mardi 9 juillet 2019

Traitement raisonné et naturel de l’information : essence de tout processus vital.

Cette réflexion est tout à fait personnelle et ne repose sur aucune expertise. Il est plus question d’intuition et de spéculation que de connaissances pointues, ce qui rend cet écrit parfaitement critiquable et sans aucun doute contestable.

     J’entends ici par « processus vital », tout mécanisme nécessaire à l’émergence, au maintien en équilibre et à la transmission de la vie ; que ce soit au niveau physiologique, biologique, social ou même politique. A toutes ces échelles nous pouvons nous rendre compte de l’importance du « traitement de l’information ». On peut définir cette notion comme l’exploitation d’un certains nombres de données nécessaires à l’élaboration d’un plan d’action en prise directe avec le réel, le monde matériel. Pour cela plusieurs étapes sont indispensables ; tout d’abord il s’agit d’accéder aux informations, ensuite de choisir de manière pertinente le ou les informations utiles, puis de les intégrer au système afin que celui-ci puisse finalement assurer son développement et engendrer une forme de transmission et de continuité. Ces mêmes informations ainsi modifiées s’inscrivent alors dans un nouveau système plus complexe. L’un des meilleurs exemple se trouve au niveau cellulaire avec l’expression génétique qui correspond à l’ensemble des processus par lesquels un gène est transcrit en ARN messager et ce dernier traduit en protéine (Le Petit Robert 2013). C’est la raison pour laquelle je parle ici de traitement « naturel », dans le sens d’automatique, n’obéissant à aucune volonté propre ou connue, une sorte d’alchimie spatiale et temporelle conditionnée par une énergie originelle dont les plus grands astrophysiciens  et spécialistes de physique quantique n’ont pas encore pu définir la teneur. L’échelle qui va m’intéresser pourtant est l’échelle de l’être humain ; en effet, à ce niveau, s’opère une certaine rupture qui nécessite l’emploi de l’adjectif « raisonné ». En philosophie, un humain est un être doué de raison ce qui le distinguerait de l’animal. A mon sens il serait dangereux de croire que la raison peut prendre l’ascendant sur la nature « irrationnelle » ; la spécificité humaine ne peut être négligée mais elle ne doit en aucun cas se substituer au naturel. Les deux doivent cohabiter, la puissance de la raison doit accompagner cette force universelle qu’elle ne peut circonscrire ; peut-être peut-elle l’influencer mais l’humilité doit rester de rigueur si l’on ne veut pas être à l’origine d’une rupture d’équilibre dont les conséquences seraient difficilement prévisibles. Alors que dire d’un système plus complexe formé d’un agrégat de plusieurs être humains, une société en somme ; en espérant que tant d’individus raisonnables puissent s’associer pour le bien commun. Les informations à prendre en compte seraient d’ordre géopolitique, économique ou social ; le renseignement et les experts retiendraient les données pertinentes, les communiqueraient aux instances décisionnelles qui transcriraient ces analyses sous forme de nouvelles lois régissant le fonctionnement du groupe afin que celui ci puissent se développer de manière conséquente, c’est à dire toujours en poursuivant l’intérêt général dans le respect du naturel. On voit bien que c’est à l’échelon humain que l’on peut situer le moteur général du bouleversement du système global interconnecté. 
   En France et dans les sociétés capitalistes occidentales régies par un égocentrisme toujours plus prégnant, il semble judicieux de centrer la réflexion sur les ressorts du traitement de l’information chez chaque individu. Bien sûr il est totalement impossible d’être réellement exhaustif mais on pourra retenir quelques exemples assez évocateurs.    

