lundi 6 juillet 2020

Quand le gouvernement continue d’organiser méthodiquement et insidieusement la faillite de l’Etat dans ses missions de service public.

     Ce processus de « mise en faillite » avec  ses possibles conséquences est déjà mis à jour pour la sécurité sociale et le système des retraites ; j’y ai déjà fait référence dans deux textes écrits précédemment[1]. Il semble pourtant nécessaire de développer un peu plus l’explication car le fait que cela s’étende à toute la sphère publique rend la chose encore plus alarmante, que ce soit dans l’Education (du niveau primaire au niveau universitaire), la Santé (de la sécurité sociale aux hôpitaux publics) ou la Sécurité (police et assurance chômage…). 
    On peut identifier 3 étapes récurrentes dans ce schéma de faillite généralisée.

Première étape : la « stratégie du pourrissement » ou comment faire sombrer un à un les services publics.

   Très simple à mettre en place, elle repose sur l’inaction ; comme d’habitude, le seul effort est rhétorique et consiste à « faire croire » en de réelles avancées par un art consommé de la manipulation d’informations. « Inaction » car il s’agit de ne faire aucune concession significative à un quelconque mouvement de contestation émanant d’un secteur ou l’autre du service public, tout en faisant mine d’accorder de grandes avancées. Plusieurs exemples peuvent être relevés : tout d’abord avec la police, lors de la gronde de 2018, en pleine période des Gilets Jaunes, le gouvernement ose parler de « mesure d’apaisement » avec le paiement des heures supplémentaires[2]… C’est comme répondre à une demande de moyens ou d’amélioration des conditions de travail en assurant qu’on va payer le salaire dû… Même procédé pour calmer la gronde des enseignants : Blanquer qui annonce une revalorisation des salaires des enseignants en aôut 2019 alors que la mesure était prévue lors du quinquennat précédent mais avait été gelée pour un an par le nouveau président[3]… en clair je vous gèle vos salaires de manière injuste mais maintenant je vous fais la grâce de revenir à une situation « normale » (même pas au niveau de l’inflation donc, qui se solde tout de même par une perte de pouvoir d’achat), il faut donc vous calmer et même dire merci ! Et que dire de l’annonce en grandes pompes du déblocage de 6 milliards pour tranquilliser les soignants en sortie de confinement alors qu’il s’agit de partager cette somme entre hôpitaux, EPHAD publics et, en partie, le secteur privé comme le rappelle le Parisien[4] alors que la Fédération hospitalière de France a estimé la demande à 5,5 milliards pour le seul secteur public[5]… donc je me moque de vous mais comme la somme dans l’absolu est importante il ne faudrait pas trop vous plaindre… Mépris, irrespect, insulte à l’intelligence des principaux intéressés, c’est tout cela à la fois mais peu importe la justice car la cible de ces mesures n’est pas la minorité revendicatrice mais la masse des observateurs constituant l’opinion publique. Masse des observateurs, pour le cas de l’hôpital public, qui s’est donné bonne conscience en applaudissant tous les soirs sans pour autant bouger un petit doigt au moment des manifestations post-confinements… C’est assez subtil dans la forme car avec des effets d’annonce savamment distillés, quelqu’un qui ne s’intéresse pas de près à la question peut avoir l’impression qu’un effort conséquent est fait alors que la racine du problème est le manque de moyens déjà criant, la fermeture de services, la détérioration des conditions de travail… Tout cela est bien mis sous le tapis et les décideurs laissent bien « pourrir » la situation. 
      Le facteur le plus important est bien le facteur temps. Il s’agit toujours de gagner ce temps précieux synonyme d’oubli, de lassitude, de négation du caractère urgent. Jusqu’ici tout va bien, si cela tient c’est qu’il n’y avait pas besoin de se presser sauf que le point de non retour est peut-être déjà atteint. On paiera les heures supplémentaires des policiers mais « selon un calendrier qu’il restera à définir », les enseignants sont toujours mécontents, Blanquer lance une « grande consultation »[6], les soignants ont dépassé le stade de la crise de nerfs, organisons un « Ségur de la santé » qui vire déjà à la farce gouvernementale[7]. La technique est éprouvée, le résultat toujours insignifiant mais… ça continue. 
    Plus directement, on a pu observer ces derniers temps, les efforts considérables déployés par notre gouvernement pour organiser le désengagement de l’Etat dans ces fonctions régaliennes. Vous pensiez que Castaner avait touché le fond ? Et bien il a trouvé une nouvelle trappe pour descendre encore. Après le fameux « soupçon avéré »[8], il invente en plein déconfinement, en totale contradiction avec les soi-disant objectifs de santé publique, les « manifestations interdites mais tolérées »[9]… Non, non ce n’est pas un numéro de clown du cirque Pinder, on parle bien du ministre de l’intérieur qui explique que « parfois l’émotion dépasse les règles juridiques »[10]. Bien sûr on peut et on doit toujours critiquer l’arbitraire de certaines décisions gouvernementales mais là on parle de simple cohérence, de clarté, de justice. Comment expliquer qu’on a accueilli les manifestations des Gilets Jaunes par des coups de LBD et des grenades de désencerclement ? Et suite à ces déclarations, comment prendre au sérieux l’interdiction de n’importe quelle autre manifestation ? 
Encore plus inquiétant, l’épisode surréaliste des règlements de comptes entre communauté tchétchène et communauté arabe à Dijon, on atteint des sommets. Trois jours de violence avant que les pouvoirs publics n’interviennent directement selon les riverains, et pourtant, Laurent Nuñez se défend de tout laxisme : "Les forces de l’ordre ont été présentes tout au long de cette séquence et elles vont le rester"[11] alors qu’un policier explique dans un témoignage anonyme : « on a fait ce qu’on a pu »[12]. Ou encore un autre témoignage de deux jeunes présentes au moment des faits qui ont demandé aux forces de l’ordre d’intervenir et ont reçu pour seule réponse : « Qu’est ce que vous voulez qu’on fasse, ils sont trop nombreux ! »[13]. Encore plus étonnant, des représentants de la communauté tchétchène qui expliquent qu’ils sont intervenus parce que la police n’a pas les moyens d’agir dans certains quartiers[14]… Et si on pouvait encore avoir un doute concernant la sécession de l’Etat français laïc, il suffit de voir comment s’est réglé le conflit dans … une mosquée[15]…
Les manifestations pour Adama Traoré ont été aussi riches en enseignements, surtout la sortie médiatique de Linda Kebbad, porte parole d’un des principaux syndicats de Police qui avance très sereinement à la télévision : « Dans l’absolu, face à 23 000 personnes, soyons honnêtes, qu’est-ce qu’on peut faire ? »[16]. Donc si je comprends bien, 23 000 personnes dans une manifestation sauvage dans les rues de Paris avec une minorité d’individus décidés à en découdre, l’Etat ne peut rien faire, c’est à dire que potentiellement, dans une telle situation,  il est totalement impuissant. Théorie intéressante pour des groupes qui voudraient trouver une manière efficace de se faire entendre par le gouvernement pour des considérations de justice sociale…
Enfin le ministre de l’éducation qui craint de se faire distancer par son éminent collègue dans la course au titre de ministre le plus niais de la cinquième république nous invente le concept de « l’école obligatoire sans sanction pour les parents qui ne remettent pas leurs enfants à l’école »[17]. Les mots ont pourtant un sens et nous avons là deux exemples de gouvernants qui organisent la faillite de l’Etat dans une de ses missions. Personnellement  C’est pour cela qu’il est parfaitement insupportable d’entendre ces individus indignes de leur fonction déclarer, dès qu’il y a des débordements lors des contestations qui visent directement ce gouvernement, que les manifestants attaquent l’Etat, attaquent notre République. Réveillez-vous ! Les manifestants s’en prennent à votre gouvernement pas aux fondements de l’Etat français ! Vous êtes les seuls responsables de la faillite de l’Etat. Nos gouvernants sont bien les meilleurs représentants de la caste des faux serviteurs de notre Etat qui mènent à bien ce travail de sape. Un terrassement lent, entamé il y a plusieurs décennies, à la manière des prisonniers creusant une galerie avec une cuillère à café pour ne pas alerter la surveillance du peuple. Pierre par pierre, ce sont les fondations du service public qui sont fragilisées. Actuellement le gouvernement est passé directement au marteau piqueur, pourtant, l’alerte ne semble pas retentir dans l’esprit de nos concitoyens… Pourquoi ?
          
