jeudi 31 octobre 2019

Pourrions-nous imaginer un mouvement populaire massif et efficace capable de contraindre notre gouvernement sur la question sociale ?

     Est-il besoin ici de rappeler le désarroi exprimé par un grand nombre de nos concitoyens qui voient leurs conditions de travail et par extension leurs conditions de vie se détériorer jusqu’à un niveau jamais atteint depuis la période d’après guerre ? Comment ne pas comprendre le désespoir qui est en train de se muer en rage pour nombre d’entre eux ? Cris d’alarme jusqu’au suicide chez les personnels de santé, cris d’alarme jusqu’au suicide chez les enseignants, cris d’alarme jusqu’au suicide chez les forces de l’ordre, cris d’alarmes jusqu’au suicide chez les agriculteurs… N’a-t-on pas entendu les plaintes toujours vivaces des Gilets Jaunes concernant un droit élémentaire à vivre dignement, surtout lorsqu’on apporte sa contribution à la société française en terme de travail et d’impôts ? C’est tout le tissu social français qui est en train de se déchirer. Comment croire, pour ceux qui ne sont pas encore touchés, que laisser leurs pairs à leur misère va les préserver longtemps ? C’est le principe de base de toute société : une interconnexion entre les individus qui oblige à la considération, et en France, à la solidarité héritée du Conseil National de la Résistance. Prenons l’exemple des services publics ; si nous laissons sombrer ces personnes qui tiennent à bout de bras les services de santé, d’enseignement et de sécurité, comment espérer un seul instant que la société française dans son ensemble ne s’effondre pas ? Comment imaginer être soigné correctement dans des  services hospitaliers à bout de souffle, comment oser évoquer une école de la confiance lorsque les enseignants déconsidérés par leur propre gouvernement n’ont même pas les moyens de réaliser leur mission, comment croire qu’il serait possible d’assurer la sécurité de nos familles lorsque des fonctionnaires de police ne sont même pas payés et sont même poussés à réprimer les français défendant leurs droits ? Il serait d’ailleurs bon de faire référence à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, article 12 : « La garantie des droits de l’homme et du citoyen nécessite une force publique instituée pour l’avantage de tous et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée ». En somme faut-il préciser que les forces de l’ordre ont pour mission la protection de l’ensemble du peuple français et non pas la protection d’une petite caste de dirigeants veillant sur leurs propres intérêts contre ceux de leur population ? 
Pour toutes les professions évoquées, la mobilisation, la manifestation de la colère ne sont même plus des questions d’idéologie ou de principe, c’est devenu une question de survie. Pour nous tous, par solidarité, il est indispensable de nous mobiliser massivement. Nous n’avons plus le choix, il faut œuvrer à la préservation de nos droits sociaux tout en gardant en ligne de mire l’intérêt général, seul garant d’une existence décente pour nos enfants quels que soient leur position sociale et les accidents de la vie qui pourraient les toucher. 

     Intéressons-nous aux évènements récents, marquants en terme de mobilisation populaire et ayant  montré une certaine efficacité. Nous ne pouvons pas contester le fait qu’un seul mouvement a engendré une inflexion directe et médiatiquement importante de la part du président de la république depuis le début du quinquennat : le mouvement des Gilets Jaunes. Pourquoi a-t-il réussi là où tous les autres ont échoués dès le début du quinquennat Macron (manifestation pour les services publics, mouvements syndicaux contre la réforme du code du travail, mouvement des cheminots contre la réforme du statut…) ? Plusieurs raisons à cela ; tout d’abord en terme de calendrier, le choix du samedi est le plus judicieux car il permet à un maximum d’actifs de se mobiliser en limitant les conséquences sur leur activité professionnel, la mobilisation est donc possible au long court comme nous pouvons encore le voir aujourd’hui (bien sûr ce n’est vrai pour un certains nombre de services publics et les commerçants des secteurs géographiques touchés ne seront sans doute pas de cet avis). Ensuite en terme d’organisation ou plutôt de désorganisation ; le caractère spontané non déclaré a clairement pris de court l’Etat. Il suffit de voir les cafouillages incessants en terme  de maintien de l’ordre qui n’ont cessés d’émailler les manifestations : au contact/pas au contact, lieu autorisé/lieu interdit, force mobiles/forces fixes… les premières manifestations sur les champs Elysées ont été dans ce sens spectaculaires. Rappelons tout de même qu’au plus fort de la mobilisation le président avait affrété un hélicoptère afin de pouvoir être exfiltré si nécessaire… nous ne sommes pas loin d’une version moderne de la fuite à Varennes… Enfin intervient la question de la « violence ». Le débat n’est toujours pas tranché à ce sujet entre partisans de la manifestation pacifique qui vise à impressionner par le nombre, et ceux plus radicaux prônant de la manifestation « sauvage » à l’origine de dégradations matérielles et d’affrontements plus ou moins volontaires avec les forces de l’ordre. Objectivement, il faut reconnaître qu’en France, malheureusement, le temps n’est plus à la manifestation regroupant des millions de personnes ; en effet l’individualisme galopant, le manque d’empathie, l’indifférence quant aux conditions de vie des plus précaires  et l’incapacité à penser l’intérêt général pour une grande partie des français rendent impossible une mobilisation réellement massive. Cependant, bien que le nombre de manifestants n’ait pas été extraordinaire, les Gilets Jaunes ont bien eu un effet marquant, il était d’autant plus frappant de voir le président français battre sa coulpe le 10 décembre après être sans doute sorti difficilement d’un état de grande sidération. Il faut dire que les images de chaos en plein cœur de Paris ont dû le faire largement réfléchir. On peut d’ailleurs se demander si nous n’avons pas assisté là à une erreur stratégique majeure de la part du gouvernement. Pour discréditer ce mouvement il est de plus en plus clair que la hiérarchie policière s’est bien gardée de faire interpeler en amont des manifestations les éléments les plus « perturbateurs » comme l’explique Linda Kebbab sur le plateau de canal plus dans l’émission l’info du vrai le 2 octobre 2019[1]. Les pouvoirs publics espéraient-ils dégoûter un grand nombre de manifestants modérés et dans le même temps retourner une opinion publique pleine de bons sentiments ? La question demeure sans réponse mais on a pu voir le résultat avec l’apogée de l’Arc de triomphe… Il est d’ailleurs particulièrement intéressant de remarquer que nos chers éditorialistes des grandes chaînes d’information nationales deviennent tout de suite moins loquaces et véhéments lorsque les débordements ont lieu dans les manifestations au Venezuela, en Algérie, à Hong Kong,  au Chili, à Barcelone ou au Liban… 

Il suffit alors de connecter les revendications sociales et même environnementales avec les constats faits à propos des dernières manifestations évoquées et une seule conclusion s’impose. Le personnel de santé, les enseignants, les agriculteurs, les policiers (quand ils se seront rendus compte qu’ils sont les instruments d’un gouvernement qui les méprise), les écologistes… devraient tous s’organiser pour se réunir le samedi sur Paris si possible (centre du pouvoir) ou dans les grandes villes de leurs régions respectives. Il ne s’agit pas de reprendre à leur compte toutes les revendications des Gilets Jaunes mais d’amener les leurs dans le même espace temps (même ville au même moment). Bien sur il ne s’agit pas non plus d’être dans l’illégalité en ne déclarant pas les manifestations, au contraire, il serait même possible de prendre le gouvernement à son propre jeu en les déclarant dans un maximum de rue d’une même agglomération ; une saturation de toutes les artères de la ville serait alors possible naturellement en cas de grande affluence. Nous pourrions même espérer dans ces circonstances un rapprochement entre les différents acteurs qui pourraient y voir l’occasion de mener une lutte commune. Une bonne manière de réhabiliter dans l’opinion publique les Gilets Jaunes largement discrédités, à tort, par la majorité des médias traditionnels depuis des mois. Si le point de départ du mouvement a bien été la hausse de la taxe sur les carburants, malgré l’aveuglement médiatique, les revendications ont très vite évoluées vers l’exigence d’une société plus juste et d’un renouvellement des pratiques démocratiques (RIC).  Loin de l’image d’individus uniquement attachés à leur pouvoir d’achat, peut-être deviendra-t-il évident pour tous qu’ils sont attachés aux services publiques et qu’ils remettent en cause, pour beaucoup, le capitalisme débridé que l’on tente de nous imposer. 
       Si la situation là-bas est différente, l’exemple du Chili me paraît inspirant : une mobilisation populaire inédite dont le point de départ est la hausse du prix du ticket de métro qui a réussi à faire plier un gouvernement en quelque jour. Après des décennies de néolibéralisme, le président a demandé la démission de tout son gouvernement et promis un virage social sans précédent. 
        Il serait  bon qu’en France nous fassions en sorte que le virage néolibéral macronien ne se transforme pas en sortie de route pour nous tous. Si le modèle social français est attaqué depuis plusieurs décennies, le gouvernement actuel essaie bien de l’achever. Il est nécessaire de défendre ce modèle plus que jamais et d’obliger le bourreau à rendre les armes. 