Intelligence Artificielle et traitement de l’information

    A quel moment l’être humain peut être faillible lorsqu’il s’agit de traiter l’information ? A tout moment… Quelle que soit l’étape dans ce mécanisme, la subjectivité du sujet peut se faire jour ; en effet, en fonction de ses centres d’intérêt, de ses convictions, chaque individu va s’orienter vers certaines sources d’informations et pas d’autres. Ensuite, toujours en fonction de son système de valeur, il va choisir de discriminer les informations avant de choisir celles qu’il va intégrer à sa réflexion pour guider sa prise de décision et, surtout, sa mise en action avec l’application de celle-ci. On peut donc facilement imaginer qu’un certain nombre de facteurs puissent « faire dérailler » toute la chaîne complexe de décision : facteur psychologique, affectif ou même émotionnel. Autant de points difficiles à anticiper ;  sans parler de conditions pathologiques qui pourraient être reconnue très longtemps après une décision dont les effets pourraient être quasi immédiats. 
La tentation est donc forte de trouver un système infaillible, d’une rationalité à toute épreuve. C’est ce rêve qui est « vendu » avec l’avènement de l’IA et de l’importance toujours plus grande prise par les algorithmes permettant une prise de décision plus rapide exemptée de toutes les erreurs potentielles évoquées. 
Penser pouvoir éviter toutes les fautes possibles grâce à  l’IA est une illusion, c’est nier l’influence du programmeur qui retombe fatalement dans ses travers humains,  dans ses limites de jugement. Il est donc très  dangereux de parer une décision tout à fait humaine de l’apparence d’une décision résultant d’un processus de calcul infaillible  car issu de la machine. 
On pourrait qualifier ce procédé de « syndrome du magicien d’Oz » : une démonstration quasiment magique ne souffrant aucune contestation avec un architecte de chair et de sang s’afférant en coulisse… Reconnaissons toutefois l’efficacité de l’IA dans le domaine médical ou juridique ou le recoupement d’informations massives et précises est une des conditions principales d’efficience ; mais une nouvelle fois il y a toujours un chef d’orchestre humain qui précise les demandes et les critères de sélection.                                      Que dire aussi de ce fantasme (j’espère que cela en restera à ce stade) d’une IA forte capable d’apprendre seule et même de s’autogérer ; de nombreux spécialistes expliquent que nous en sommes loin et, de toute façon, quel que soit le mode opératoire ou la complexité des mécanismes, ils auront été conditionnés au préalable par un humain. Il est donc totalement illusoire de penser que tout cela sera une des réponses à nos limites. Nous allons juste faire face, à l’avenir, à des injonctions qui seront reconnues comme infaillibles alors qu’elles émanent en fait d’un être tout à fait faillible par essence… Un problème majeur émerge : on se prive, par ce procédé, de la possibilité de corriger une erreur dans un jugement qui sera reconnu comme incontestable par une machine. On se prive aussi d’une qualité typiquement humaine : l’instinct ; cette capacité à intégrer l’incertitude au processus décisionnel, la possibilité de la sérendipité ; cela serait la fin de l’erreur positive qui a maintes fois conditionné de grandes avancées empiriques.

Instinct, intuition, prospective et traitement de l’information.

    L’instinct comme « faculté naturelle de sentir de pressentir, de deviner » (le Petit Robert 2013) pourrait être une simple vitesse de réflexion qui dépasse l’entendement. Quelque chose qui n’est pas mesurable, donc qui semble inexistant. Une capacité à discriminer, à choisir les informations pertinentes dans l’instant et parfois inconsciemment. Un de ces concepts qui reste obscur parce que la science n’a pas encore réussi à l’expliquer, à s’en emparer. C’est là l’erreur des tenants d’un certain naturalisme qui s’imaginent que l’instinct est un don qui se révèlera en fonction des circonstances, or, je  pense que l’instinct se travaille, se cultive dans tous les domaines avec la passion de la décision réfléchie incessante. Tout doit être matière à réflexion : le moindre geste, le moindre mot, le ton, le moment choisi de l’action… Chaque geste est signifiant ; les gens le savent et le minorent ou ne le comprennent pas.  Cela ne me semble pas une qualité totale, elle est particulière pour chaque domaine. Cela pourrait expliquer le pouvoir parfois vu comme mystique de certaines personnes se disant « voyante » ou  autres « mentalistes » réputés capable de lire dans les pensées alors que dans ces deux cas il me semble qu’il s’agit tout simplement de la capacité surdéveloppée à saisir une information à lire un comportement, une réaction totalement insignifiante pour la majorité des individus.  
La grande question : quelle information dois-je juger indispensable pour déterminer ma prise de position et quel ordre de priorité et d’importance dans le traitement de ces informations, système complexe s’il en est. L’instinct devrait ainsi se former par la curiosité, l’intérêt (au sens d’attention) pour toute chose environnante. Passé le stade de la sidération occasionnée par une saturation d’informations, la capacité à prendre l’information juste se verra décuplée à force de répétition. Cela pourrait expliquer le génie de certains individus ayant des aptitudes de calcul extraordinaires ou capables de reproduire de manière picturale la complexité d’un paysage à la manière d’un photographe ; des êtres animés par une sorte d’obsession, de compétence infinie à se concentrer sur un domaine comme les chiffres ou la représentation d’objets.  
 Je définirais ici l’intuition comme une forme d’instinct qu’un être est capable d’inscrire dans un temps plus long et dans un espace plus étendu, qui ne se cantonne pas à une action directe voire soudaine mais plutôt qu’il est possible de mobiliser pour une prise de décision différée dans le temps, pour un enchainement d’actions. Cela appelle à une autre capacité de raisonnement toujours impossible à déterminer précisément mais qui conditionne l’intégration mentale de différents scénarios possible et cohérents tout en les triant instantanément pour retenir le plus plausible car intégrant le plus de variables. En admettant qu’il soit possible de mobiliser cette capacité sur un temps très long c’est à dire en étant capable de ne jamais dévier du réel ou réalisme, de ne jamais inclure dans le raisonnement de données « parasites », on trouve alors toutes les dispositions d’un esprit visionnaire capable d’anticiper jusqu’aux grandes évolutions systémiques mondiales. La prospective est alors d’une acuité rare et souvent déconcertante pour les contemporains. Certains intellectuels peuvent ainsi être critiqués, raillés voir méprisés de leur vivant avant que l’avenir ne leur donne raison. Le même processus peut d’ailleurs être identifié dans la démarche artistique.