Deuxième étape : un traitement de l’information biaisé ou comment les grands médias et « experts » orientent l’opinion publique en se faisant les relais du discours gouvernemental tout en cultivant l’art du détournement d’attention.

      Il s’agit tout d’abord de bien distinguer les deux tableaux sur lesquels joue le gouvernement. En premier celui de la passivité qui devient de plus en plus la règle, comme évoqué dans la partie précédente, dans la fonction de service public. En second celui de l’action incessante avec un Etat qui s’érige en catalyseur pour le domaine économique et financier. « L’argent magique » coule à flots mais le flux est surtout orienté vers les grands groupes qui n’ont aucun problème à engager pourtant des plans de licenciement massifs. Ce à quoi répondent le grand ministre de l’économie, la ministre du travail et leurs collaborateurs par des indignations de circonstance ;  et cela ne date pas d’hier : en 2018 Lemaire se disait « révolté, écoeuré » et parle de trahison du groupe Ford[18] ; et plus récemment le même Lemaire qui dénonce la stratégie du « chantage » du groupe Ryanair[19]. Rappelons toutefois que c’est bien ce même gouvernement qui a organisé l’impuissance de l’Etat à imposer de la retenue à ces entreprises en attaquant brutalement le code du travail dès 2017 pour soi-disant lutter contre le chômage… encore une belle réussite ! Et c’est toujours frappant de voir les propos inutiles de ces ministres relayés sans critique par les journalistes ; je n’ai pas le souvenir d’un seul professionnel des médias ayant rappelé cette contradiction majeure aux principaux intéressés. 
     C’est de cette distinction entre inaction de l’Etat dans le domaine public et action incessante en soutien au secteur privé  que nait toute l’ambiguïté du discours médiatique dominant, largement libéral, qui avance  que, contrairement à ce que disent  les esprits chagrins défenseurs de l’Etat providence, l’Etat est intervenu largement. En la matière, un exemple parmi d’autres, Eric Brunet et Laurent Neumann sur BFM TV font régulièrement de la « retape » pour le gouvernement et offrent une tribune de choix à Agnès Pannier-Runacher dans leurs émissions[20] ; ils semblent plus proches du rôle de porte-parole du gouvernement que de celui de journalistes indépendants… Evoquons aussi les griefs entretenus par nos grands chevaliers blancs de l’information contre les enseignants : Pascal Praud expliquant que « les profs ne vont pas aider Emmanuel Macron » ; « il y aura toujours une bonne raison de ne pas rentrer »[21] ; au moins lui ne cache pas de quel côté il penche… ou encore France inter et Guillaume Meurice qui relaie plein d’humour les propos d’un ministre : « si les salariés de la grande distribution avaient été aussi courageux que l’Education Nationale, les Français n’auraient rien eu à manger » et que dire du choix des intervenants dans cette chronique[22]… on finit par se demander s’il fait de l’ironie ou s’il ne partagerait pas une partie de cette vision des choses, en tout cas aucun doute sur le message reçu par les auditeurs… 
        « Les experts » ne sont pas non plus en reste. Je ne parviens pas à m’expliquer le nombre de politiques d’opposition, d’économistes, de syndicalistes, de responsables de la fonction publique, de philosophes, d’universitaires en tous genres qui se font « balader » depuis trois ans, qui sont capables de se nourrir seulement de mots… Tous ces intellectuels et parfois ces hommes et femmes de terrains qui ont moins de bons sens que le premier chien venu. Prenons l’exemple simple d’un canidé qui reçoit un coup de bâton ; après un tel épisode, il se méfie naturellement; la plupart du temps il ne s’approchera plus et deviendra craintif dès lors qu’il identifiera l’arme du crime entre les mains d’un potentiel agresseur ; il se préparera même à mordre au plus vite pour défendre son intégrité physique. A l’inverse, on ne compte plus le nombre de nos soit disant « guides de la bonne pensée » qui se prennent des bastonnades symboliques à coup de mesures gouvernementales injustes, de promesses non tenues, de délires rhétoriques insensés et qui, malgré tout, continuent à revenir la queue entre les jambes avec des formules sans cesse répétées : « il semblerait que cela aille dans le bon sens » ; « nous avons eu le sentiment d’être entendus » ou encore « nous espérons bien que les paroles seront concrétisées en actes », pas question de préserver son intégrité morale ici. Et cela dure depuis maintenant plus de trois ans… La dynamique expliquant cet éternel recommencement est un mystère pour moi… Peur de perdre du crédit auprès des dirigeants ? Crainte pour leur carrière ? Manque de courage ? Réelle crédulité ? Je suis bien incapable de trancher.
       Ajoutons à cela une mécanique informationnelle bien huilée qui rend impossibles de réels débats contradictoires. En effet, l’essence des chaînes d’information en continu, malgré tout très prisées d’une grande partie de la population, est l’enchaînement des sujets et la répétition des mêmes informations plusieurs fois par jour. Une sorte de kaléidoscope informationnel qui a pour conséquence une crise d’épilepsie intellectuelle généralisée. Bien sûr pendant ce matraquage continuel on glisse tout de même quelques voix dissonantes afin de se prémunir contre le procès en partialité ; mais rien de plus qu’un bégaiement de l’idéologie dominante dont l’impact est d’autant plus important que la fluidité de l’information orientée est retrouvée rapidement. En somme, à la notion de « vente de temps de cerveau humain disponible » chère à Patrick Le Lay s’ajoute de nos jours celle de « destruction de la disponibilité du cerveau humain à la critique » ; système de conditionnement des esprits redoutable qui permet de mener à son terme la logique gouvernementale.   

Troisième étape : une nouvelle déclinaison du « there is no alternative » (il n’y pas d’autre alternative) « thatchérien » ou comment la privatisation est présentée comme la seule solution viable à un problème qui n’aurait jamais dû se poser.