P.M.







samedi 10 août 2019

Capitalisme premier, libéralisme, néolibéralisme et maintenant progressisme : évolution d’un récit éludant des pratiques qui nous mènent tout droit au suicide collectif.

     Débutons par la notion de « capitalisme » apparue au 19èmesiècle et définie par le dictionnaire Larousse « dans sa terminologie marxiste » comme «un régime politique, économique et social, dont la loi fondamentale est  la recherche systématique de la plus-value, grâce à l’exploitation des travailleurs, par les détenteurs des moyens de production, en vue d’une transformation importante de cette plus-value en capital additionnel, source de nouvelle plus-value ». Une définition succincte qui ne s’embarrasse pas de considération morale et révèle donc l’essence du système économique qui prévaut dans l’essentiel des pays développée : un mouvement perpétuel uniquement orienté vers l’accumulation de revenus à tout prix. On peut donc très vite comprendre qu’il n’est en aucun cas question de respect de principes moraux ; la destruction de l’environnement n’est qu’un dommage collatéral et la justice sociale un obstacle à l’augmentation de la plus-value. 
     La critique d’un tel système semble aisée et peut expliquer l’émergence à peu près à la même période de la notion de « libéralisme », toujours selon le Larousse : «doctrine économique qui privilégie l’individu et sa liberté ainsi que le libre jeu des actions individuelles conduisant à l’intérêt général ; doctrine politique visant à limiter les pouvoirs de l’Etat au regard des libertés individuelles ». Lorsque l’on sait à quel point ce dogme a permis l’épanouissement du capitalisme on peut déjà se demander comment il est possible de se prévaloir de l’idée de liberté individuelle lorsque l’on sait que depuis le début la notion d’exploitation est centrale que ce soit sur le plan des ressources et même des individus ? A mon sens, il s’agit d’une première tentative d’élaboration d’un récit visant à rendre tolérables des dérives connues par la mise en avant du principe historiquement et universellement reconnu de « liberté ». Notion positive s’il en est dont la critique est quasiment impossible. Par un syllogisme créé de toute pièce, toute personne s’opposant au capitalisme serait un pourfendeur des libertés individuelles, donc de la liberté… Malheureusement, cet argument peut être encore entendu de nos jours lors de débats entre spécialistes. Cela prouve la force de cette stratégie rhétorique qui vise à discréditer toute opposition. Cependant tous les effets pervers recensés et difficilement justifiés (nous en relèverons plusieurs par la suite) expliquent que l’idée même de « libéralisme » a pu perdre de sa superbe en étant associée à l’absence de limites, de contrôle.  
     D’où l’essor au cours du 20ème siècle de la théorie du « néolibéralisme » que l’on peut relier à Friedrich Hayek, opposant farouche à toute intervention de l’Etat contrairement à John Maynard Keynes . J’ai choisi de reprendre une définition proposée par le Monde diplomatique : « Le néolibéralisme désigne le renouvellement des thèses économiques libérales qui ont inspiré les politiques économiques des pays occidentaux. Ces politiques, devenues dominantes, ont pour objet de créer un environnement propice à l’afflux des mouvements de capitaux, source d’épargne disponible pour l’investissement, par la dérégulation des marchés, la réduction du rôle de l’Etat, des dépenses publiques et de la fiscalité (en particulier au bénéfice des entreprises), un contrôle strict de l’évolution de la masse monétaire pour prévenir les effets inflationnistes, la privatisation des entreprises publiques et l’abaissement du coût du travail »[1]. Ajoutons, qu’au delà de l’aspect strictement économique, c’est toute la sphère socio culturelle qui est influencée par cette doctrine. Patrick Juignet nous explique dans un article complet : « c’est une idéologie individualiste et hédoniste qui vise l’augmentation des droits individuels. Elle valorise l’intérêt égoïste au détriment du devoir collectif et des valeurs communes».[2]L’idéologie néolibérale est clairement issue de la réflexion de grands défenseurs du « capitalisme » visant à lui permettre sa mise en œuvre de la manière la plus débridée possible pour atteindre encore et toujours un seul et unique objectif : l’accumulation toujours plus importante de richesses. Cette deuxième tentative de valorisation du « capitalisme » a donc consisté à  lui associer, en plus de l’idée de « liberté » (libéralisme), celle de nouveauté, de modernité (néo). Mais encore une fois, la machine s’est enrayée et petit à petit, le néolibéralisme a acquis une connotation largement négative. Notons une chose particulièrement étonnante, le rapprochement de Milton Friedman (autre farouche promoteur du néolibéralisme) et des économistes membres des Chicago boys avec le général Pinochet, auteur du coup d’Etat militaire contre Salvador Allende au Chili le 11 septembre 1973 ; curieux paradoxe que se dire défenseur des libertés individuelles en collaborant avec l’un des pires dictateurs de l’histoire de l’Amérique Latine… 
     Reconnaissons que l’inventivité des adeptes ne semble pas connaître de limites et on peut considérer  que les défenseurs « modernes »  du  capitalisme  ont tenté, par un nouveau tour de passe-passe idéologique, de le réactualiser, de le rendre plus acceptable, en le rapprochant, voir en le confondant avec la notion de « progressisme » ; notion on ne peut plus floue qui a comme seul mérite de renvoyer à l’idée attractive de progrès. Malheureusement cette stratégie rhétorique ne peut plus tenir ; en effet, il est encore des contradictions impossible à résoudre : comment avancer que le but recherché est une plus grande justice sociale et l’amélioration des conditions de vie du plus grand nombre par le développement incessant des sciences et des techniques alors qu’il est maintenant reconnu et documenté que le modèle économique occidental dominant qui s’appuie largement sur une explosion technologique est justement à l’origine de la dynamique inverse : richesses concentrées dans les mains d’un nombre de plus en plus restreint d’individus, augmentation criante des inégalités, augmentation de la précarité dans le travail, pratiques capitalistes incapables de prendre en compte l’urgence climatique… C’est cela qui est particulièrement effrayant, rien ne peut plus justifier cette fuite en avant ; et pourtant… certains experts défendent encore l’indéfendable au mépris du bon sens le plus élémentaire. Le travail de déconstruction fait pourtant bien apparaître, malgré la tentative de réhabilitation, le réel nœud du problème à l’origine du dysfonctionnement économique, social et environnemental global : l’économie de marché  dérégulée et la logique capitaliste qui conditionnent la plupart des gouvernements des pays développés. Le « capitalisme » est une bombe à retardement prête à exploser, dissimulée sous un manteau idéologique d’apparence favorable qui lui permet de passer tous les contrôles de sécurité. 