Démarche artistique et traitement de l’information.

    On ne compte plus les références faites de nos jours aux œuvres d’Aldous Huxley ou de George Orwell qui semblent avoir su disséquer leur avenir et donc notre présent. On peut tout de même considérer que le risque intellectuel était moindre par rapport à un sociologue ou un philosophe car le roman fait passer une vision, une critique tout en permettant de se réclamer de la « simple » fiction ne nécessitant pas vérification. Je ne pense pas qu’il y ait là une quelconque forme de volonté de préservation pour ces individus dont l’œuvre littéraire ne se cantonne pas à cet unique domaine ; selon moi il est plutôt question de trouver le juste moyen d’expression pour se faire comprendre. Selon Umberto Eco « chaque écrivain raconte toujours une même obsession » ( Télérama en 2003) et, cité par Myriem Bouzaher dans la compagnie des auteurs du 05/10/2015 sur France culture, il disait : « tout auteur est un dieu désespéré qui espère recréer un jour le monde qui est la bible ». J’interprète cela comme la métaphore d’une volonté artistique de créer une fiction originelle regroupant tous les aspects du monde, à la manière d’Homer avec l’Iliade et l’Odyssée. Ecrire pour remodeler un monde qui lui serait étranger, non conforme à ses idéaux, ses principes ; réparer l’injustice du réel. Démarche que l’ont peut tout à fait retrouver chez un peintre ou un musicien. 
   Je vois dans l’acte de création au sens artistique du terme, la démarche de ceux qui  ont une lecture du monde particulière et cherche seulement à la retranscrire, à se faire comprendre en jouant d’un moyen d’expression atypique  en espérant trouver un interlocuteur bienveillant et surtout réceptif. Peut-être espèrent-ils que la singularité adoucisse le jugement ; je pense plutôt qu’ils n’en on pas le choix ; comme s’ils ne pouvaient pas exprimer leur monde intérieur d’une autre manière. Le désespoir gagnant nombre d’artistes comme Charles Baudelaire ou Vincent Van Gogh, n’ayant pas eu la reconnaissance escomptée à leur époque, pourrait s’expliquer par le sentiment d’être incompris ; comme s’ils étaient incapables de communiquer, de se faire entendre. Une rupture totale dans le passage de l’information, une analyse du monde qui ne serait pas reconnue à sa juste valeur.  D’où la nécessité viscérale pour certains d’obtenir le succès, preuve qu’ils seraient ainsi entendus. Par contre il est difficile de savoir si la démarche relève de l’exercice égocentré ou d’une volonté peut-être secrète de changer le monde. Ils ont bien sélectionné l’information, ont traduit leur vision à leur manière et la reconnaissance du public serait alors signe d’aboutissement de la démarche ? Mais quel objectif est poursuivi finalement?  On peut craindre que le « grand artiste » qui vit de son art ne soit un individu qui ait réussi à s’accommoder avec les malheurs du monde ou à y être devenu indifférent. Les messages sont subliminaux et l’action sur le réel paraît accessoire ou pas directement recherchée. A l’inverse des artistes qui lisent le monde et n’ont pas la prétention de le changer, certains individus ont non seulement cette prétention mais aussi ce pouvoir. Ce sont les politiciens au gouvernement dont toutes les décisions ont un impact direct sur nos conditions de vie. J’aimerai qu’ils s’en tiennent aux faits et au bon sens ; cependant, il est maintenant de notoriété publique que ces gens ne s’embarrassent même plus de la vérité factuelle.    