    Je rappellerai pour commencer ce que j’identifie comme les trois manières principales  de faire passer de nouvelles lois. 
    Premièrement l’imposer ; et c’est assez facile dans notre 5ème République associant pouvoir de l’exécutif (décrets et ordonnances présidentiels, 49 :3 du gouvernement) et majorité à l’assemblée ; assemblée qui ne joue d’ailleurs plus du tout son rôle de représentation de nos concitoyens. Cependant ce n’est pas l’option principalement choisie par le gouvernement Macron car potentiellement dangereux en terme de réaction populaire. On a bien noté les ordonnances de début de mandat pour faire passer la réforme du code du travail mais ensuite Philippe a attendu la réforme des retraites pour se risquer au 49 :3 juste avant le confinement…  
      Deuxièmement, demander l’avis directement à la population par l’intermédiaire d’un referendum ; référendum qu’il est très facile de contrecarrer pour un exécutif en mettant en place un quorum inatteignable et en réduisant  la portée des questions. Option encore plus vite écartée par le gouvernement en place si l’on se remémore la crispation occasionnée pour l’exécutif à l’évocation du RIC (Referendum d’Initiative Populaire) ou les critiques et le sabotage communicationnel gouvernemental du référendum sur ADP.   
     Troisièmement, en jouant sur le double langage, sur la propagande idéologique répandue sans critique réelle et sans aucun scrupule par les médias traditionnels pour fabriquer du consentement avec ce que l’on pourrait appeler une forme politique et sociale du « coup de pouce » de Richard Thaler (« nudge » en anglais). A mon sens c’est le choix plébiscité par toute l’équipe macronienne. Concept qui a largement dépassé le cadre de l’économie comportementale pour coloniser l’ensemble des politiques publiques des économies développées d’inspiration libérale. L’idée est de créer des incitations positives pour donner l’impression que la décision individuelle prise n’est pas contrainte. On se réfère ici à un certain nombre de biais cognitifs, des modes de décision qui, en dehors de toute analyse rationnelle, se base sur des réactions qui relèvent plus de l’émotion ou du raisonnement automatisé. Je prendrais ici l’exemple du biais de conformité qui pousse un individu à choisir une option qui sera peut être irrationnelle mais semblera la plus pertinente car reconnue comme la décision prise par la majorité des gens ; ce biais repose ainsi sur la peur de l’exclusion. L’exemple de l’application Stopcovid est particulièrement parlant pour illustrer « ce coup de pouce ». Tout repose ici sur le postulat qu’un citoyen ayant l’impression que cette application est plébiscitée par la majorité des français va plus volontiers la télécharger. Il s’agit de créer un effet d’entrainement même si on peut nourrir quelques doutes sur la pertinence des informations officielles. Le 3 juin  de nombreux journaux présentent Stopcovid de manière élogieuse : RTL : « Stopcovid est l’application la plus téléchargée en France sur Iphone et Androîde »[23] , même son de cloche sur BFMTV[24], Ouest France parle « d’application la plus téléchargée ce mercredi matin »[25], selon le Parisien : « L’application Stopcovid déjà téléchargée plus de 600 000 fois. ». La seule référence pour ces articles : les chiffres de Cédric O, secrétaire d’Etat au numérique… les journalistes devraient tout de même faire preuve de prudence en relayant des informations d’un des membres d’un gouvernement rompu aux mensonges et aux fausses informations dans tous les domaines. Reconnaissons un certain mérite au journal Le Parisien qui pose la question « Sera-t-elle vraiment utilisée ? ». Belle intuition car dès le 11 juin Europe 1 titrait : «StopCovid un « fiasco » prévisible »[26] et enfin  la nouvelle se répand à partir du 22 juin : « Un ratage spectaculaire »[27] selon La Tribune, « 14 notifications en 3 semaines, le fiasco de l’application StopCovid » selon La Dépêche ou encore plus simplement : « StopCovid : le fiasco de l’application » selon France TV info[28]. Et là étonnamment Cédric O ne se manifeste plus… une belle tentative infructueuse de « coup de pouce ». On avait d’ailleurs observé le même procédé lors de la restitution mensongère des chiffres du grand débat dans les grands médias. C’est cela qui est insupportable avec ce gouvernement, il confond incitation positive avec opération de communication mensongère. Et malheureusement c’est le cœur de toute leur action politique. 
   Celle-ci vise quasiment exclusivement à faire apparaître comme nécessaire voir indispensable la privatisation du secteur public. Je dirais qu’ils ont fait évoluer le concept du « coup de pouce » vers celui du « coup de pompe », remplaçant  « l’incitation positive » par une « incitation négative »,  mais toujours dans le même but : faire croire que le moins coûteux, le plus raisonnable serait de passer au privé. Il ne s’agit pas d’imposer de manière ferme et directe la privatisation comme l’aurait fait un Fillon mais de la rendre artificiellement  nécessaire par tous les moyens ; de faire en sorte que cela soit la seule alternative en espérant que les français soient trop aveuglés par leur situation personnelle et ne se rendent pas compte de la manœuvre. Autre superbe exemple de cette incitation : la fermeture de certains services d’urgence et la diminution de leurs moyens ; cela fait polémique depuis plusieurs années et on présente la situation comme un recours trop important à ces dispositifs publics, or, dans le 20h de TF1 du 15 juin 2019 on nous explique très directement que « Pour résoudre le problème de l'engorgement dans les hôpitaux publics, des solutions sont possibles. Parmi elles, on retrouve le fait d'inciter davantage les patients à se tourner vers le privé et les cliniques », difficile de faire plus clair. 
    Comment faire en sorte qu’un service public apparaisse comme couteux ? Rien de plus simple : augmentation des déficits par décision gouvernemental (baisse de la CSG par exemple), gel des moyens et fermetures de services qui à terme engendrent la détérioration du service dans son ensemble, mise en avant  avec la complicité de médias amis des fraudes en tout genre même si elles sont le fait uniquement d’une minorité (fraude à la sécurité sociale de la part des usagers, de la part des professionnels), matraquage sur l’idée de statut de privilégié qui coûte à la société, même à propos de professionnels qui sont parmi les moins bien rémunérés en Europe (enseignants par exemple), et le clou du spectacle après avoir poussé à bout les professionnels qui n’ont d’autre solution que de se mettre en grève ou manifester, en « remettre une couche » sur les embêtement occasionnés pour les honnêtes travailleurs qui eux ne rechignent pas à la tâche. A ce sujet j’ai encore en tête les propos intolérables d’Yves Calvi sur la 5 à propos du personnel hospitalier : « la pleurniche permanente hospitalière fait que l’on est en permanence au chevet de notre hôpital… »[29]. Cela se passe de commentaire et heureusement que plus personne n’oserait ce genre de propos depuis la crise Covid19…
     Une fois tous ces jalons posés, il suffit de laisser les partisans zélés de la privatisation faire leur travail d’endoctrinement sur les plateaux de télévision des BFMTV, Cnews, LCI, TF1, France 2… ou dans les journaux comme Le Point, le Figaro, Les Echos,, Challenges… Pas besoin de chercher beaucoup, depuis plusieurs années on vante par exemple le partenariat Public-Privé directement importé de Grande Bretagne. Des montages financiers risqués qui peuvent avoir des « conséquences désastreuses sur les finances publiques et sur le service public en lui-même » comme l’explique un article de l’Obs qui reprend l’exemple catastrophique de l’Hôpital d’Evry[30]. En effet c’est une ouverture majeure pour les grands groupes tels Vinci ou Bouygues pour phagocyter les marchés sous prétexte de réalisation de projet de grande envergure. Le désastre de la gestion des autoroutes est un autre bon exemple et peu importe si le Royaume-Uni constate lui-même l’ampleur de la catastrophe comme le rappelle Cécilia Gondard une employée d’Eurodad dans son blog[31]. J’invite d’ailleurs tout le monde à consulter un rapport d’Eurodad datant d’octobre 2018 au titre évocateur : «L’Histoire se réPPPète. Comment les partenariats public-privé échouent-ils. »[32] . Et même la Cour des comptes européenne en mars 2018 jugeait « inefficients et inefficaces » les PPP[33] avec mention spéciale pour la France en la matière…  Pourtant, peu de critiques en la matière dans « nos grands médias de référence nationaux » : dès 2017 France inter parlait de « Partenariats-Public privé : l’irrésistible inflation », sans un mots sur les effets pervers[34]. Le domaine de la sécurité et du maintien de l’ordre n’est pas en reste, ainsi, dans l’émission Soir Info de Thomas Hugues du 16/06/2020 (18min 42s)[35] , prenant le prétexte des règlements de comptes à Dijon, George Fenech déclare : « Il y a, il faut le dire tout le secteur privé de la sécurité qui monte en puissance » et qui parle de décharger la police nationale des transferts de détenus, de garde statiques de certains lieux… » Et Thomas Hugues de reprendre méprisant : « J’entends déjà les cris d’orfraie de ceux qui vont crier à la privatisation de notre sécurité, du domaine régalien » et tranquillement Fenech de reprendre : « Je vous assure c’est le sens de l’histoire… »  et il parle ensuite de la rédaction du livre blanc par le ministère de l’intérieur qui s’attelle à traiter cette question… Au moins on comprend mieux pourquoi le gouvernement laisse dépérir les services de Police pour ensuite proposer une solution clé en main avec les services de sécurité privés qui se préparent déjà à investir ce nouveau marché créé de toutes pièces. En somme, c’est le sens d’une histoire que certains écrivent seuls dans leur ministère. Et notre cher Blanquer qui annonce dans Challenges, pas longtemps après sa prise de fonction, qu’il compte d’inspirer directement du secteur privé[36], ensuite, et c’est là mon analyse personnelle, pas besoin de révolution des consciences, les esprits auront été bien conditionnés et il suffira d’ouvrir cet enseignement aux nouveaux acteurs privés… une digue est simplement en train d’être détruite à bas bruit.     
      Pour ceux qui douteraient encore de la pertinence de cette analyse, qui penseraient que les raisonnements énoncés ont autant de crédibilité que la moralité politique d’un François Bayrou, voilà quelques indices de l’accélération actuelle qui poussent à réfléchir.
      Dans le secteur de la Santé, nous sommes passés à deux doigts d’observer une « première » sous ce quinquennat : le passage au secteur privé d’un hôpital public (à Longué-Jumelles) comme l’annonçait le Monde en octobre 2019[37]. Heureusement le gouvernement n’a pas donné suite ; décision prise comme le rappelait Christian Gillet, Président LR du département lui très favorable, juste avant « une grande manifestation du personnel hospitalier le 14 novembre »[38]. La gronde a donc du bon et la vigilance populaire doit être soutenue contre toutes ces attaques en règles.
       Pour ce qui est du secteur de l’Education, non content de laisser se détériorer les conditions de travail des enseignants en réduisant au strict minimum les moyens, en généralisant l’emploi des contractuels, en attaquant les retraites… le gouvernement prend même la liberté de rediriger une partie des dotations publiques déjà rares vers le secteur privé. C’est le cas avec cette loi sur l’école obligatoire à 3 ans qui conditionne donc la participation nouvelle des communes aux frais de scolarité des écoles privées alors que 97,3% des enfants de plus de 3 ans allaient déjà à l’école maternelle. Libération parle très justement de « cadeau discret de Macron au privé »[39], tout est dit. Aussi au niveau de l’enseignement supérieur, il est intéressant de lire les déclarations de Martine Depas (conseillère en fusions et acquisitions dans le secteur de l’enseignement pour certains fonds d’investissement)  interrogée par Cécile Peltier en mars 2018 : « l’enseignement supérieur est un marché comme les autres », elle se félicite que l’enseignement supérieur privé représente 18% des étudiants contre 10% il y a une décennie, c’est un marché dynamique… »[40]. Bruno Magliulo explique très bien sur le site Educavox  « le « boom » du privé dans l’enseignement supérieur français »[41] et les mécanismes en jeu avec, cette réputation d’offrir une formation en phase avec les attentes des employeurs et cette forme de chantage à la précarité qui conduit les familles à mieux accepter de payer pour les études si celles-ci conditionnent plus facilement l’obtention d’un emploi. Je ne devrais pas m’étonner alors des partenariats noués par cette école « d’excellence française » qu’est Science Po avec un grand nombre d’entreprises. La liste est longue et belle  et consultable sur le site de l’école pour les dons de 2019[42], petit florilège non exhaustif  mais évocateur : d’abord pour les soutiens inférieurs à 50 000 euros, ACCENTUR, Bouygues Telecom, Coca Cola, Facebook, Havas, Kering, Lazard, Orange, Publicis, SANOFI, TF1… et pour ceux supérieurs à 100 000 euros : AXA, BNP paribas, Carrefour, Chanel, France Television Groupe, Hermès, HSBC, Rothschild and co, Société Générale et enfin Total… Que du beau monde ! Le plus pur exemple de mélange des genres entre public et privé. J’ai choisi cette école en particulier car elle a vu passer en ses rangs nombre de serviteurs de l’Etat donc assurément de grands défenseurs du service public… Le cas de Total est particulièrement intéressant, le partenariat est noué depuis 2011[43] et un collectif d’étudiants de l’école (Sciences Po Zéro Fossiles) a voulu qu’il soit remis en cause en 2018 et expliquait que « l’influence de la société pétrolière et gazière se manifeste dans le contenu des cours, le choix des intervenants et dans les offres de stage ou d’emploi »[44], étonnant ça !
    Enfin pour le secteur de la Sécurité, quel bonheur de savoir qu’un certain Alexandre Benalla est en train de remettre un pied en France grâce à ses réseaux politiques comme le révèle Mediapart[45]. Lui qui était en train de développer son entreprise de sécurité privée COMYA créée en 2018, ne se cantonnait qu’à l’étranger suite à la décision de la CFDP (Commission de Déontologie du Service Public) d’une interdiction d’entretenir toute relation professionnelle avec des services publics de sécurité français ou avec des autorités publiques étrangères. Et bien nous sommes heureux de savoir que cette interdiction sera levée le 1 août 2021. Je suis rassuré qu’un tel personnage puisse œuvrer dans le domaine de la reconnaissance faciale et des «villes intelligentes »,  la farce continue…