    Deux exemples marquants permettent d’illustrer l’impasse dans laquelle nous nous trouvons, deux débats organisés, l’un par la chaîne Thinkerview, l’autre par Frédéric Taddéï sur RT. Tout d’abord un échange de points de vue entre Laurent Alexandre, neurochirurgien adepte du transhumanisme et grand défenseur de toutes les évolutions numériques (smartphones pour tous les adolescents, tablettes à l’école, développement des algorithmes et de l’Intelligence Artificielle…) et Philippe Bihouix, ingénieur plutôt favorable à une décroissance raisonnée, prônant une forme de sobriété technologique (« low tech »)[3]. Quel étonnement de voir ce fameux médecin dérouler son argumentaire avec un mauvaise foi qui frôle la bouffonnerie : il balaie d’un revers de la main l’impasse énergétique dans laquelle nous nous trouvons et le découplage impossible entre croissance et destruction des ressources naturelles, il défend une forme de croissance verte avec l’exemple tout à fait fallacieux du Lac d’Annecy qui peut se venter d’avoir l’un des environnement les plus propres et préservés du monde ; c’est là un bon exemple de l’hypocrisie de certains milieux aisés qui protègent leur pré carré sans égard pour le reste du territoire, une simple exception qu’on ne peut en aucun cas ériger en norme. D’autre part, l’argument qui revient le plus souvent comme une forme de sentence : les avancées en terme de niveau de vie connues jusqu’à maintenant dans le monde entier. Je reviendrai plus tard sur l’ineptie qui consiste à utiliser des indicateurs qui semblent tout à fait dépassés. Le simple fait d’aborder un tel sujet c’est simplement faire mine d’ignorer que l’espérance de vie a reculé pour la première fois dans les deux foyers des plus grands défenseurs du néolibéralisme, le Royaume Uni[4]et les Etats Unis[5]et encore ignorer que plus récemment il a été fait état de la progression pour la troisième année consécutive de la faim dans le monde[6], pour des question de démographie, sans doute, mais pas que… changement climatique et conflits géopolitiques ont aussi beaucoup à voir.  Seconde confrontation tout aussi surréaliste, cette fois ci dans l’émission « Interdit d’interdire », entre Ferghane Azihari, analyste en politiques publiques pour plusieurs « think tank » libéraux et  Monique Pinçon Charlot qui étudie avec son mari depuis des années l’oligarchie française[7]. Le premier ose tout de même laisser entendre que la richesse démesurée des uns ne se ferait pas au détriment des autres et surtout sans aucune exploitation d’individus ou d’autres pays… à aucun moment il ne s’arrête sur les mesures d’extorsion économique « légales » de certains pays comme les Etats Unis, sur la problématique de l’évasion fiscale et de l’optimisation fiscale qui peut paraître amorale, mais qui reste souvent « légale » avec la « complicité » des différents appareils décisionnaires ; et c’est surtout complètement oublier le principe d’externalisation de l’exploitation à la fois des individus et des ressources naturelles. Croissance permise par le dumping social et l’esclavage moderne dans plusieurs pays d’Asie, ou encore pillage des ressources naturelles et destruction des écosystèmes avec la déforestation en Indonésie pour l’huile de palme[8]ou les mines pour l’extraction des métaux rares en Chine. Des matières premières indispensables pour les nouvelles technologies mais à l’origine d’un fléau environnemental[9], comme le rappelle pourtant Madame Pinçon Charlot… Encore plus étonnant cette ritournelle des pays en développement qui seraient avides de croissance ; c’est bien le miroir aux alouettes : des pays occidentaux très "propres sur eux", à base de plans de communication léchés, d'un « soft power » attractif qui font miroiter l’assouvissement de besoins secondaires créés de toute pièce sans jamais insister sur le prix à payer en terme de détérioration du climat, des écosystèmes, d’empoisonnement généralisé organisé par les grands groupes agro-industriels, des conséquences de l’agriculture et de l’élevage intensif… oui les conditions de vie peuvent et doivent s’améliorer pour eux mais en aucun cas en se basant sur notre modèle actuel de développement économique. Il semble bien que l’argumentaire économique libéral encore défendu par quelques adeptes zélés soit complètement éculé. En effet, les seuls indicateurs agités sans cesse par les gouvernants ainsi que leurs relais médiatiques s’avèrent tout à fait inopérants car ils ne tiennent pas compte des enjeux de notre temps. Comme si nous voulions diagnostiquer et soigner la maladie infectieuse généralisée d’un individu avec un thermomètre et un stéthoscope cassés ; autant  creuser tout de suite la tombe… 
    Prenons les trois indicateurs généralement mis en avant pour mesurer la santé économique d’un pays : Le PIB (Produit Intérieur Brut), l’indicateur de consommation des ménages et le taux de chômage. 
    Le PIB correspond à la quantité de biens produits, soit la somme des valeurs ajoutées de l’ensemble des producteurs résidant sur le territoire. La croissance correspond donc à l’évolution du PIB, déduction faite de l’évolution des prix. Cependant on peut regretter qu’un certain nombre d’activités ne soient pas prises en compte : les activités domestiques non rémunérées et les activités bénévoles. De toute façon se baser sur cet indicateur revient à engager une course toujours plus effrénée vers la production de biens en reléguant au second plan par pragmatisme les conséquences environnementales car on sait bien que plus on produit de biens plus on nécessite d’énergie, plus on exploite les ressources naturelles en dépassant allègrement les seuils de renouvellement quand ils existent (bois et eau par exemple), tout en augmentant toujours plus les déchets rejetés dont une infime partie peut être recyclée. C’est une mécanique infernale qui ne peut être enrayée qu’en opérant à une rupture franche dans nos modes de production mais aussi de consommation. Cela nécessite de revoir de fond en comble justement ce modèle économique. 
On en vient à ce deuxième indicateur souvent sur le devant de la scène avec les problèmes de pouvoir d’achat : la consommation des ménages. Nos dirigeants sont encore guidés par cette logique paradoxale : il faudrait consommer moins et surtout mieux mais, pour l’heure, avec leur vision à court terme, toute consommation est bonne à prendre : achats de véhicules stimulés au lieu d’améliorer les transports, ils se félicitent de l’augmentation de la fréquentation des aéroports alors  que c’est une des industries les plus polluantes, on fait la promotion du numérique et des nouvelles technologie alors que cela entraine obligatoirement une flambée de la consommation énergétique… la lutte contre l’obsolescence programmée, l’interdiction des pailles jetables et la consigne des bouteilles en plastique ressemblent à de jolis pansements sur une jambe de bois. Enfin, pour ne rien arranger, les caciques ne jurent que par la baisse du taux de chômage tout en manipulant son calcul… et ce ne sont pas les « experts » qui vont insister sur le subterfuge. Il y a toujours possibilité de faire baisser artificiellement ce taux en plusieurs étapes : tout d’abord modifier le code du travail pour faciliter le recours par les entreprises à des contrats précaires, c’est à dire plus courts et moins protecteurs pour le salariés, associons à cela le durcissement des conditions de maintien des droits au chômage qui permet de radier à peu de frais un certain nombre d’individus ; enfin, ajoutons le durcissement des conditions d’accès aux droits en augmentant par exemple le nombre de mois travaillés nécessaires à l’ouverture de ces droits alors que, comme énoncé au départ, les entreprises peuvent recourir aux contrats courts. Entreprises qui pourront d’autant plus faire du chantage à l’embauche afin d’accentuer le consentement des salariés à des situations professionnelles de plus en plus dégradées. Belle logique qui consiste à donner l’impression d’une meilleure santé économique du pays tout en précarisant les concitoyens souvent les plus fragiles… Et le plus dangereux reste cette réflexion totalement absurde qui consiste à faciliter le licenciement par les entreprises pour réduire le chômage… soi-disant les mesures telles que le plafonnement des indemnités aux prud’hommes rendraient confiance aux employeurs mais cela risque de vite se transformer en arme de destruction massive pour l’emploi avec la conjoncture économique qui décroche (croissance en berne malgré les taux historiquement bas) et les gains de productivité attendus grâce aux nouvelles technologies remplaçant nombre d’activités humaines. Si on additionne  tous ces non-sens, on se rend facilement compte que seule la logique purement économique et financière est poursuivie. Imaginons que la tendance s’accentue inexorablement: que la productivité des entreprises s’améliore grâce aux investissements dans les nouvelles technologies et grâce à une débauche d’énergie toujours plus grande, que la précarité des citoyens progresse ; il ne faudra pas s’étonner d’avoir un tableau final avec des français de plus en plus pauvres, un déclassement de plus en plus marqué des membres de la classe moyenne et des inégalités de plus en plus criantes en faveur des actionnaires des grandes entreprises. Image inquiétante qui rappelle étrangement la situation des Etat Unis d’Amérique…  Pourquoi les décideurs ne comprennent-ils pas que la « grandeur » de la France n’est envisageable qu’en garantissant la santé, la sécurité et l’éducation de l’ensemble de nos concitoyens? A quoi peut bien servir le fait d’être dans le haut du classement au niveau des indices économiques si les conditions de vie des français se détériorent? N’en déplaise aux "premiers de cordée" chers au président, tout l’or du monde ne permet pas de se préserver des catastrophes naturelles et de leurs conséquences sur notre habitat.