Politique, écologie et traitement de l’information

   Voilà mon analyse concernant la chaîne de traitement de l’information qui va des constats d’experts souvent en lien avec le personnel politique au pouvoir jusqu’au citoyen lambda, dont je fais partie, en passant par le prisme de lecture des organismes médiatiques.
     Il serait bien inutile de mettre en cause les compétences des experts divers et variés choisis par les instances gouvernementales afin de dresser les constats nécessaires à leur prise de décision. Les résultats des différentes études sont souvent très pertinents et difficilement contestables compte tenu du temps et des moyens consacrés. Cependant les premiers doutes peuvent naître dès cette étape ; tous ces experts tiennent à mettre en avant leur indépendance cependant entre amitiés plus ou moins connues, autocensure pour préserver sa carrière et volonté de se faire bien voir du pouvoir, les motifs de biais ne manquent pas. Deux exemples parlants peuvent illustrer cela ; tout d’abord le rapport CAP 2022 contesté par certains membres du comité de rédaction et même qualifié de « jeu de dupes » comme le rapporte Médiapart à ce propos[1]ou encore les propres garants du grand débat qui émettent des réserves quant à la pertinence du déroulement de l’exercice[2]. On voit déjà que les motifs de réserve quant à la totale objectivité sont bien présents. 
    Les informations présentes dans les différents rapports sont alors reçues par les décideurs publics qui vont alors choisir de distiller des éléments de langage sur les différents plateaux de télévision.  D’ailleurs il y a toujours cette figure imposée du député de la majorité bien intentionné qui explique qu’il ne va pas s’étendre sur un sujet trop « technique » qui troublerait sinon le téléspectateur ou le lecteur sans doute trop idiot pour comprendre. A mon sens deux interprétations sont possibles : ce député ne maîtrise pas lui même ce domaine et doit disserter sans aucune compétence réelle en la matière ou bien le sujet est par essence problématique et il essaie d’épurer un discours qui ne pourrait être toléré par un citoyen soucieux de l’intérêt général. 
      A ce stade, impossible de parler de traitement de l’information sans évoquer les Médias.  Pour ce qui est des médias dominants, ils se meuvent, lorsqu’il y a péril en la demeure élyséenne, en porte parole du gouvernement. Par exemple lors  de la restitution des conclusions du grand débat où la parole du gouvernement a été rapportée pendant toute la semaine suivant la restitution des conclusions du premier ministre sans jamais mettre en doute la vérité déformée des chiffres avancés (à l’exception du Monde qui a sorti un article dès le lendemain) ou lorsque certaines chaînes de télévision ont eu un comportement plus que douteux dans le traitement des images pendant les manifestations des gilets jaunes (pancarte effacée sur France 3[3], problème de localisation des images sur BFMTV[4]) ; ou encore la focale mise sur les « dérapages » minoritaires de ces manifestants ou les fausses nouvelles macronistes répertoriées sur le site Les Crises[5]dans le but de discréditer tout le mouvement. Chose assez paradoxale lorsque l’on sait que tous les éditorialistes « mainstream » bondissent souvent et appellent à la caricature lorsqu’un citoyen évoque le phénomène du « tous pourris » pour caractériser les politiques ou les journalistes. En somme, ils ne s’appliquent même pas cette honnêteté intellectuelle qu’ils réclament aux autres… Sans la complicité, peut-être inconsciente pour certains (accordons le bénéfice du doute) mais réelle, aucune possibilité d’allumer des contre feux médiatiques ou de lancer des ballons d’essai pour tester l’opinion de manière grossière. Peut-être ces professionnels s’accommodent-ils d’un haut degré d’injustice pour protéger ce système qui les nourrit. Que cela se fasse n’est pas illégal, mais le rôle des médias devrait être de toujours décrypter les agissements et actions des instances gouvernementales pour que nous puissions agir et voter ou non en réelle connaissance de cause. J’invite d’ailleurs vivement, pour ceux qui ne l’auraient pas encore fait à visionner le documentaire de Serge Halimi, Les nouveaux chiens de garde et à lire les ouvrages Crépuscules (Au diable Vauvert) et Les réseaux secrets de Macron  (Stock) de Juan Branco et Marc Endeweld.
      Donc, passées au tamis des experts, des politiques puis des médias, certaines informations sensibles partiellement ou totalement déformées arrivent alors jusqu’au citoyen qui pourra analyser les données, en tirer ses propres conclusions et éventuellement contester ; pourtant rien ne changera plus car tout s’est joué en amont… de toute façon, avec un tel traitement, il est illusoire de croire que le concitoyen français va être informé de manière honnête, c’est à dire de façon la plus objective possible au moins sur le déroulement des faits. On peut résumer ainsi : le gouvernement prend des décisions quant à notre avenir en s’appuyant sur des analyses d’experts qu’ils ont eux-mêmes mandatés, selon un agenda qu’il leur est propre en choisissant de nous distiller par l’intermédiaire des médias traditionnels, généralement complaisants, les conclusions sans appels de leur réflexion et les actions qui en découlent. Il y a donc une manière assez cynique de faire croire que l’opinion publique compte tout en la façonnant insidieusement par le mensonge ou au moins la manipulation. On peut aussi ajouter la rétention d’information comme cela a été de nouveau démontré par Médiapart suite à l’incendie de Notre Dame : une pollution au plomb qui explose toutes les normes sanitaires et dont les riverains n’ont même pas été informés alors que leur vie est directement en jeu[6]. Il ne semble pas excessif dans ce cas de parler d’Etat criminel.