    Mais d’aucuns avanceront tout de même que ce transfert généralisé du public vers  le privé à la manière des économies anglo-saxonnes serait bénéfique. On pourrait avoir quelques doutes si l’expérience passée ne nous servait pas de leçon. Hausse de la précarité, explosion des inégalités, impossibilité de se soigner pour  les personnes n’ayant pas un revenu suffisant dans un contexte de crise économique grave, les EU qui font face à l’augmentation de la bulle de la dette des étudiants reconnue comme un risque économique important, l’Angleterre qui renationalise une partie de son réseau ferroviaire, fiasco sur le territoire français avec la gestion des autoroutes ou la privatisation de l’aéroport de Toulouse, totale ineptie de la privatisation d’aéroport de Paris… Encore des doutes ? Mais alors comment mettre un coup d’arrêt à cette aberration ?

Une réponse possible

   Tout d’abord elle passe par une compréhension claire des enjeux. Il semblerait que la « saturation informationnelle » empêche la plupart des citoyens de faire un travail de projection pourtant simple en imaginant leur situation individuelle et collective dans une société privée d’une sécurité sociale digne de ce nom. Malheureusement, il sera bientôt trop tard pour réagir… qu’attend la majorité des citoyens français ? Se trouver dans la situation où ils ne pourraient plus soigner leurs enfants faute de moyens ? Si les institutions privées gardent pour l’instant des tarifs proches du secteur public c’est juste le fait de l’existence justement de ce secteur public. Si le privé phagocyte le public, c’est le sens de l’économie de marché, les tarifs ne seront plus conditionnés que par la conjoncture économique et l’Etat n’aura plus son mot à dire ou justement si, il ne pourra que parler… comme pour les plans de licenciement !  C’est l’anesthésie de la conscience populaire qui menace la France. Ceux qui nous ont précédé se sont battus pour nos droits et comme ils ont rendu notre pays plus vivable qu’ailleurs nous ne mesurons même plus la valeur de ce que nous nous apprêtons à perdre, nous considérons toutes ces choses comme acquises.
       Ensuite il serait nécessaire pour tous les fonctionnaires de « se penser » comme un seul groupe et organiser des mouvements de population massifs dans les rues de Paris et de toutes les villes de France pour faire naître une réelle crainte chez nos gouvernants. Car il est vrai que les principaux complices de cette manœuvre gouvernementale sont les acteurs mêmes de ces corps de métier de l’ensemble de la fonction publique, ces professionnels qui ne se considèrent pas comme les membres d’une même entité qui pourtant les embrasse tous. Jamais n’est évoqué un mouvement général de défense du service public en mettant en avant ponctuellement un nouveau corps de métier à  chaque manifestation. Ils permettent, par leur division, largement entretenue par les médias, le démantèlement petit bout par petit bout de l’institution publique. Les soignants d’un côté, les policiers de l’autre, les enseignants un autre jour, surtout ne pas se mêler aux autres, et surtout pas aux Gilets Jaunes qui pourtant parlent du service public comme de l’une de leur principale préoccupation. Il faudrait bien une action commune qui envoie un message fort à l’exécutif, peu importe qui se trouve à la tête de l’Etat, que Macron se maintienne, qu’il démissionne, qu’il soit destitué, qu’il change le gouvernement… il faudrait tous les aider à comprendre qu’il n’y a pas de négociation possible, ils doivent arrêter de détruire le service public, fleuron de notre nation et ultime rempart protégeant tous les citoyens face à un système économique en roue libre.
      Le dernier recours malheureux, en admettant que les deux autres étapes n’aient pas porté leurs fruits, que la situation se soit détériorée toujours plus, cette possibilité que nous espérons tous éviter serait le stade de l’insurrection violente… Une masse d’individus poussés dans leurs derniers retranchements, qui n’auraient plus rien à perdre et qui se battraient simplement pour réclamer une forme de justice incontrôlée…  
   
P.M.