Dans ces systèmes complexes interconnectés, l’un des pires fléaux est bien la collusion totale entre le  personnel politique actuel et le monde des grandes entreprises privées. Il n’y a plus aucun garde fou. L’Etat  français par exemple, censé garantir la sécurité de sa population est devenu un simple outil permettant de promouvoir et faciliter la promulgation de lois dont l’unique objectif est le développement sans freins de l’économie de marché. Considérations tout à fait contraires à l’intérêt général et, chose encore plus dangereuse, contraires à la volonté populaire majoritaire. Tout cela est permis par cette vaste escroquerie du recours à la société civile associé aux pantouflages en tout genre avec des aller-retours incessants entre postes soi-disant au service de la République et postes dans les grandes banques, cabinets d’avocats d’affaires, entreprises de communication, grands groupes industriels… Cet énorme braquage démocratique (voir les soutien de la campagne de Macron[10]) a permis à « l’élite capitaliste » de s’installer aux fonctions de décision politique, détournant ainsi sans scrupules le rôle de représentation des citoyens français qui leur était assigné. Malheureusement, avec cette équipe de « pieds nickelés », il n’y a plus de limites, sinon, comment expliquer qu’en pleine canicule, au moment où la sécheresse et les changements climatiques devraient remettre en cause notre manière d’appréhender et de sécuriser notre habitat, nos réseaux électriques ou encore les installations nucléaires, un gouvernement ose évoquer le fait de mettre en place une « red team » formée d’auteurs de science fiction et de futurologues pour appréhender les innovations militaires[11], ose subventionner à hauteur de plus d’un million d’euros le développement d’un « flyboard »[12]ou ose lancer la création d’un commandement de l’espace[13] ? N’apprend-on rien du passé, comment est-il possible de remettre sur la table le concept de « guerre des étoiles » d’un certain Ronald Reagan ? Comme si les progressistes français choisissaient de nous servir de vieilles recettes datant des années 80. Et que dire entre extension du libre-échange, ventes de fleurons industriels français et tentatives de privatisations menées par tous ces acteurs… les scandales s’enchainent à un rythme effrénés.  La vente d’ADP (Aéroport de Paris) au mépris du bon sens, contre l’avis de sa propre population et d’une grande partie du personnel politique, tous bords confondus ; le CETA voté par la majorité macronienne alors que cet accord de libre échange a même reçu les critiques de l’ancien ministre de l’écologie démissionnaire Nicolas Hulot[14]auxquelles répond le président par une formule lapidaire "le CETA va dans le bon sens"[15]. Ou encore l’affaire ALSTOM, cas d’école de guerre économique américaine menée par les EU et au cours de laquelle les intérêts de la France ont été piétinés avec le concours bien connu du ministre de l’économie de l’époque et actuel président de la république[16]… On arrive à un tel niveau de déni que la position du gouvernement n’est même plus intellectuellement tenable, à moins d’une névrose profonde contagieuse pour l’ensemble des ministres, le discours ne repose plus sur aucun argument valable à part l’incantation libérale d’une pluie de dollars dégagée de toute responsabilité écologique. A cet égard le dossier « privatisations » développés dans le Monde diplomatique de juin 2019 montre bien l’extrême faiblesse des arguments gouvernementaux en faveur de la cession des Aéroports de Paris ou de la privatisation de la gestion des barrages : secteurs actuellement rentables et toujours stratégiques qui seront alors hors de contrôle d’un point de vue de l’impact environnemental.
     Autre point sensible, les attaques incessantes contre les services publics qu’ils tenteront sans doute de livrer au secteur privé. Attaques constantes contre la Sécurité Sociale  avec la diminution incessante des Contributions Sociales Généralisées qui se soldera à terme par un déséquilibre gravissime pour le budget ; la mise sous tension des hôpitaux publics avec la politique de l’autruche et des coupes budgétaires qui se succèdent ; la dévalorisation du métier d’enseignant dans le secteur public avec un gel des salaires, un recours accru aux contractuels et une future atteinte de leur retraite ; l’ignorance des revendications des services de sécurité comme les pompiers en grève ou les policiers en manque de matériel dont les heures supplémentaires ne sont pas payées et dont les locaux sont vétustes (on peut se demander d’ailleurs pourquoi ces derniers continuent à protéger un gouvernement qui les méprise au lieu d’assurer leur mission originelle de protection de leur concitoyens). Qui s’étonnera si tous ces secteurs sont livrés au privé : service de santé assuré par des mutuelles privées, service d’éducation privé et services de sécurité privés ? Qui s’étonnera de l’aboutissement du processus d’américanisation de notre société ?  Qui s’étonnera de la montée inexorable de la violence chez des citoyens qui sentent et comprennent qu’un petit groupe d’individus guidés par des intérêts personnels tente de les enfoncer dans l’insécurité, la précarité et la pauvreté ? 

    Pourtant, la puissance du « storytelling » néolibéral est purement théorique et malheureusement il assure la résilience d’un modèle économique capitaliste décomplexé et déconnecté de toute considération d’intérêt général. Un modèle qui est pourtant discrédité dans les faits et dans nombres d’analyses d’économistes reconnus tels que Thomas Piketty, Thomas Porcher ou Joseph E. Stiglitz. Le facteur qui lui  permet d’étendre son influence à l’ensemble de la planète est la « mondialisation » : « phénomènes d’ouverture des économies sur un marché mondial libéral, lié au progrès des communications et des transports, à la libéralisation des échanges, entraînant une interdépendance croissante des pays » (Le Petit Robert 2013). Ou comment devenir de plus en plus vulnérable aux caprices d’un marché financier qui sape l’autonomie et la capacité de résilience d’un pays face aux aléas touchant les plus puissants. Une belle manière pour le pays dominant d’organiser la servitude volontaire de ses voisins qui n’ont plus d’autres choix que de se plier aux pressions économiques dans l’espoir de pouvoir tirer leur épingle du jeu. Cependant nous sommes bien arrivés à un point limite ; depuis des décennies, l’élite capitaliste associée aux gouvernements successifs des pays occidentaux convaincus, a contribué à l’avènement de dirigeants d’un nouveau genre dans le monde entier. Des têtes brûlées, complètement décomplexées qui ne s’embarrassent plus du minimum de respect des minorités et des peuples voisins : Trump le climatosceptique qui appréhende tous les échanges par rapport à la quantité de dollars que ça lui rapporte, Bolsonaro admirateur de la dictature et responsable de la dégradation majeure du poumon de la planète[17], Netanyahu capable de tirer à balles réelles sur des manifestants[18]et responsable de lois digne de l’apartheid[19], Mohamed Ben Salman organisant un des pires fléau humanitaire avec la guerre sale au Yémen et qui fait exécuter en toute impunité un journaliste[20]… Ces individus qui ont fait mine de parler « au peuple » tout en jouant sur les peurs et les frustrations ne sont que les miroirs des pires travers des plus lisses Macron, Trudeau ou Obama. Ils s’entendent tous et agissent de concert sur le plan économique et bien que les derniers évoqués paraissent plus acceptables aux yeux de l’opinion, dès que l’on accorde un peu plus d’attention, le tableau est loin d’être idyllique, une pointe de vice en plus, car ceux là souhaitent se faire passer pour ce qu’ils ne sont pas : Macron qui ne jurait que par la bienveillance durant sa campagne et qui, au pouvoir n’hésite pas à vendre des armes à l’Arabie Saoudite[21]ou à organiser une répression d’une violence inouïe contre sa propre population lors des manifestations des Gilets Jaunes[22] (pratiques même dénoncées par l’ONU); Trudeau connu pour sa sensibilité et sa capacité à pleurer à la télévision[23]qui est accusé d’avoir exercé des pressions sur l’appareil judiciaire[24]et enfin Obama qui a osé accepter le prix Nobel de la paix (et à qui on a osé le donner) tout en étant à l’origine de bombardements au moyen orient ayant causé la mort de nombreux civils et même du personnel de Médecins sans Frontières[25]…  Déni de réalité, impossibilité de penser autre chose que l ‘économie, culture de l’hypocrisie, de la mauvaise foi, de la dissimulation à un moment unique où rien justement ne peut plus être caché ; on est bien loin des théories prônant la liberté, la justice et de bien commun. L’élite capitaliste, avec ces dirigeants tous plus atteints les uns que les autres, a enfanté ses propres bourreaux à force de renoncements, de mensonges, de manipulations… L’illusion a pu s’inscrire dans la durée grâce à une communication très pointue mais cela n’a plus aucun sens car ne s’appuie plus sur aucune réalité tangible. Nous ne sommes plus à un paradoxe près : de beaux discours progressistes empreints de liberté qui poussent les peuples occidentaux vers les pires régimes possibles sans qu’aucun des responsables ne soit capable de se remettre en cause…  