Pour être juste, reconnaissons que certains journalistes des médias à « grande visibilité », que ce soit sur le service publique ou dans les rédactions de groupe de presse détenus par des intérêts privés, montrent une grande éthique de travail. Par exemple Elise Lucet sur France 2 dont  les enquêtes sont réellement d’utilité publique ou encore Ariane Chemin à l’origine des premières révélations sur l’affaire Benalla ; ce qui lui a d’ailleurs valu une convocation par la DGSI. IL ne faut donc pas faire de généralité et on peut espérer que certains éditorialistes se découvriront ou retrouveront enfin une éthique personnelle et professionnelle naissante ou abandonnée depuis longtemps.   
D’ailleurs personne ne peut revendiquer une totale objectivité mais on peut regretter une forme de distorsion du réel par manque de pluralisme des opinions sur les médias traditionnels. Il semble exister un déséquilibre clair qui penche toujours vers le discours dominant.  Heureusement il existe d’autres moyens de s’informer s’il on veut avoir un éclairage différent, nombre de médias indépendants ou alternatifs font un travail remarquables. Sans être exhaustif je citerais pour la presse écrite : Le Canard enchainé, le Monde diplomatique et le Journal de la décroissance ; pour les sites internet : Acrimed, Les crises, Médiapart  et Lundimatin et enfin pour les webtélés : le Média, Thinkerview, l’émission de débat de Frédérique Taddeï sur RT : « Interdit d’interdire » et le nouveau projet d'Aude Lancelin: QG.  Je pense que pour avoir une vision claire, il est nécessaire de s’appuyer sur ces médias alternatifs mais il est indispensable de ne pas se couper des médias traditionnels pour garder une image nette du discours dominant. Le Figaro, le Monde, Libération, le Point, L’Obs, l’Express, le Parisien, le Journal du Dimanche, La tribune, les Echos, LCI, Cnews, France 2, TF1, BFMTV… sont autant de témoins précieux ; et, pour les plus rigoureux, il est même nécessaire de garder un œil sur d’autres  titres aussi riches en enseignement pour qui veut balayer assez largement le spectre des idéologies qui traversent notre société : Causeurs et Valeurs actuelles.
    Petite précision concernant le concept de discours dominant. Je le définirais comme la répétition incessante et impossible à critiquer, sous peine d’être taxé d’ignorant ou d’utopiste, de la litanie progressiste appuyée sur l’unique possibilité de l’économie de marché et de l’idéologie libérale appliquée à tous les aspects de la société. Ce type de discours, surtout pour le versant économique, est le reflet de la relation incestueuse entretenue entre les « mondes » médiatiques, financiers et politiques. Ceux-ci devraient évoluer indépendamment les uns des autres avec des contacts toujours mesurés au lieu de s’entremêler comme c’est le cas actuellement. Pour ceux qui auraient encore quelques doutes, il suffit d’avoir une approche très factuelle en notant plusieurs informations déjà bien connues. Tout d’abord le fait qu’une dizaine de milliardaires possède la plus grande partie des médias d’influence français[7] ; comment oser avancer ensuite que ces émissions de télévision, ces journaux et ces radios feraient preuve d’une totale objectivité et pourraient être réellement critiques envers leurs propres patrons ainsi que leurs réseaux? Ensuite, l’existence  de réunions  que ce soit à l’échelon national avec les « dîners du Siècle » qui réunissent régulièrement patrons du CAC 40, bureaucrates, politiciens de tous bords et décideurs médiatiques comme en témoigne le Monde diplomatique [8] ; ou à l’échelon international avec les fameuses rencontres du groupe Bilderberg[9]où se retrouvent décideurs politiques et patrons de grands groupes internationaux, et comme l’explique Thierry de Montbrial qui en a fait partie pendant près de quarante ans cité par Les Echos[10], « l’objectif  était de former un cercle d’influence puissant dans les domaines économique et financier, pour faire face à la menace communiste ». On se doute que l’objectif a évolué avec le passage du temps mais on peut se douter que le but n’est  pas de concourir à l’amélioration des conditions de vie des travailleurs précaires…  Bien sûr il n’y a toujours rien d’illégal dans ces différentes démarches et il me semble qu’il s’agit tout simplement d’échanges entre individus partageant des convictions proches et voulant préserver des intérêts privés convergents ; je questionnerais plutôt la moralité dans ce cas, l’éthique et l’honnêteté d’un personnel politique censé protéger avant tout le bien commun et assurer les meilleurs conditions de vie à sa population. En tant que citoyen français, comment est-il possible d’espérer quoi que ce soit de nos élites politiques plus occupées à développer ad vitam eternam l’économie de marché et à entretenir de bonnes relations avec les grands patrons alors que le système capitaliste mondial a déjà donné toutes les preuves d’une incapacité totale à prendre en considération les problèmes majeurs des inégalités et de préservation des écosytèmes.      