dimanche 14 juin 2020

Le chenapan et le monarque éclairant

Un galopin à l’œil vif  scrutait alentours, rien d’autre en tête que de jouer quelque tour.
Avec surprise il aperçut se désaltérant au ru, bien apprêté, un inconnu
Gardant ses distances il demanda : « Je ne vous connais pas, voulez-vous me dire qui va là ? »
L’homme alors se retourna, avec un grand sourire déclara : « Je suis seigneur d’Utopia !
- Je ne connais pas cette contrée là, êtes-vous perdu mon bon roi ?
- Peut-être pourrais-tu m’aider, pendant longtemps j’ai voyagé. 
Flairant le gain à peu de frais, la révérence fut du plus bel effet.
- Je vous emmène sans détour,  mon maître vit là-bas dans cette grande tour.
- Te rencontrer était heureux, tu me sembles bien généreux.
Pourtant peu d’illusions, pas de bagages donc maigre espoir de rétribution.
C’est autre chose qui l’intriguait ; lui d’habitude si prompt à rester en retrait.
Il fut pris de curiosité pour cet individu qui ne dégageait aucune animosité.
-Un seigneur sans accompagnateur, as-tu subi quelque malheur ?
-Au contraire un grand bonheur, apprendre de mes contemporains, quel douce labeur !
Un bien curieux personnage que cet humble roi sans aéropage.
-Tu te déplaces sans courtisans, qui gouverne ton pays en attendant ?
-Tout mon royaume se déplace avec moi, il s’agrandit à chacun de mes pas.
-Vraiment je ne comprends pas, tout seul , mais quelles conquêtes espères tu là ?
-Ce n’est pas ma résolution première, j’apprends  seulement de mes adversaires.
-Je suis vraiment perdu. Un monarque comme toi je n’en ai jamais vu ! 
Je ne voudrais pas te déplaire mais tu dois vivre un calvaire ?
 Tu dois bien menacer de mise aux fers pour que prospèrent tes affaires ?
-C’est contre ma nature que d’imposer, à un autre être doué de volonté. 
La discussion est primordiale, le consensus mon idéal.
-Es-tu bien sain d’esprit ? Ce n’est pas comme cela que les choses fonctionnent ici.
-Pourtant regarde autour de toi, la nature nous traite pareillement toi et moi.
Tu peux très bien suivre ta voie? Quel intérêt d’imposer ta seule loi ?
-Face à plus fort, plus grand ou plus puissant que moi, vraiment  je ne fais pas le poids.
-Un esprit avisé, des manœuvres bien menées, un royaume justement dirigé, il ne faut pas faire cas des chiens en train d’aboyer.
-C’est bien moi qui sera aux abois, cela ne fait pas beaucoup de choix…  
Comment t’en sortir préservé si une guerre t’est déclarée ?
-Quel intérêt d’attaquer mon royaume modéré qui en rien ne veut s’imposer ?
-N’importe quel souverain dont la volonté serait simplement de prouver toute sa supériorité !
-C’est insaisissable que tu dois devenir, comme l’eau que la poigne la plus forte ne peut retenir.
Il faut toujours te projeter, et cela sans coup férir, vers le plus lointain avenir.
-Tes mots sont beaux, tes idées hautes, mais le pire ; c’est qu’on ne se protège pas avec des dires.
-Bien sûr, tu feras face à quelque royaume belliqueux. Regarde-le toujours dans les yeux.
Un esprit diplomate pour apaiser au mieux. Au final vous vivez sous les mêmes cieux.
Si d’aventure la raison ne l’emporte pas, la justice de ton côté, ne recule jamais d’un pas.
Si tu as fait une erreur ne te méprends pas, reconnais le et efface toi.
Mais si ton honneur est bafoué, jusqu’à ton dernier souffle tu dois te déchaîner.
L’harmonie de la vie de ton côté, le sort saura pour sûr te gâter.
Et si sous les coups tu devais tomber, pas de regret, ton heure était arrivée.
-Tu me sembles bien haut perché, quelles possessions peux-tu me présenter ?
-Je ne fais pas de fabuleux festin, je ne veux pas plus que de besoin
Nulle volonté de grand destin, je possède mon esprit, mon cœur et mon instinct
-Mais en fait tu n’es pas un roi !
-Bien sûr que si tout autant que toi !
-Mais enfin comment ça ! Bon sang faux seigneur explique-toi !
-Mes désirs sont mes sujets, ma volonté mon seul laquais.
Mon corps ma faible forteresse, ma tête m’évite les détresses
Chaque individu est royaume comme toute espèce d’une même faune
Amis et ennemis se tolèrent pour un équilibre  précaire
Aucun ne doit prétendre tout régir sinon le monde entier se déchire
Ce n’est qu’une question d’échelles ;  chaque niveau de la dynamique universelle
Les ondes, ce rythme formant la vie, chaque pays en est le fruit
C’est bien le manque d’humilité qui nous met tous en grand danger. 
-Oh là mon idée mon réflexe, trouver cela bien trop complexe.
Mais pour te dire mes sentiments, l’intuition me fait croire en ces boniments…
Depuis toujours j’aime comprendre, je crois que nous allons nous entendre !
-Cette bonne nouvelle est appréciée, je te propose en toute amitié, une quête pour le moins indéterminée. »
Démarre alors à cet instant, dans la vérité du moment, la formation d’un chenapan par un monarque éclairant.

P.M.


dimanche 10 mai 2020

La catastrophe comme révélateur. Allons-nous finalement changer de paradigmes ?

     Ce drame sanitaire est un séisme mondial, les conséquences de la propagation de la COVID-19 sur la planète entière, ont ouvert des failles béantes à tous les niveaux de nos organisations humaines contemporaines surtout dans les secteurs où certains évoquaient déjà de simples de fractures. Nous n’avons plus le choix, il faut dépasser l’unique commentaire,  une relative indifférence ou au mieux une compréhension des enjeux jamais suivie de condamnation claire et surtout, il est nécessaire de mettre en oeuvre des actions concrètes. Cette crise démontre les insuffisances dans tous les domaines et devrait mener à une remise en cause profonde de notre mode de vie actuel. Cette catastrophe agit, au niveau de notre société, à la manière de la solution dans les bacs de révélateurs photographiques qui rendent l’image latente totalement visible. Il n’est plus possible d’ignorer.
     L’organisation des différentes parties du développement qui suit a pour unique but d’essayer de rendre le texte moins confus. Bien sûr tous les domaines évoqués sont plus ou moins interconnectés et s’inscrivent dans un contexte global; certaines répétitions sont donc inévitables.

Révélateur politique de l’incurie tragique d’un gouvernement d’amateurs.

     Nul besoin de revenir en détails sur toutes les preuves qui s’accumulent au plus haut sommet de l’Etat et prouvent que le procès en « amateurisme » est totalement justifié. Du fameux « qu’ils viennent me chercher » pendant la sombre affaire Benalla jusqu’au non moins fameux « soyez fiers d’être des amateurs » assénés par le Président lui-même après une performance de ses députés qui restera dans les annales des pires votes de parlementaires (vote, par la majorité LRM, contre l’augmentation des congés d’un salarié pour la perte d’un enfant). Et que dire des errements de plusieurs tenants des plus hautes responsabilités : un ministre de l’intérieur ivre en boite de nuit un jour de manifestation, le ministre de l’écologie qui profite de l’argent du contribuable à base de homards et grands crus tout en officiant dans un gouvernement défendant une grande austérité budgétaire, un secrétaire d’Etat qui montre un talent de vidéaste amateur hors du commun, une porte parole qui enchaîne bourdes et manipulations d’informations… Coluche ou Les Inconnus à leur meilleur niveau n’auraient pas osé de sketchs aussi surréalistes… Pourtant les signes étaient bien flagrants malgré la complaisance d’une majorité des médias traditionnels. Certains mensonges et dissimulations ont d’ailleurs eu un impact médiatique pour le moins modéré : la débâcle de la gestion de la catastrophe de Lubrizol, les dissimulations d’information quant à la pollution au plomb aux abords de Notre Dame suite à l’incendie révélées par Mediapart ou la vulgaire et flagrante manipulation des chiffres lors de la restitution du grand débat mise en avant seulement par des journalistes du Monde… Comment s’étonner alors de la démonstration d’incompétence de nos dirigeants lors d’une des crises les plus importantes de la 5ème République ? 
     Reprenons le fil avec quelques faits marquants : l’un des évènements déclencheurs semble être la sortie médiatique d’une certaine Agnès Buzyn qui explique qu’au moment où elle quittait son poste de ministre de la santé, le gouvernement savait[1]… il connaissait l’ampleur que prendrait cette épidémie et n’a pas agi en conséquence. Dès lors comment justifier de renvoyer chez eux en confinement les élèves français ayant fait un voyage en Italie et « en même temps » maintenir la venue de 4000 supporters italiens à Lyon pour un match de football ? Comment justifier de tenir le premier tour des élections municipales et « en même temps » annoncer un nécessaire confinement ? Comment justifier les discours expliquant l’inutilité des masques et « en même temps » faire des pieds et des mains pour s’en procurer ? Sur ce dernier point d’ailleurs, certains ont reconnu un mensonge « pour la bonne cause », pour ne pas faire paniquer les français[2]… Quelle grande marque de confiance ou plutôt…quelle infantilisation ! Comme si le citoyen français « décérébré » était incapable de comprendre une phrase simple comme : « Il y a une pénurie de masques et compte tenu de leur importance nous les réservons pour le personnel soignant ». A aucun moment l’idée ne les a effleuré que les informations circulaient au niveau international, que certains pays ayant déjà expérimenté notre situation comme la Chine et la Corée du Sud pouvaient tenir des discours opposés, à aucun moment ils n’ont pensé que ces discours contradictoires étaient à l’origine justement de la panique ? Tergiversations sur la question des masques parce qu’il y a pénurie, tergiversations sur la question des tests parce qu’il y a pénurie, tergiversations sur les traitements médicamenteux parce qu’il y a pénurie de cerveaux disponibles, manque d’appareils respiratoires, manque de gel hydro alcoolique, manque de vêtements de protection… Et avec tous ces éléments connus, le clou du spectacle : pas de confinement ultra strict à la manière de certains pays qui ont décidé uniquement le maintien des activités essentielles concernant surtout la santé, la sécurité et l’alimentation… C’est tout simplement criminel, il n’y a pas d’autres mots, un gouvernement qui sacrifie une partie de sa population par son incompétence et son incapacité à prendre une décision claire et nette. On peut toujours en appeler à l’unité nationale pour masquer ces fautes graves, on peut toujours espérer que le temps fera son office et que les mémoires seront courtes, que des opérations de communication et des beaux discours vont apaiser les esprits… Mais allez dire ça aux familles des Maires et assesseurs décédés après la tenue des élections municipales, allez dire ça aux familles des personnes âgées décédées isolées dans leur EHPAD, allez dire ça aux familles des soignants envoyés « au front » sans le minimum de matériel nécessaire. Comment croire une seule seconde que l’étalage de leur mauvaise foi la plus crasse ne va pas entrainer des réactions de rejet violentes ? 

