulement la nécessité de faire en sorte que les personnes « racisés » accèdent aussi à ces privilèges… donc, forcément au détriment d’autres personnes. Il s’agit au final de revendiquer un droit à la domination, pas de mettre fin au principe même de domination.

On peut être aussi étonné de l’exemple pris à propos de manifestations aux EU lorsque des personnes blanches se mettaient entre la police et les manifestants noirs pour les protéger car ils risquaient moins d’être frappés. Est-il utile de rappeler qu’en France les manifestations antiracistes ont été plus que tolérées alors que les manifestations sociales des Gilets Jaunes ont été largement réprimées dans le sang ?

La question du capitalisme intervient en fin d’entrevue, Guillaume Erner et son invitée mettent le doigt sur le point qui me semble essentiel : celui du capitalisme néolibéral qui s’accommode facilement et récupère même la question raciale. C’est à ce moment que la contradiction dans le discours de Madame Vergès se fait jour et que toute la valeur de son propos s’effondre. Elle en convient : un jeune « racisé » s’épanouira mieux dans une société libérale de type anglo-saxon alors que celle-ci est la plus inégalitaire… donc, c’est bien la question des inégalités et de la justice sociale qui doit primer si l’on veut que personnes « racisées » et « non racisées » s’épanouissent de concert. L’enjeu est donc bien le combat contre le capitalisme néolibéral, le reste n’est que division des forces.

 

Oubli de l’essentiel, un mouvement qui pourrait tellement plus. 

 

     Mis à part ces écueils qui me semblent majeurs, reconnaissons tout de même la force d’un mouvement qui a su mobiliser un nombre considérable de personnes et à opérer à une sidération générale des décideurs politiques en place : « loi », « raison », « émotion » … les circuits neuronaux de nos gouvernants se sont bien déconnectés : intervention ? pas d’intervention ? interdiction mais pas de sanction ? Nous pouvons à peine envisager l’embarras de ce gouvernement s’il voyait les manifestants antiracistes se joindre aux revendications sociales en masse. Encore faudrait-il que ces militants antiracistes aient conscience qu’en faisant cela ils luttent bien pour leurs droits. Malheureusement cela ne semble pas en prendre le chemin lorsque l’on entend les propos d’Assa Traoré dans un discours improvisé parlant de « gilets jaunes fachos »[8]… Espérons qu’il s’agissait d’une maladresse car cela pourrait avoir des répercussions catastrophiques pour des tentatives de mobilisations communes. 

     Pourtant nous aurions pu penser que la prise de conscience aurait été plus rapide. Prenons l’exemple de Malcolm X Outre-Atlantique. Activiste virulent s’il en est, qui a largement appuyé sur cette opposition « Noirs »/« Blancs », ses discours ciblaient au départ la population « Noire » puis, suite à sa rupture avec Elyjah Mohamed, il semblait plus ouvert à la mobilisation de tous les « racisés » (« latinos » et « asiatiques ») et il y a fort à parier que l’étape d’après l’aurait mené à parler à tous les exploités. Intéressons-nous à son discours du 3 avril 1964, Le vote ou la révolte (The ballot or the bullet) traduit par Florence Guichon chez afromundi. Certains de ses mots, isolés dans une rhétorique anti-Blancs auraient dû avoir un impact plus marqué et appelaient clairement à une évolution théorique : « Aujourd’hui, en parlant en ces termes, il ne faut pas que vous croyiez que nous sommes contre les Blancs, mais que nous sommes contre l’exploitation, contre la dégradation, contre l’oppression ». Notre situation actuelle montre bien que, la question de la couleur dépassée, tout occidental peut être exploité, dégradé, opprimé. 