    Autre désastre total, le système financier complètement dérégulé qui alimente ce capitalisme, qui lui permet de se développer sans aucune barrière ; comme si Charybde et Sylla s’encourageaient mutuellement. Durant la crise débutée en septembre 2008 , il avait été décidé de « brider » quelque peu les marchés financiers en instaurant certaines règles que le nouveau locataire de la maison blanche n’a pas tardé à amender[26], permettant une nouvelle fuite en avant. Politiques, grandes entreprises, marchés financiers ; voilà un trio infernal ; ajoutons à cela le travail de conditionnement du système médiatique et on arrive aux quatre cavaliers de l’apocalypse. Les artisans de la grande roue dans laquelle le peuple hamster est prié de courir sans arrêt. Et cette folie généralisée ne semble plus connaître de limite.  Sachant que tout ce système ne tient qu’artificiellement, à l’aide de la planche à billet des banques centrales, comme un malade en phase terminale sous perfusion ;  il y a de quoi nourrir de grandes inquiétudes. Et lorsque l’on place l’accumulation de capital comme valeur la plus importante d’une société, on arrive à toute sorte d’inepties permises par un marché qui ne se soucie pas du tout des questions de sens. Là une entreprise comme Disney valorisée à 250 milliards de dollars pour vendre du rêve, un magnat de l’industrie du luxe comme Bernard Arnault dont la fortune dépasse les 100 milliards de dollars, des sportifs de haut niveau qui gagnent des millions pour nous éblouir dans des jeux du cirque modernes, des youtubers qui se mettent en scène pour gagner des fortunes tout comme des jeunes embrassant des carrières millionnaires de joueur de jeux vidéos… Si c’est la main invisible du marché qui permet cela, on peut être sûr qu’aucun cerveau ne la dirige… Création artificielle de monnaie, assouvissement de besoins créés de toute pièce, admiration pour des actions qui n’ont aucun sens, refuge dans des mondes imaginaires ; tout ça n’est que du vent. Mais tant d’externalités négatives pour du vent ne peut que conduire à la chute. Le pire dans tout cela n’est pas qu’un système puisse engendrer de telles folies, c’est simplement que les propres acteurs de ce système soient incapables d’imaginer le remettre en cause ; c’est bien le stade ultime de la servitude volontaire qui est atteint, le « there is no alternative » tatcherien poussé à son paroxysme, cependant tout cela ne tient plus qu’à un fil. Il serait peut-être temps de préparer la résilience de notre nation face aux changements majeurs qui s’annoncent : une crise économique et l’accélération de la crise écologique. Revenir aux besoins primaires élémentaires, assurer la sécurité alimentaire de notre population, se centrer sur les activités d’utilité publique, en finir au plus vite avec le culte de la croissance. 
    Malheureusement les progressistes néolibéraux refusent de manière dogmatique toute idée de décroissance. Il est pourtant nécessaire de se décider face à ce nouveau dilemme pascalien : continuer avec ce modèle capitaliste dont on connaît les effets néfastes et qui nous emmène à plus ou moins court terme dans le mur ou appliquer un modèle raisonné de décroissance dans plusieurs domaines en plaçant l’intérêt général et la sauvegarde de l’environnement comme priorités ? Je poserai le problème en ces termes : en admettant qu’il soit possible de continuer à appliquer le modèle capitaliste malgré tous les signes observables, si nous décidons de poursuivre et que cela s’avère être une erreur, c’est la mort assuré, un processus totalement irréversible ; à l’inverse, si l’on admet que le deuxième modèle est le plus judicieux, que l’on change totalement de modèle économique et social mais que l’on se trompe ;  on aura contribué à la préservation des écosystèmes, on aura assuré notre sécurité alimentaire et on pourra toujours se remettre à pied d’œuvre pour rattraper notre retard technologique, rien d’irréversible dans ce cas. Il serait donc plus raisonnable de choisir la possibilité d’une erreur positive réversible par rapport à la possibilité une erreur négative irréversible. Ayons le bon sens d’appliquer le principe de précaution.

   C’est pourtant ce qui est le plus affligeant actuellement, à défaut d’avoir intégré intellectuellement la nécessité d’un changement total de système économique et même de système de valeurs, la majorité de nos élus se contente d’un changement superficiel de forme (le capitalisme vert reste du capitalisme) mais c’est tout simplement la même soupe servie dans un plat différent. Et que dire de notre soi-disant écologiste national Yannick Jadot qui défend la voiture électrique alors que l’on sait que c’est tout autant un fléau écologique que la voiture thermique,[27]et qui est même capable de dire qu’il est pour l’économie de marché[28]et n’exclut pas une alliance avec les républicains, chantres du capitalisme, aux municipales[29]… Un manque de sérieux total, une négligence de réflexion indigne ; et pourtant on trouvera toujours un intellectuel ami, un philosophe de cour ou un éditorialistes admirateur pour nous expliquer que le système est comme ça, qu’il n’y a pas le choix, il faut être pragmatique… Mettons de côté ce fatalisme mortifère et gageons que ces individus ne se rendent même pas compte que par leur assentiment, ils cautionnent un mode de fonctionnement, de réflexion et d’action qui, à terme, mène à la spoliation du bien commun, donc de leur propre bien, en toute impunité. Comme si ils laissaient gouvernants, financiers et grands entrepreneurs se préparer un festin pendant une période de famine générale en mendiant avec lâcheté une place à la table des rois. 
Plusieurs questions s’imposent: comment peuvent-ils cautionner de telles choses ? lorsqu’ils font leur propre examen de conscience, comment peuvent-ils se regarder dans la glace, vivre sans un minimum vital de décence et de fierté ? Pour le cas de la France, tant que les discours dissimulaient efficacement les intentions, je peux comprendre que certains aient été floués par l’aventure macronienne. Cependant, à la lumière des faits qui se succèdent depuis le début du quinquennat, il me paraît impossible d’ignorer totalement cette farce monumentale ; ne pas se laisser faire devient une question de principe, de respect pour soi-même. Je tire donc mon chapeau à tous les individus qui ont manifestés leur désaccord par tous les moyens, en dénonçant publiquement, en faisant grève, en battant le pavé pour les manifestations qui se succèdent depuis le début du quinquennat… avec une mention spéciale pour les Gilets Jaunes, seul mouvement qui a pour l’instant arraché quelque chose de significatif à ce gouvernement jusqu’au-boutiste. Bien sûr le compte n’y est pas du tout et le prix à payer pour eux a été lourd (incarcérations, blessures graves, insultes publiques en tout genre, parodie de justice…) mais, au vu des circonstances, on peut se demander si la suite ne sera pas encore plus agitée…

P.M.




mardi 9 juillet 2019

Traitement raisonné et naturel de l’information : essence de tout processus vital.

Cette réflexion est tout à fait personnelle et ne repose sur aucune expertise. Il est plus question d’intuition et de spéculation que de connaissances pointues, ce qui rend cet écrit parfaitement critiquable et sans aucun doute contestable.

     J’entends ici par « processus vital », tout mécanisme nécessaire à l’émergence, au maintien en équilibre et à la transmission de la vie ; que ce soit au niveau physiologique, biologique, social ou même politique. A toutes ces échelles nous pouvons nous rendre compte de l’importance du « traitement de l’information ». On peut définir cette notion comme l’exploitation d’un certains nombres de données nécessaires à l’élaboration d’un plan d’action en prise directe avec le réel, le monde matériel. Pour cela plusieurs étapes sont indispensables ; tout d’abord il s’agit d’accéder aux informations, ensuite de choisir de manière pertinente le ou les informations utiles, puis de les intégrer au système afin que celui-ci puisse finalement assurer son développement et engendrer une forme de transmission et de continuité. Ces mêmes informations ainsi modifiées s’inscrivent alors dans un nouveau système plus complexe. L’un des meilleurs exemple se trouve au niveau cellulaire avec l’expression génétique qui correspond à l’ensemble des processus par lesquels un gène est transcrit en ARN messager et ce dernier traduit en protéine (Le Petit Robert 2013). C’est la raison pour laquelle je parle ici de traitement « naturel », dans le sens d’automatique, n’obéissant à aucune volonté propre ou connue, une sorte d’alchimie spatiale et temporelle conditionnée par une énergie originelle dont les plus grands astrophysiciens  et spécialistes de physique quantique n’ont pas encore pu définir la teneur. L’échelle qui va m’intéresser pourtant est l’échelle de l’être humain ; en effet, à ce niveau, s’opère une certaine rupture qui nécessite l’emploi de l’adjectif « raisonné ». En philosophie, un humain est un être doué de raison ce qui le distinguerait de l’animal. A mon sens il serait dangereux de croire que la raison peut prendre l’ascendant sur la nature « irrationnelle » ; la spécificité humaine ne peut être négligée mais elle ne doit en aucun cas se substituer au naturel. Les deux doivent cohabiter, la puissance de la raison doit accompagner cette force universelle qu’elle ne peut circonscrire ; peut-être peut-elle l’influencer mais l’humilité doit rester de rigueur si l’on ne veut pas être à l’origine d’une rupture d’équilibre dont les conséquences seraient difficilement prévisibles. Alors que dire d’un système plus complexe formé d’un agrégat de plusieurs être humains, une société en somme ; en espérant que tant d’individus raisonnables puissent s’associer pour le bien commun. Les informations à prendre en compte seraient d’ordre géopolitique, économique ou social ; le renseignement et les experts retiendraient les données pertinentes, les communiqueraient aux instances décisionnelles qui transcriraient ces analyses sous forme de nouvelles lois régissant le fonctionnement du groupe afin que celui ci puissent se développer de manière conséquente, c’est à dire toujours en poursuivant l’intérêt général dans le respect du naturel. On voit bien que c’est à l’échelon humain que l’on peut situer le moteur général du bouleversement du système global interconnecté. 
   En France et dans les sociétés capitalistes occidentales régies par un égocentrisme toujours plus prégnant, il semble judicieux de centrer la réflexion sur les ressorts du traitement de l’information chez chaque individu. Bien sûr il est totalement impossible d’être réellement exhaustif mais on pourra retenir quelques exemples assez évocateurs.    