    Maintenant, pour illustrer ce que je qualifie de distorsion du réel, prenons un exemple concret de politique générale en France, associée à la question du nucléaire. Problème qui engage directement notre futur car il y a un impact écologique direct et il permet de démontrer largement la mauvaise foi et l’irresponsabilité de nos gouvernants. 
    Première information : un gouvernement qui ne jure que par les nouvelles technologies et la numérisation de la majorité des services comme le démontre ce fameux fond d’investissement censé être alimenté par la vente d’ADP à hauteur de 11 milliards d’euros. Nous pouvons facilement en conclure que pour assurer un avenir technologique basé sur l’IA, le tout électrique, le développement des réseaux 5G, la dématérialisation, la robotisation et j’en passe, la demande en énergie électrique va exploser.
    Deuxième information : avec l’arrêt des dernières centrales à charbon, la sortie du nucléaire devenu réduction du nucléaire et l’incapacité pour les sources d’énergie renouvelable (hydraulique, éolienne, solaire, géothermique, houlomotrice, marémotrice ou issue de la biomasse) de remplacer à court terme ces deux sources d’énergie[11], il semble impossible de répondre à une importante hausse de la demande. 
    Troisième information : des installations nucléaires dont la sécurité laisse à désirer comme le montrent les intrusions sur site réalisées par des activistes[12], l’incapacité d’EDF à tenir ses engagements, notamment sur l’EPR de Flamanville avec les trop régulières mises en cause par l’Autorité de la Sureté Nucléaire (cuve défectueuse en 2015[13], soudures en 2019[14]) et plus grave encore les signes de contamination relevés récemment sur notre territoire dans la Loire[15]. 
    Quatrième information : les aléas climatiques et géologiques qui rendent de plus en plus fréquentes les catastrophes naturelles ayant un impact direct sur des sites sensibles ; la sécheresse qui rend difficile le refroidissement des réacteurs par manque d’eau et nécessite parfois l’arrêt des centrales[16]au moment où la demande énergétique est accrue pour l’utilisation des ventilateurs, de la climatisation et autres ustensiles de refroidissement[17] ; les séismes qui pourrait fragiliser directement les structures[18]ou encore  les variations de température toujours plus importantes vers les extrêmes ce qui ne peut que mettre en cause l’intégrité du réseau dans son ensemble. Pour cela aucun besoin d’expertise il s’agit de mécanique de base ; tout matériau avec ses caractéristiques propres à un seuil de résistance à la contrainte, que ce soit en terme de température ou de pression subie. Le RTE est d’ailleurs souvent obligé de rassurer à ce propos[19]même si l’été il est de moins en moins rare de voir des panneaux électriques prendre feu comme à la gare Montparnasse.  
  Cinquième information : le problème de l’enfouissement qui n’a toujours pas été tranché et l’impossibilité de prévoir les conséquences géologiques et environnementales à long terme. 
   Sixième information : la distribution de pastilles d’iode dès septembre 2019 dans les communes à proximité des 19 centrales exploitées par EDF dans un rayon de 20 km au lieu de 10 km auparavant. Le Point rappelle d’ailleurs que « la prise d’iode stable permet de protéger la thyroïde contre les effets des rejets d’iode radioactif qui peuvent intervenir en cas d’accident nucléaire »[20]. S’il était possible d’avoir des doutes quant aux risques énoncés dans les informations précédentes, je pense qu’ils sont ici levés… 
    Il suffit de recouper ces différentes informations pour avoir un tableau général assez affligeant : compte tenu de l’instabilité du climat, nous avons un gouvernement incapable de prévoir l’ampleur des catastrophes à venir, incapable donc de garantir la sécurité de ses citoyens sans une sortie rapide du nucléaire, incapable de garantir une offre énergétique accrue à court terme et pourtant qui ose nous vendre ce coup de communication, ce mirage technologique visant à faire rêver le crédule. Il s’agit d’un cas d’école d’injonction paradoxale ; une simple question d’objectifs en inadéquation totale avec les ressources disponibles d’énergie. Ce constat devrait frapper tout le monde cependant, il n’est quasiment jamais évoqué…
  