    En terme d’idéologie, de philosophie politique le choc est aussi rude. Bien sûr il ne s’agit pas de défendre l’idée d’un régime autoritaire. D’ailleurs à ce sujet il faut reconnaître que le jeu des élections démocratiques, dans la cinquième République, conduit à une quasi monarchie parlementaire avec tout le pouvoir concentré entre les mains d’un seul homme : le Président, qui l’exerce avec la complicité de sa majorité. Il n’est donc pas question de « pouvoir politique » pour prendre les bonnes décisions mais clairement de « courage politique ». En parlant de monarchie, l’exemple du Maroc est assez extraordinaire : au moment où la France se demande encore comment récupérer des masques, eux en ont en vente libre dans les supermarchés … Manque de respirateurs chez nous, ils en construisent par centaines chez eux… Confinement étonnamment lâche chez nous selon plusieurs spécialistes comme Philippe Klein, eux ont mis en place un confinement strict avec couvre-feu à partir de 18h…  Macron a beau jeu de parler des « dictatures », de les dénoncer comme pour la Chine et la Russie au point que l’équipe gouvernementale continue à les attaquer « en même temps » qu’elle reçoit leur aide… dénoncer l’instrumentalisation faite par ces pays de l’aide qu’ils apportent aux autres[3] relève de la bêtise pure à un moment où notre propre pays se trouve dans une situation de manque digne d’un pays du tiers monde ! Le minimum de décence aurait été de s’abstenir de donner des leçons dans de telles circonstances. 
   Un pays exemplaire dans ces temps difficiles dont les efforts ne me semblent pas reconnus à leur juste valeur : Cuba. On a caricaturé à l’extrême, pendant des décennies un « régime castriste dictatorial ». La critique du pouvoir est toujours nécessaire mais l’idéologie ne devrait pas prendre le pas sur les faits et la raison. Il s’agit là d’un petit pays qui envoie des armées de personnels soignants dans le monde entier[4] et jusqu’en Europe[5] avec un écho médiatique très réduit. Des députés français ont même réclamés leur aide au Premier ministre[6] ; et pour ceux qui ne le sauraient pas, leurs médecins ont déjà été sollicités pour pallier aux manques en la matière en Guyane donc sur le territoire français[7]… Il ne faudrait pas que le dogme progressiste et moderniste nous fasse perdre toute lucidité. Je ne demande pas que l’on exporte un modèle clé en main chez nous. Cependant ne nous empêchons pas  de voir, et éventuellement d’intégrer, les points positifs qui ressortiraient de l’étude du fonctionnement de nations trop longtemps vouées aux gémonies. 
  
Révélateur économique des limites irréfutables du libéralisme, néolibéralisme, de l’économie de marché ou quelque autre nom que l’on veuille bien donner au système actuel. 

  Dans cette partie il n’est pas question d’évoquer les externalités négatives, les soi-disant dommages collatéraux que beaucoup considèrent comme nécessaires pour la survie d’un tel système ; nous y reviendrons plus tard en traitant des conséquences écologiques. 
   Rappelons tout de même qu’au nom du pragmatisme économique (de la loi de l’offre et de la demande), un certains nombre de pratiques sont largement acceptées depuis longtemps. Un exemple simple : la vente  d’armes de guerre à certains pays qui mènent des conflits pour le moins contestables avec pour conséquences la mort de milliers de civils. Cependant il ne semblerait pas que cette question indigne l’ensemble de la population française… Et c’est pour cette raison que la crise qui nous touche actuellement oblige à une prise de conscience violente ; elle touche tous les français directement, dans leur chair. Il n’y a plus cet effet de distanciation, plus de possibilité de mettre de côté le sentiment d’empathie pour ces populations éloignées qui devrait être naturel. Mais l’empathie ne rapporte pas d’argent me direz-vous et il ne faudrait pas être trop « fleur bleue ». Pourtant, à mon sens, il ne s’agit pas d’une question émotionnelle, mais plutôt d’une question de principes, de valeurs défendues dont le manque revient toujours au visage dans les circonstances les plus graves… Le meilleur exemple actuellement est la surenchère pour l’obtention des masques et du matériel élémentaire de sécurité « à tout prix » ; quel qu’en soit « le coût », même moral. Que dire de cette bataille de « chiffonniers » livrée sur le tarmac des aéroports avec les conséquences que l’on sait : les Etats Unis qui raflent la cargaison destinée à la France[8]. La loi du marché serait-elle bien la loi du plus fort financièrement finalement ? L’économie de marché c’est aussi la loi du moindre coût et « parfois » de la moindre qualité, comme en témoignent ces infirmières de la Timone à Marseille à propos de surblouses importées de Chine qui se déchirent à peine l’emballage ouvert[9], ici l’obsolescence programmée devient mortelle… Mais ce système n’en est pas à une contradiction près ; intéressons- nous à cet exemple magistral du libéralisme économique, du progressisme total que sont les Etats-Unis ; la crise là-bas est encore plus brutale : des millions de gens qui n’ont tout simplement pas les moyens de se soigner et sont laissés sans ressources[10], une aide qui vient de pays sous embargo économique comme la Russie[11], les même mesures d’embargo maintenue contre Cuba qui montre une attitude exemplaire dans l’aide humanitaire aux pays développés[12] ; la boussole est cassée, les « pays du Nord » sont perdus. 
   L’exemple de l’Italie, pays européen le plus durement touché a alimenté cette réflexion critique. On trouve par exemple Politis qui parle du « mutisme des néolibéraux et austéritaires en Italie »[13] ou le média Le Vent se Lève qui pose la question : « Le néolibéralisme, maladie incurable de l’Italie ? »[14]. Analyse très intéressante que l’on peine à retrouver dans le travail des éditorialistes français hors des médias habitués à cette forme de critique. En effet, ce discours rencontre moins d’écho chez nous dans les espaces d’actualités « grand public » ; sorte de mécanisme de transposition intellectuelle qui permet de pointer chez le voisin ce que l’on ne veut pas identifier chez nous. Dès lors, il semble nécessaire de s’intéresser aux exposés de portée mondiale : ici la sociologue Eva Illouz évoquant « L’insoutenable légèreté du capitalisme »[15], ou là le chercheur Demba Moussa Dembélé, parlant du Sénégal, qui décrète : « les recettes néolibérales ont mené le monde à la catastrophe : trop c’est trop ! »[16].
   Insistons tout de même sur l’univers mental de notre président hors sol qui s’évanouit. Un gouvernement qui ne jurait que par la privatisation et qui maintenant vante la nationalisation par temps de crise[17]. Un président qui doit se rendre à l’évidence : l’ouverture des marchés a malheureusement conduit à des délocalisations industrielles massives pour un pays comme la France qui n’a plus aucune autonomie dans certains domaines indispensables[18]… Ou encore, et c’est le plus grave, la reconnaissance bien trop tardive de l’importance vitale d’un service public bien équipé, à qui l’on donne tout simplement les moyens de sa mission sans considérations d’objectifs financiers[19] (un système médical solide et ouvert à tous ne doit pas être vu comme un coût pour notre société mais comme un investissement dont les bénéfices seront énormes même s’ils ne sont pas chiffrables). Des moyens sollicités à cor et à cris par le personnel soignant depuis le début du quinquennat : mouvements contre les fermetures de services, grèves de la faim, manifestations en tout genre, grèves administratives de directeurs… et jamais de réponse. On trouve même le député européen LREM-Renaissance Bernard Guetta qui intitule un article : «Le coronavirus signe la deuxième mort de Margaret Thatcher »[20], c’est dire…

Révélateur écologique de l’incompatibilité, qui n’est plus simplement théorique, entre activité économique tournée vers la croissance et sauvegarde de notre planète.