Intelligence Artificielle et traitement de l’information

    A quel moment l’être humain peut être faillible lorsqu’il s’agit de traiter l’information ? A tout moment… Quelle que soit l’étape dans ce mécanisme, la subjectivité du sujet peut se faire jour ; en effet, en fonction de ses centres d’intérêt, de ses convictions, chaque individu va s’orienter vers certaines sources d’informations et pas d’autres. Ensuite, toujours en fonction de son système de valeur, il va choisir de discriminer les informations avant de choisir celles qu’il va intégrer à sa réflexion pour guider sa prise de décision et, surtout, sa mise en action avec l’application de celle-ci. On peut donc facilement imaginer qu’un certain nombre de facteurs puissent « faire dérailler » toute la chaîne complexe de décision : facteur psychologique, affectif ou même émotionnel. Autant de points difficiles à anticiper ;  sans parler de conditions pathologiques qui pourraient être reconnue très longtemps après une décision dont les effets pourraient être quasi immédiats. 
La tentation est donc forte de trouver un système infaillible, d’une rationalité à toute épreuve. C’est ce rêve qui est « vendu » avec l’avènement de l’IA et de l’importance toujours plus grande prise par les algorithmes permettant une prise de décision plus rapide exemptée de toutes les erreurs potentielles évoquées. 
Penser pouvoir éviter toutes les fautes possibles grâce à  l’IA est une illusion, c’est nier l’influence du programmeur qui retombe fatalement dans ses travers humains,  dans ses limites de jugement. Il est donc très  dangereux de parer une décision tout à fait humaine de l’apparence d’une décision résultant d’un processus de calcul infaillible  car issu de la machine. 
On pourrait qualifier ce procédé de « syndrome du magicien d’Oz » : une démonstration quasiment magique ne souffrant aucune contestation avec un architecte de chair et de sang s’afférant en coulisse… Reconnaissons toutefois l’efficacité de l’IA dans le domaine médical ou juridique ou le recoupement d’informations massives et précises est une des conditions principales d’efficience ; mais une nouvelle fois il y a toujours un chef d’orchestre humain qui précise les demandes et les critères de sélection.                                      Que dire aussi de ce fantasme (j’espère que cela en restera à ce stade) d’une IA forte capable d’apprendre seule et même de s’autogérer ; de nombreux spécialistes expliquent que nous en sommes loin et, de toute façon, quel que soit le mode opératoire ou la complexité des mécanismes, ils auront été conditionnés au préalable par un humain. Il est donc totalement illusoire de penser que tout cela sera une des réponses à nos limites. Nous allons juste faire face, à l’avenir, à des injonctions qui seront reconnues comme infaillibles alors qu’elles émanent en fait d’un être tout à fait faillible par essence… Un problème majeur émerge : on se prive, par ce procédé, de la possibilité de corriger une erreur dans un jugement qui sera reconnu comme incontestable par une machine. On se prive aussi d’une qualité typiquement humaine : l’instinct ; cette capacité à intégrer l’incertitude au processus décisionnel, la possibilité de la sérendipité ; cela serait la fin de l’erreur positive qui a maintes fois conditionné de grandes avancées empiriques.

Instinct, intuition, prospective et traitement de l’information.

    L’instinct comme « faculté naturelle de sentir de pressentir, de deviner » (le Petit Robert 2013) pourrait être une simple vitesse de réflexion qui dépasse l’entendement. Quelque chose qui n’est pas mesurable, donc qui semble inexistant. Une capacité à discriminer, à choisir les informations pertinentes dans l’instant et parfois inconsciemment. Un de ces concepts qui reste obscur parce que la science n’a pas encore réussi à l’expliquer, à s’en emparer. C’est là l’erreur des tenants d’un certain naturalisme qui s’imaginent que l’instinct est un don qui se révèlera en fonction des circonstances, or, je  pense que l’instinct se travaille, se cultive dans tous les domaines avec la passion de la décision réfléchie incessante. Tout doit être matière à réflexion : le moindre geste, le moindre mot, le ton, le moment choisi de l’action… Chaque geste est signifiant ; les gens le savent et le minorent ou ne le comprennent pas.  Cela ne me semble pas une qualité totale, elle est particulière pour chaque domaine. Cela pourrait expliquer le pouvoir parfois vu comme mystique de certaines personnes se disant « voyante » ou  autres « mentalistes » réputés capable de lire dans les pensées alors que dans ces deux cas il me semble qu’il s’agit tout simplement de la capacité surdéveloppée à saisir une information à lire un comportement, une réaction totalement insignifiante pour la majorité des individus.  
La grande question : quelle information dois-je juger indispensable pour déterminer ma prise de position et quel ordre de priorité et d’importance dans le traitement de ces informations, système complexe s’il en est. L’instinct devrait ainsi se former par la curiosité, l’intérêt (au sens d’attention) pour toute chose environnante. Passé le stade de la sidération occasionnée par une saturation d’informations, la capacité à prendre l’information juste se verra décuplée à force de répétition. Cela pourrait expliquer le génie de certains individus ayant des aptitudes de calcul extraordinaires ou capables de reproduire de manière picturale la complexité d’un paysage à la manière d’un photographe ; des êtres animés par une sorte d’obsession, de compétence infinie à se concentrer sur un domaine comme les chiffres ou la représentation d’objets.  
 Je définirais ici l’intuition comme une forme d’instinct qu’un être est capable d’inscrire dans un temps plus long et dans un espace plus étendu, qui ne se cantonne pas à une action directe voire soudaine mais plutôt qu’il est possible de mobiliser pour une prise de décision différée dans le temps, pour un enchainement d’actions. Cela appelle à une autre capacité de raisonnement toujours impossible à déterminer précisément mais qui conditionne l’intégration mentale de différents scénarios possible et cohérents tout en les triant instantanément pour retenir le plus plausible car intégrant le plus de variables. En admettant qu’il soit possible de mobiliser cette capacité sur un temps très long c’est à dire en étant capable de ne jamais dévier du réel ou réalisme, de ne jamais inclure dans le raisonnement de données « parasites », on trouve alors toutes les dispositions d’un esprit visionnaire capable d’anticiper jusqu’aux grandes évolutions systémiques mondiales. La prospective est alors d’une acuité rare et souvent déconcertante pour les contemporains. Certains intellectuels peuvent ainsi être critiqués, raillés voir méprisés de leur vivant avant que l’avenir ne leur donne raison. Le même processus peut d’ailleurs être identifié dans la démarche artistique.

Démarche artistique et traitement de l’information.