    Pour tout individu appartenant à la masse des représentés sans droit à la parole directe, il est nécessaire de retrouver une qualité de citoyen responsable, au sens platonicien du terme, c’est à dire qui voudrait  d’une manière ou d’une autre œuvrer pour le bien de la cité, de son pays, pour l’intérêt général. Il y a urgence pour les gens comme moi, qui sont encore, pour le moment, attachés au rôle de l’Etat qui ne doit en aucun cas abandonner son rôle de protection de nos concitoyens, sa mission de service public de santé, d’éducation et de sécurité plus générale ; il faut pour cela être réellement informé et cette bataille pour l’information juste est tout simplement vitale.


P.M.




vendredi 31 mai 2019

Héritage mortel

Comment s’accommoder de choses inacceptables 
Je suis las de nous voir ainsi sonner le glas
De nos espoirs passés sombrant, indomptables
Peut-être est-il temps, la faucheuse, qui va là 

Crépuscule, notre nature peut-être périssable
Les heurts et la passion semblent-ils haïssables
Aucune quiétude venue de notre évolution
Quelles attentes, quels restes de nos générations

L’équilibre précaire de notre condition
Le fil qui s’est tendu, cri de désillusion
Les minutes s’égrènent, n’aie pas peur mon enfant
Le soleil est là-haut toujours incandescent 

Homme, tu es poète, ne le comprends-tu pas
Non, allez arrête, surtout je ne le veux pas
Mais quel mal y-a-t-il à être de ce métal-là
Je préfère la terre, sans elle je ne survis pas

P.M.

vendredi 3 mai 2019

Le mensonge et la manipulation comme mode de gouvernance. Comment avoir confiance en de tels charlatans ?

       La tendance semble de plus en plus prononcée, il n’y a actuellement plus aucune place laissée au doute. Les dirigeants actuels français, et j’intègre ici le Président de la République, son gouvernement, les députés de la majorité et les personnalités engagées dans les élections européennes, sont tous totalement décomplexés. Bien sûr je ne me fais pas d’illusion sur les procédés employés par les politiciens de tous bords lors des mandats précédents, seulement, à l’heure actuelle, il semblerait que le personnel politique en charge ait abandonné toute mesure. Cela peut paraître particulièrement inquiétant pour certains ou réjouissant pour d’autres, car, si la période est révélatrice d’une certaine réalité, le plus souvent, lorsque les faits sont graves, à la révélation succède la déstabilisation puis la chute… Reste à savoir à quelle étape nous nous trouvons. Pour ma part je pense qu’un pied est déjà dans le gouffre… 