     Le débat n’est toujours pas tranché ; pourtant depuis des années, il est clair que le paradigme de la croissance comme seul horizon semblait avoir atteint ses limites, mais la fuite en avant était telle qu’aucun gouvernement ne voulait prendre la responsabilité de sortir du modèle de peur de se trouver économiquement à la traîne. D’où ces appels incessants au pragmatisme et la relégation constante au second plan, malgré tous les discours, de la question écologique. Les appels au changement radical étaient pourtant nombreux : les « décroissants » toujours stigmatisés par les médias traditionnels, les A-croissants, les post-croissants, les adeptes du minimalisme, de la simplicité volontaire ou de la « sobriété heureuse »… Des divergences idéologiques existent bien sûr mais l’idée générale est bien un abandon du mode vie consumériste actuel dans nos sociétés dites « développées ». Personne ne voulait prendre la responsabilité d’une baisse de la production mondiale de masse et des échanges internationaux irrationnels et anti écologiques ? Et bien le virus s’est chargé de nous forcer la main, mais quel malheur d’avoir dû en arriver là… d’attendre une catastrophe pour démontrer une évidence. L’activité humaine sans mesure est bien la principale responsable de la majeure partie des fléaux écologiques : la disparition des écosystèmes, l’augmentation de la pollution de l’air et de l’eau, l’empoisonnement généralisé et même l’augmentation de l’activité sismique[21]. Mais avec la période de crise actuelle nous sortons du cadre purement théorique dans lequel il n’y a aucune possibilité de comparaison objective et réelle entre ces deux états : croissance mondiale toujours exponentielle et pause généralisée de la production. Le cadre empirique à grande échelle s’est posé lui-même et les résultats ne se sont pas faits attendre.

   Avec l’activité humaine en pause forcée, notre planète, à la manière d’un organisme qui récupère de l’attaque d’un parasite agressif, se régénère. La grande question qui est donc posée : cette phase de convalescence pourra-t-elle se poursuivre jusqu’à la guérison ? Métaphore excessive pour certains mais qui repose sur plusieurs constats assez convaincants. Une consommation énergétique dédiée à l’objectif de croissance qui diminue : une demande de pétrole en baisse[22], une consommation d’électricité qui suit le même chemin[23], une moindre nécessité en matières premières pour toutes les industries du monde et donc, par extension, une préservation des ressources naturelles mondiales. Amorçage « d’une décrue historique de la libération de C02 » selon Christian de Perthuis[24], ce qui aide à dénoncer la fraude intellectuelle du « développement durable », de « l’économie verte »  qui apparaît bien comme du « greenwashing ». Tous les indicateurs de pollution passent bien du rouge au vert… qualité de l’air qui s’améliore[25], l’eau qui reprend ses couleurs[26], des paysages qui redeviennent visibles[27]… Par conséquent les différents écosystèmes semblent retrouver de l’air[28] : un loup aperçu en Seine-Maritime[29], un requin proche des côtes[30], des poissons de retour dans les canaux de Venise[31], des dauphins dans le port de Cagliari[32], les abeilles qui n’ont jamais autant produit alors que l’année dernière nous semblions plus proches de l’extinction[33]… Même l’activité sismique se trouve diminuée[34] ; symboliquement, dame nature arrête de gronder et retrouve un peu de calme.  Mais pour combien de temps ? L’inquiétude est bien sûr de mise avec un certain nombre de nos acteurs nationaux qui appellent à agir après cette crise plus vite et plus fort : Jean Baptiste Djebarri comme soutien indéfectible des compagnies aériennes[35], Bruno Lemaire qui souhaite que l’économie redémarre « le plus fort possible, le plus vite possible »[36], le président du Medef qui demande un moratoire sur les mesures environnementales[37], Xavier Darcos qui voudrait que l’Etat soutiennent les français pour relancer l’achat de nouvelles voitures dès le 11 mai… n’en jetez plus !  Pourtant peu de débats télévisés semblent s’intéresser à cette vision des choses, quelques articles ça et là, des titres de presse ou autre sites spécialisés qui restent confidentiels… la convention citoyenne pour le climat disparue des radars, pas de grand format sur BFM TV, pas de soirée thématique sur France 2, pas de reportage sur C News… surtout ne demandons pas à Pascal Praud de parler de climat, ce n’est pas son sujet de prédilection et il est trop occupé à charger les enseignants. Cependant il n’est plus possible de se leurrer : croissance ininterrompue, échanges internationaux, débauche d’énergie… tout cela est incompatible avec la préservation de notre habitat. Nous sommes bien à l’heure des choix. 
       
Révélateur de la désuétude  de certains mythes pourtant incontestables jusque là.  

« L’Europe solidaire ».

    Non l’Europe  n’est pas un simple marché économique totalement anti démocratique ! Non le pouvoir n’est pas concentré entre les mains d’une bande de technocrates qui manœuvrent sans prendre en compte la volonté des populations européennes ? Bien sûr que le parlement européen sert à quelque chose et n’est pas une simple chambre d’enregistrement ! Il serait totalement faux de dire que ceux qui ont le plus de pouvoir sont les lobbyistes financiers qui arrosent nombre de députés peu scrupuleux ! Bien sûr que la souveraineté de chaque nation européenne est préservée ! L’Europe a pour but principal la solidarité entre les peuples ! Faisons confiance à notre grand Macron car penser Europe c’est « penser printemps » ! Et là, une crise inédite majeure survient… et nous nous rendons compte que tout ceci ne relève que de l’incantation magique. N’en déplaise aux Cohn-Bendit, Ferry et autre Baverez, ces considérations revêtent autant de certitudes que toutes les spéculations les plus folles sur la création du monde. 
     La situation devient difficile et même dramatique pour l’Italie et chaque pays reste dans son couloir, intrigue de la manière la plus vile afin de préserver ses propres intérêts au détriment des peuples soi-disant « amis ». Si l’on évoque de nouveau l’épisode des « batailles sur le tarmac », dans un contexte purement européen, la France n’est pas en reste, comme le prouvent des masques cette-fois ci saisis par notre belle patrie des Droits de l’Homme à d’autre pays comme l’Espagne ou l’Italie[38]. Ce qui a même été à l’origine d’un début d’incident diplomatique avec la Suède[39]. Et cette même Italie contrainte de réclamer de l’aide à la Chine, de Cuba et du Vénézuela[40]… la politique européenne serait-elle tout simplement inopérante ou totalement inutile en cas de crise ? Et l’Allemagne qui multiplie les signes de mauvaise volonté en mettant son veto,  fin mars, sur les mesures financières qui pourraient soulager l’Italie en refusant la mutualisation des dettes avec des « coronabonds »[41] ; dans une telle situation cela devient criminel. Et après nombre d’atermoiements, Merkel qui consent, mi-avril, à faire un geste en annonçant « une contribution beaucoup plus importante » au budget européen[42]… et il faudrait alors les applaudir et les canoniser, tous les européistes peuvent sabrer le champagne et chanter l’unité… avant que la justice allemande ne tente de remettre en question l’aide financière de la BCE quelques jours plus tard[43]… Solidarité à géométrie variable, qui dépend de l’heure ou de la saison ?   Et que dire du dirigeant du Conseil Médical Européen Mauro Ferrari qui a tout simplement « jeté l’éponge » en dénonçant des obstacles au sein même du CER et déclare : « (…) j’ai perdu foi dans le système lui-même »[44].
    L’idée de solidarité entre les nations est morte avec la crise et le risque de désunion européenne est grand. Il s’agirait donc de reprendre à zéro justement en fixant les priorités : parle-t-on d’une coopération entre nations ou du simple établissement d’un marché commun ? Va-t-on changer totalement d’orientation ? Si nos dirigeants actuels restent à la manœuvre cela semble compromis ; quelques indices : en pleine pandémie, faire appel à « Black Rock »comme conseiller climat, il faut oser[45]… et mettre en place un nouvel accord de libre échange avec le Mexique… on atteint des sommets[46] ! Tout cela semble irrécupérable.