    On ne compte plus les références faites de nos jours aux œuvres d’Aldous Huxley ou de George Orwell qui semblent avoir su disséquer leur avenir et donc notre présent. On peut tout de même considérer que le risque intellectuel était moindre par rapport à un sociologue ou un philosophe car le roman fait passer une vision, une critique tout en permettant de se réclamer de la « simple » fiction ne nécessitant pas vérification. Je ne pense pas qu’il y ait là une quelconque forme de volonté de préservation pour ces individus dont l’œuvre littéraire ne se cantonne pas à cet unique domaine ; selon moi il est plutôt question de trouver le juste moyen d’expression pour se faire comprendre. Selon Umberto Eco « chaque écrivain raconte toujours une même obsession » ( Télérama en 2003) et, cité par Myriem Bouzaher dans la compagnie des auteurs du 05/10/2015 sur France culture, il disait : « tout auteur est un dieu désespéré qui espère recréer un jour le monde qui est la bible ». J’interprète cela comme la métaphore d’une volonté artistique de créer une fiction originelle regroupant tous les aspects du monde, à la manière d’Homer avec l’Iliade et l’Odyssée. Ecrire pour remodeler un monde qui lui serait étranger, non conforme à ses idéaux, ses principes ; réparer l’injustice du réel. Démarche que l’ont peut tout à fait retrouver chez un peintre ou un musicien. 
   Je vois dans l’acte de création au sens artistique du terme, la démarche de ceux qui  ont une lecture du monde particulière et cherche seulement à la retranscrire, à se faire comprendre en jouant d’un moyen d’expression atypique  en espérant trouver un interlocuteur bienveillant et surtout réceptif. Peut-être espèrent-ils que la singularité adoucisse le jugement ; je pense plutôt qu’ils n’en on pas le choix ; comme s’ils ne pouvaient pas exprimer leur monde intérieur d’une autre manière. Le désespoir gagnant nombre d’artistes comme Charles Baudelaire ou Vincent Van Gogh, n’ayant pas eu la reconnaissance escomptée à leur époque, pourrait s’expliquer par le sentiment d’être incompris ; comme s’ils étaient incapables de communiquer, de se faire entendre. Une rupture totale dans le passage de l’information, une analyse du monde qui ne serait pas reconnue à sa juste valeur.  D’où la nécessité viscérale pour certains d’obtenir le succès, preuve qu’ils seraient ainsi entendus. Par contre il est difficile de savoir si la démarche relève de l’exercice égocentré ou d’une volonté peut-être secrète de changer le monde. Ils ont bien sélectionné l’information, ont traduit leur vision à leur manière et la reconnaissance du public serait alors signe d’aboutissement de la démarche ? Mais quel objectif est poursuivi finalement?  On peut craindre que le « grand artiste » qui vit de son art ne soit un individu qui ait réussi à s’accommoder avec les malheurs du monde ou à y être devenu indifférent. Les messages sont subliminaux et l’action sur le réel paraît accessoire ou pas directement recherchée. A l’inverse des artistes qui lisent le monde et n’ont pas la prétention de le changer, certains individus ont non seulement cette prétention mais aussi ce pouvoir. Ce sont les politiciens au gouvernement dont toutes les décisions ont un impact direct sur nos conditions de vie. J’aimerai qu’ils s’en tiennent aux faits et au bon sens ; cependant, il est maintenant de notoriété publique que ces gens ne s’embarrassent même plus de la vérité factuelle.    

Politique, écologie et traitement de l’information

   Voilà mon analyse concernant la chaîne de traitement de l’information qui va des constats d’experts souvent en lien avec le personnel politique au pouvoir jusqu’au citoyen lambda, dont je fais partie, en passant par le prisme de lecture des organismes médiatiques.
     Il serait bien inutile de mettre en cause les compétences des experts divers et variés choisis par les instances gouvernementales afin de dresser les constats nécessaires à leur prise de décision. Les résultats des différentes études sont souvent très pertinents et difficilement contestables compte tenu du temps et des moyens consacrés. Cependant les premiers doutes peuvent naître dès cette étape ; tous ces experts tiennent à mettre en avant leur indépendance cependant entre amitiés plus ou moins connues, autocensure pour préserver sa carrière et volonté de se faire bien voir du pouvoir, les motifs de biais ne manquent pas. Deux exemples parlants peuvent illustrer cela ; tout d’abord le rapport CAP 2022 contesté par certains membres du comité de rédaction et même qualifié de « jeu de dupes » comme le rapporte Médiapart à ce propos[1]ou encore les propres garants du grand débat qui émettent des réserves quant à la pertinence du déroulement de l’exercice[2]. On voit déjà que les motifs de réserve quant à la totale objectivité sont bien présents. 
    Les informations présentes dans les différents rapports sont alors reçues par les décideurs publics qui vont alors choisir de distiller des éléments de langage sur les différents plateaux de télévision.  D’ailleurs il y a toujours cette figure imposée du député de la majorité bien intentionné qui explique qu’il ne va pas s’étendre sur un sujet trop « technique » qui troublerait sinon le téléspectateur ou le lecteur sans doute trop idiot pour comprendre. A mon sens deux interprétations sont possibles : ce député ne maîtrise pas lui même ce domaine et doit disserter sans aucune compétence réelle en la matière ou bien le sujet est par essence problématique et il essaie d’épurer un discours qui ne pourrait être toléré par un citoyen soucieux de l’intérêt général. 
      A ce stade, impossible de parler de traitement de l’information sans évoquer les Médias.  Pour ce qui est des médias dominants, ils se meuvent, lorsqu’il y a péril en la demeure élyséenne, en porte parole du gouvernement. Par exemple lors  de la restitution des conclusions du grand débat où la parole du gouvernement a été rapportée pendant toute la semaine suivant la restitution des conclusions du premier ministre sans jamais mettre en doute la vérité déformée des chiffres avancés (à l’exception du Monde qui a sorti un article dès le lendemain) ou lorsque certaines chaînes de télévision ont eu un comportement plus que douteux dans le traitement des images pendant les manifestations des gilets jaunes (pancarte effacée sur France 3[3], problème de localisation des images sur BFMTV[4]) ; ou encore la focale mise sur les « dérapages » minoritaires de ces manifestants ou les fausses nouvelles macronistes répertoriées sur le site Les Crises[5]dans le but de discréditer tout le mouvement. Chose assez paradoxale lorsque l’on sait que tous les éditorialistes « mainstream » bondissent souvent et appellent à la caricature lorsqu’un citoyen évoque le phénomène du « tous pourris » pour caractériser les politiques ou les journalistes. En somme, ils ne s’appliquent même pas cette honnêteté intellectuelle qu’ils réclament aux autres… Sans la complicité, peut-être inconsciente pour certains (accordons le bénéfice du doute) mais réelle, aucune possibilité d’allumer des contre feux médiatiques ou de lancer des ballons d’essai pour tester l’opinion de manière grossière. Peut-être ces professionnels s’accommodent-ils d’un haut degré d’injustice pour protéger ce système qui les nourrit. Que cela se fasse n’est pas illégal, mais le rôle des médias devrait être de toujours décrypter les agissements et actions des instances gouvernementales pour que nous puissions agir et voter ou non en réelle connaissance de cause. J’invite d’ailleurs vivement, pour ceux qui ne l’auraient pas encore fait à visionner le documentaire de Serge Halimi, Les nouveaux chiens de garde et à lire les ouvrages Crépuscules (Au diable Vauvert) et Les réseaux secrets de Macron  (Stock) de Juan Branco et Marc Endeweld.
      Donc, passées au tamis des experts, des politiques puis des médias, certaines informations sensibles partiellement ou totalement déformées arrivent alors jusqu’au citoyen qui pourra analyser les données, en tirer ses propres conclusions et éventuellement contester ; pourtant rien ne changera plus car tout s’est joué en amont… de toute façon, avec un tel traitement, il est illusoire de croire que le concitoyen français va être informé de manière honnête, c’est à dire de façon la plus objective possible au moins sur le déroulement des faits. On peut résumer ainsi : le gouvernement prend des décisions quant à notre avenir en s’appuyant sur des analyses d’experts qu’ils ont eux-mêmes mandatés, selon un agenda qu’il leur est propre en choisissant de nous distiller par l’intermédiaire des médias traditionnels, généralement complaisants, les conclusions sans appels de leur réflexion et les actions qui en découlent. Il y a donc une manière assez cynique de faire croire que l’opinion publique compte tout en la façonnant insidieusement par le mensonge ou au moins la manipulation. On peut aussi ajouter la rétention d’information comme cela a été de nouveau démontré par Médiapart suite à l’incendie de Notre Dame : une pollution au plomb qui explose toutes les normes sanitaires et dont les riverains n’ont même pas été informés alors que leur vie est directement en jeu[6]. Il ne semble pas excessif dans ce cas de parler d’Etat criminel.
Pour être juste, reconnaissons que certains journalistes des médias à « grande visibilité », que ce soit sur le service publique ou dans les rédactions de groupe de presse détenus par des intérêts privés, montrent une grande éthique de travail. Par exemple Elise Lucet sur France 2 dont  les enquêtes sont réellement d’utilité publique ou encore Ariane Chemin à l’origine des premières révélations sur l’affaire Benalla ; ce qui lui a d’ailleurs valu une convocation par la DGSI. IL ne faut donc pas faire de généralité et on peut espérer que certains éditorialistes se découvriront ou retrouveront enfin une éthique personnelle et professionnelle naissante ou abandonnée depuis longtemps.   
D’ailleurs personne ne peut revendiquer une totale objectivité mais on peut regretter une forme de distorsion du réel par manque de pluralisme des opinions sur les médias traditionnels. Il semble exister un déséquilibre clair qui penche toujours vers le discours dominant.  Heureusement il existe d’autres moyens de s’informer s’il on veut avoir un éclairage différent, nombre de médias indépendants ou alternatifs font un travail remarquables. Sans être exhaustif je citerais pour la presse écrite : Le Canard enchainé, le Monde diplomatique et le Journal de la décroissance ; pour les sites internet : Acrimed, Les crises, Médiapart  et Lundimatin et enfin pour les webtélés : le Média, Thinkerview, l’émission de débat de Frédérique Taddeï sur RT : « Interdit d’interdire » et le nouveau projet d'Aude Lancelin: QG.  Je pense que pour avoir une vision claire, il est nécessaire de s’appuyer sur ces médias alternatifs mais il est indispensable de ne pas se couper des médias traditionnels pour garder une image nette du discours dominant. Le Figaro, le Monde, Libération, le Point, L’Obs, l’Express, le Parisien, le Journal du Dimanche, La tribune, les Echos, LCI, Cnews, France 2, TF1, BFMTV… sont autant de témoins précieux ; et, pour les plus rigoureux, il est même nécessaire de garder un œil sur d’autres  titres aussi riches en enseignement pour qui veut balayer assez largement le spectre des idéologies qui traversent notre société : Causeurs et Valeurs actuelles.
    Petite précision concernant le concept de discours dominant. Je le définirais comme la répétition incessante et impossible à critiquer, sous peine d’être taxé d’ignorant ou d’utopiste, de la litanie progressiste appuyée sur l’unique possibilité de l’économie de marché et de l’idéologie libérale appliquée à tous les aspects de la société. Ce type de discours, surtout pour le versant économique, est le reflet de la relation incestueuse entretenue entre les « mondes » médiatiques, financiers et politiques. Ceux-ci devraient évoluer indépendamment les uns des autres avec des contacts toujours mesurés au lieu de s’entremêler comme c’est le cas actuellement. Pour ceux qui auraient encore quelques doutes, il suffit d’avoir une approche très factuelle en notant plusieurs informations déjà bien connues. Tout d’abord le fait qu’une dizaine de milliardaires possède la plus grande partie des médias d’influence français[7] ; comment oser avancer ensuite que ces émissions de télévision, ces journaux et ces radios feraient preuve d’une totale objectivité et pourraient être réellement critiques envers leurs propres patrons ainsi que leurs réseaux? Ensuite, l’existence  de réunions  que ce soit à l’échelon national avec les « dîners du Siècle » qui réunissent régulièrement patrons du CAC 40, bureaucrates, politiciens de tous bords et décideurs médiatiques comme en témoigne le Monde diplomatique [8] ; ou à l’échelon international avec les fameuses rencontres du groupe Bilderberg[9]où se retrouvent décideurs politiques et patrons de grands groupes internationaux, et comme l’explique Thierry de Montbrial qui en a fait partie pendant près de quarante ans cité par Les Echos[10], « l’objectif  était de former un cercle d’influence puissant dans les domaines économique et financier, pour faire face à la menace communiste ». On se doute que l’objectif a évolué avec le passage du temps mais on peut se douter que le but n’est  pas de concourir à l’amélioration des conditions de vie des travailleurs précaires…  Bien sûr il n’y a toujours rien d’illégal dans ces différentes démarches et il me semble qu’il s’agit tout simplement d’échanges entre individus partageant des convictions proches et voulant préserver des intérêts privés convergents ; je questionnerais plutôt la moralité dans ce cas, l’éthique et l’honnêteté d’un personnel politique censé protéger avant tout le bien commun et assurer les meilleurs conditions de vie à sa population. En tant que citoyen français, comment est-il possible d’espérer quoi que ce soit de nos élites politiques plus occupées à développer ad vitam eternam l’économie de marché et à entretenir de bonnes relations avec les grands patrons alors que le système capitaliste mondial a déjà donné toutes les preuves d’une incapacité totale à prendre en considération les problèmes majeurs des inégalités et de préservation des écosytèmes.      