    Une évolution clairement bien identifiable chez Franz Fanon. Toujours dans Peau noire, masques blancs, il parlait en ces termes : « le problème noir ne se résout pas en celui des Noirs vivant parmi les Blancs, mais bien des Noirs exploités, esclavagisés, méprisés par une société capitaliste, colonialiste, accidentellement blanche. ».  Et dans la partie bien nommée En guise de conclusion, déjà se précisait une forme d’horizon de la lutte : « Je ne veux pas être victime de la ruse d’un monde noir. Ma vie ne doit pas être consacrée à faire le bilan des valeurs nègres. Il n’y a pas de monde blanc, il n’y a pas d ‘éthique blanche, pas davantage d’intelligence blanche. ». Et dans les dernières lignes : « Moi, l’homme de couleur, je ne veux qu’une chose : Que jamais l’instrument ne domine l’homme. Que cesse à jamais l’asservissement de l’homme par l’homme. C’est à dire de moi par un autre. Le nègre n’est pas. Pas plus que le Blanc.  Tous deux ont à s’écarter des voies inhumaines qui furent celles de leurs ancêtres respectifs afin que naisse une authentique communication ». Ces propos sont déjà éclairants mais nous pouvons relever l’expression de l’aboutissement de sa réflexion dans son dernier ouvrage, Les damnés de la terre, fruit d’une vie trop vite fauchée passée à s’indigner et à lutter contre l’injustice en général et contre l’une de ses expressions la plus aboutie, le colonialisme : « Le capitalisme dans sa période d’essor, voyait dans les colonies une source de matières premières qui, manufacturées, pouvaient être déversées sur le marché européen. Après une phase d’accumulation du capital, il en arrive aujourd’hui à modifier la conception de la rentabilité d’une affaire. Les colonies sont devenues un marché. La population coloniale est une clientèle qui achète». On peut reconnaître que le colonialisme est par essence raciste, il se justifie bien par cette fausse idée de la supériorité d’un peuple sur un autre.  Mais dans quel but ? Comme l’explique Franz Fanon, il est toujours question de mettre en place les rouages du système capitaliste, je considère même que le capitalisme s’est fondé sur le racisme, une sorte d’opportunisme malsain qui voulait qu’à l’époque, les élites occidentales se racontaient cette histoire afin de justifier l’écrasement de la concurrence des populations locales par le fer, et ce pour l’accaparement des ressources. Bien sûr les récits ont évolué avec le temps, les relents racistes sont condamnés au moins dans les mots mais se terrent toujours de manière plus ou moins subtile dans tous les secteurs essentiels de notre société qui mettent en jeu une forme d’exploitation ou d’exercice de pouvoir.

Le racisme tel que nous le connaissons aujourd’hui, qui tire son origine des premiers temps du capitalisme mondialisé, pourrait-il perdurer sans ce même capitalisme ? Racisme et capitalisme, ne sont-ils pas si intiment liés que l’un ne pourrait pas survivre sans l’autre ? Le racisme actuel n’est-il pas le symptôme persistant du mal originel qu’est le capitalisme ? Supériorité, exploitation, valeur, concurrence, hiérarchie, autant de concepts qui peuvent définir à la fois racisme et capitalisme. Ce dernier se réinvente constamment en fonction des circonstances pour se rendre acceptable suivant les caprices de la pensée dominante autoentretenue, cependant, il est bien la racine. Tout traitement efficace ne peut s’attacher seulement à faire disparaître le symptôme, c’est bien la racine qu’il convient d’atteindre. Pour ce faire, rien de mieux qu’un combat social global contre les injustices dans leur ensemble.  

 

     Bien sûr il est acceptable, légitime et même nécessaire de crier sa rage quand une injustice est subie, et on pardonnera quelques outrances incontrôlées ; cependant, une fois ce stade émotionnel passé, la réflexion doit se faire plus tranchante et permettre de trouver un point d’équilibre pour garder le combat du côté de la « saine radicalité », une fois de plus il est question de mesure et de discernement. Discernement dont fait bien preuve Raoul Peck, toujours dans son texte J’étouffe : « Alors qu’il faut juste faire l’effort de comprendre qu’on est arrivé à la fin d’un bien trop lourd héritage d’injustice, de déni et de profits, construits sur la misère des autres », ou plus loin : «Le racisme ? Juste une partie de la topographie. Car tout est connecté. La recherche de superprofits qui écrasent forcément un autre ailleurs, la destruction de la planète, l’exploitation des plus faibles, la haine de l’autre, la consommation à outrance, quel qu’en soit le prix (encore une fois payé par d’autres), tout cela, comme le miroir est brisé, rend négligent et indifférent ». Belle lucidité, voilà une pensée qui s’inscrit bien dans la continuité d’illustres prédécesseurs, le point de départ possible d’une mobilisation totale de tous les exploités. S’intéresser à la question raciale de manière exclusive revient tout simplement à laisser un autre facteur justifier la domination sociale, politique et économique. La domination de l’homme sur l’homme, c’est bien le seul terreau fertile du racisme : il faut bien trouver une raison pour dominer. Et si ce n’est plus la couleur de peau, ce sera autre chose : « niveau d’intelligence », parcours académique, religion… de tous temps le mécanisme a été le même et il ne tient qu’à nous de l’enrayer en dépassant des clivages qui n’ont pas lieu d’être. 

 

P.M.

 

 



Pourquoi je ne voterai pas à l’élection présidentielle de 2022

Dimanche 10 avril 2022 je ne serai pas en déplacement, j’aurai la capacité de me rendre au bureau de vote, je ne me désintéresse pas du tout...