« La mondialisation heureuse » 

    Au carrefour des considérations idéologiques, politiques, économiques et écologiques on trouve cette belle idée de « la mondialisation heureuse ». De ces fabuleux échanges internationaux qui sont à l’origine de l’amélioration des conditions de vie dans tous les pays du monde. La promesse pour un Mark Zuckerberg ou un Bill Gates d’apporter les plus grandes innovations dans les coins les plus reculés de la planète… Mais à quel prix ? Veulent-ils seulement réellement aider ces pays de manière désintéressée ou simplement en faire un nouveau terrain de jeu, un marché lucratif à exploiter par tous les moyens ? Malgré toutes les belles déclarations le doute est permis. D’ailleurs, comme nous l’avons vu dans la première partie, la logique qui prévaut en général a été largement mise à mal avec la gestion sanitaire et les pays du « nord » ne semblent plus si « développés » que cela. Quelles leçons vont bien pouvoir donner ces pays après avoir démontré une incompétence criminelle ?

    Oui, la concurrence, les échanges internationaux, le partage des connaissances ont permis un certain nombre d’avancées. Le domaine médical ou la réduction de la faim dans le monde sont les arguments les plus utilisés par les thuriféraires de cette mondialisation libérale heureuse. Cependant, il s’agirait d’évaluer si certains ne bénéficient pas plus que les autres de tous ces progrès. Existe-il un seul modèle viable ? Compte tenu des différences culturelles, des caractéristiques spécifiques des environnements sur le globe, est-il sain de fixer un seul horizon qui rende impossible l’adaptation à certaines particularités ? Notre bien-aimé directeur du MEDEF qui demande un moratoire sur les mesures environnementales ; je serais plus tenté par un moratoire sur la mondialisation… Je considère que nous avons atteint un pic, dès lors s’acharner sur cette voie de la globalisation irréfléchie permet bien de garder sous assistance respiratoire notre système économique mondiale pour l’empêcher de mourir de sa mort naturelle en choisissant au contraire de donner l’injection létale évitable à nos écosystèmes vitaux. C’est l’éternel choix du court terme contre le long terme, le fameux « jusqu’ici tout va bien » cher au monde de l’entreprise. Il est par exemple paradoxal de justifier une nécessaire augmentation des échanges internationaux pour des considérations d’amélioration de la nutrition des populations alors que le résultat a été la fragilisation de la capacité de chaque nation ou région du globe à subvenir à ses besoins alimentaires élémentaires. C’est la question centrale de l’autosuffisance qui semble frapper bien tardivement l’esprit de nos si brillants dirigeants. La logique est pourtant enfantine : maximiser les profits par  la spécialisation et l’agriculture intensive en monoculture transforme certaines nations en vastes champs de blé ou de soja ; parallèlement cela fait disparaître les autres cultures indispensables qui sont alors développées suivant la même logique productiviste sur d’autres territoires. Tout ce dispositif repose pourtant sur un postulat tout à fait inconséquent et justement démenti en ce moment : les échanges internationaux agissent comme un mouvement perpétuel, ils ne s’arrêteront jamais… Pourtant les catastrophes naturelles se font de plus en plus fréquentes et menaçantes pour les infrastructures de plus en plus vétustes,  les ruptures énergétiques avec les attaques cybernétiques pourraient bientôt être monnaie courantes ou encore… une pandémie mondiale peut remettre en cause toutes ces certitudes. 
     On peut me classer aisément dans la catégorie des « idéalistes non pragmatiques idiots économiques ». On me rétorque souvent que l’on ne peut plus faire autrement, que la consommation est indispensable, que la croissance est obligatoire… Et bien quand j’observe avec quelle facilité les banques centrales du monde entier ont déversé depuis des mois et déversent encore plus en ce moment des milliards pour alimenter des marchés dysfonctionnels, je me demande toujours ce qui se serait passé si un gouvernement avait eu le courage d’orienter une part de tous ces flux financiers vers les domaines « non rentables »  mais durables comme la rénovation de nos infrastructures de base,  le soutien aux services publics tels que la santé et l’éducation et le développement d’une agriculture raisonnée. Et là, je ne parle pas d’ « agribashing » gratuit comme notre ministre de l’agriculture aime à le dénoncer dans les discours, mais d’une aide massive de l’Etat à tous ceux qui nous permettent de survivre en ces temps difficiles pour qu’ils puissent amorcer sereinement et rapidement le virage vers une agriculture sans pesticides et pour aider à la mise en place d’initiatives en permaculture, en agroécologie, agroforesterie… Mais pour cela il aurait fallu des gouvernants visionnaires ; or, le nôtre a tendance à plutôt voir la vie à travers des lunettes de réalité virtuelle et la « Start up  nation » ne voit notre salut qu’à travers le tout numérique… 
      
« L’obligatoire métropolisation du monde ».

    Depuis plusieurs années, des sirènes  nous chantent  le mythe des « smart cities », des villes dites intelligentes, la possibilité de ménager pour tous des « Eden » mécaniques et technologiques où la pointe des innovations nous rendrait la vie plus facile : intelligence artificielle, algorithmes, « smatphones » multi-usages, reconnaissance faciale, paiement sans contact, objets connectés…  Il est d’ailleurs étonnant de voir cette fascination que l’on peut avoir pour « l’intelligence » que l’on prête à des objets inanimés… Décidément, l’être humain aimera toujours les contes pour enfants. La logique globale est d’ailleurs battue totalement en brèche par la pandémie actuelle. Cet Eden est plutôt un enfer et le passage du Styx coûte bien plus qu’une pièce. Les problèmes de pollution, l’absence de verdure pour supporter les grandes chaleurs, la débauche énergétique et surtout la saturation des espaces… sont autant de tributs à payer. La meilleure preuve actuellement reste cette polémique concernant les parisiens fuyant vers la campagne pour trouver de l’espace, pour pouvoir respirer. Au delà de la recherche du simple confort de vie, on peut aller plus loin en disant que cela peut s’apparenter aussi à un réflexe de survie. En effet, pour l’instant, le stade de la pénurie alimentaire n’est pas atteint mais si la situation venait à se tendre encore, ce que je n’espère vraiment pas, on se rendrait compte que, jusqu’à preuve du contraire, on ne peut pas se nourrir de béton, de batteries et de composants électroniques ; nous avons besoin de terres de cultures vivrières dans les périphéries et campagnes… Avec cette pandémie, la « smart city » correspond à une forme d’intelligence paradoxalement déconnectée et les zones périurbaines ont toutes les caractéristiques du bon sens paysan. On peut rétorquer que la crise est un état seulement ponctuel, que rien n’empêche de retourner dans les anciennes habitudes… jusqu’à la prochaine. Cependant, je pense au contraire qu’il est justement temps de trouver un état constant qui permette d’amortir d’éventuelles catastrophes à venir. N’est ce pas le sens de la résilience ? Une capacité à encaisser le choc en étant le moins destabilisé possible, et cela passe par une désaturation des espaces urbains. Bien sûr nous ne pouvons pas demander une remise en cause brutale de toutes les certitudes qui nous conditionnent depuis des décennies, mais une prise de conscience des erreurs de jugement  majeures serait un bon début. 

    Le tableau général et son cadre global sont bien posés sur le chevalet, les éclats du temps ont fissuré la toile. La négligence des responsables qui jouissent pourtant de sa beauté déclinante va-t-elle conduire à la perte de l’ouvrage ? Connaitrons-nous dans tous les domaines évoqués une ère de rénovation ou d’extinction ? Espérons que nous fassions collectivement les bons choix, et si quelques uns veulent empêcher le processus pour protéger leurs intérêts particuliers, justice devrait être rendue…

P.M.


Pourquoi je ne voterai pas à l’élection présidentielle de 2022

Dimanche 10 avril 2022 je ne serai pas en déplacement, j’aurai la capacité de me rendre au bureau de vote, je ne me désintéresse pas du tout...