    Maintenant, pour illustrer ce que je qualifie de distorsion du réel, prenons un exemple concret de politique générale en France, associée à la question du nucléaire. Problème qui engage directement notre futur car il y a un impact écologique direct et il permet de démontrer largement la mauvaise foi et l’irresponsabilité de nos gouvernants. 
    Première information : un gouvernement qui ne jure que par les nouvelles technologies et la numérisation de la majorité des services comme le démontre ce fameux fond d’investissement censé être alimenté par la vente d’ADP à hauteur de 11 milliards d’euros. Nous pouvons facilement en conclure que pour assurer un avenir technologique basé sur l’IA, le tout électrique, le développement des réseaux 5G, la dématérialisation, la robotisation et j’en passe, la demande en énergie électrique va exploser.
    Deuxième information : avec l’arrêt des dernières centrales à charbon, la sortie du nucléaire devenu réduction du nucléaire et l’incapacité pour les sources d’énergie renouvelable (hydraulique, éolienne, solaire, géothermique, houlomotrice, marémotrice ou issue de la biomasse) de remplacer à court terme ces deux sources d’énergie[11], il semble impossible de répondre à une importante hausse de la demande. 
    Troisième information : des installations nucléaires dont la sécurité laisse à désirer comme le montrent les intrusions sur site réalisées par des activistes[12], l’incapacité d’EDF à tenir ses engagements, notamment sur l’EPR de Flamanville avec les trop régulières mises en cause par l’Autorité de la Sureté Nucléaire (cuve défectueuse en 2015[13], soudures en 2019[14]) et plus grave encore les signes de contamination relevés récemment sur notre territoire dans la Loire[15]. 
    Quatrième information : les aléas climatiques et géologiques qui rendent de plus en plus fréquentes les catastrophes naturelles ayant un impact direct sur des sites sensibles ; la sécheresse qui rend difficile le refroidissement des réacteurs par manque d’eau et nécessite parfois l’arrêt des centrales[16]au moment où la demande énergétique est accrue pour l’utilisation des ventilateurs, de la climatisation et autres ustensiles de refroidissement[17] ; les séismes qui pourrait fragiliser directement les structures[18]ou encore  les variations de température toujours plus importantes vers les extrêmes ce qui ne peut que mettre en cause l’intégrité du réseau dans son ensemble. Pour cela aucun besoin d’expertise il s’agit de mécanique de base ; tout matériau avec ses caractéristiques propres à un seuil de résistance à la contrainte, que ce soit en terme de température ou de pression subie. Le RTE est d’ailleurs souvent obligé de rassurer à ce propos[19]même si l’été il est de moins en moins rare de voir des panneaux électriques prendre feu comme à la gare Montparnasse.  
  Cinquième information : le problème de l’enfouissement qui n’a toujours pas été tranché et l’impossibilité de prévoir les conséquences géologiques et environnementales à long terme. 
   Sixième information : la distribution de pastilles d’iode dès septembre 2019 dans les communes à proximité des 19 centrales exploitées par EDF dans un rayon de 20 km au lieu de 10 km auparavant. Le Point rappelle d’ailleurs que « la prise d’iode stable permet de protéger la thyroïde contre les effets des rejets d’iode radioactif qui peuvent intervenir en cas d’accident nucléaire »[20]. S’il était possible d’avoir des doutes quant aux risques énoncés dans les informations précédentes, je pense qu’ils sont ici levés… 
    Il suffit de recouper ces différentes informations pour avoir un tableau général assez affligeant : compte tenu de l’instabilité du climat, nous avons un gouvernement incapable de prévoir l’ampleur des catastrophes à venir, incapable donc de garantir la sécurité de ses citoyens sans une sortie rapide du nucléaire, incapable de garantir une offre énergétique accrue à court terme et pourtant qui ose nous vendre ce coup de communication, ce mirage technologique visant à faire rêver le crédule. Il s’agit d’un cas d’école d’injonction paradoxale ; une simple question d’objectifs en inadéquation totale avec les ressources disponibles d’énergie. Ce constat devrait frapper tout le monde cependant, il n’est quasiment jamais évoqué…
  
    Pour tout individu appartenant à la masse des représentés sans droit à la parole directe, il est nécessaire de retrouver une qualité de citoyen responsable, au sens platonicien du terme, c’est à dire qui voudrait  d’une manière ou d’une autre œuvrer pour le bien de la cité, de son pays, pour l’intérêt général. Il y a urgence pour les gens comme moi, qui sont encore, pour le moment, attachés au rôle de l’Etat qui ne doit en aucun cas abandonner son rôle de protection de nos concitoyens, sa mission de service public de santé, d’éducation et de sécurité plus générale ; il faut pour cela être réellement informé et cette bataille pour l’information juste est tout simplement vitale.


P.M.




Pourquoi je ne voterai pas à l’élection présidentielle de 2022

Dimanche 10 avril 2022 je ne serai pas en déplacement, j’aurai la capacité de me rendre au bureau de vote, je ne me désintéresse pas du tout...