     Illustrons l’idée principale par un certain nombre d’exemples concrets. « La sortie du grand débat » est une parfaite illustration des stratégies politiques et médiatiques couplées. Rappelons que le Premier ministre a énoncé un premier bilan dès le 8 avril ; il en est ressorti une participation de 1,5 millions de français selon les chiffres officiels[1]… Cependant, le même jour un article du monde rendait compte d’une manipulation des chiffres assez monumentale[2].  Après avoir analysé les différentes contributions et observé un certain nombre de failles criantes : copier coller, comptes fantômes, textes de moins de 10 mots ; il s’est avéré qu’il n’y avait eu en fait qu’environ 255 000 personnes qui avaient effectivement contribué au lieu des 569 020 contributions en ligne avancées par le gouvernement. Je tiens d’ailleurs ici à louer le travail des journalistes Maxime Ferrer et Jonathan Parienté ; la critique des médias dit « traditionnels » me semble souvent légitime et nécessaire mais dans ce cas là, le travail me semble irréprochable. D’ailleurs, malgré ce papier, la manipulation ne s’est pas arrêtée là. Pendant toute la semaine qui a suivi, les éléments de langages ont été distribués sur tous les plateaux de télévision de manière éhontée, comme si aucun autre journaliste n’avait pris connaissance de l’enquête de leurs collègues du Monde… Sur LCI, Cnews, BFMTV nous avons pu voir les membres de la majorité ou du gouvernement se succéder avec le chiffres de 2 millions de contributions à la bouche pour signifier le succès de la démarche… A aucun moment je n’ai entendu (cela ne veut pas dire que ce n’est pas arrivé mais en tout cas c’est resté confidentiel pour moi) pendant toute la semaine qui a suivi ces annonces,  un quelconque journaliste ou éditorialiste de « renom » préciser qu’il y avait une différence énorme entre « contributions » et « contributeurs ». En effet dans les modes de calculs du gouvernement, en admettant pour l’exemple qu’un contributeur réponde à 20 questions, et bien il est comptabilisé 20 contributions ; ceci permet de gonfler les chiffres artificiellement en entretenant peut-être volontairement et de manière malhonnête le flou concernant la comptabilité officielle. On peut toujours arguer une erreur involontaire de la part de tous les politiques et journalistes. 

Cependant pour une erreur pareille on peut émettre plusieurs hypothèses : soit une négligence involontaire qui me semble gravissime compte tenu de l’analyse du Monde déjà existante, une incompétence journalistique coupable conduisant à l’acceptation sans remise en question du discours officiel, une manipulation volontaire visant à orienter l’opinion publique pour rendre incontestable le discours officiel… comment ne pas avoir des doutes sur l’indépendance des journalistes ? Pour le gouvernement c’est encore pire : soit une incompétence notoire dans l’analyse de leurs propres dispositifs, soit une manipulation des données et donc un mensonge officiel ! Au crédit des journalistes, gageons qu’à partir du vendredi suivant, la manœuvre a été tout de même mise en avant par un grand nombre d’entre eux[3]. Ce décalage dans le temps de l’analyse critique me semble condamnable pour un sujet si sérieux ; en effet, n’importe quel amateur de psychologie cognitive et comportementale sait très bien que lorsque qu’un message est validé institutionnellement et médiatiquement, l’opinion publique en est fortement impacté et il est illusoire d’espérer rectifier l’erreur sans un démenti officiel de la source principale à laquelle il ne faudrait plus accorder sa confiance. En somme le mal est fait… Et que dire lorsque d’autres analyses rendent compte du fait que les conclusions gouvernementale sont à peu de chose prêt à l’opposé des revendications des Gilets Jaunes à l’origine de la crise sociale que l’on connait à laquelle la consultation devait répondre[4] ? C’est un non sens total. Et que penser lorsque même une garante du grand débat met en cause directement l’analyse officielle alors qu’aucune précaution n’a été prise par le Premier ministre français ?[5]Je vous laisse émettre vos propres conclusions. 

      Le cas des armes françaises vendues à l’Arabie Saoudite est aussi difficilement compréhensible. Florence Parly avance le 20 janvier ne pas avoir connaissance du fait que ces armes soient utilisées directement au Yémen[6]. Pourtant, une enquête de Disclose contredit cela et porte à la connaissance du public une note du renseignement français qui recense pourtant celles qui sont utilisées sur le terrain et les conséquences possible sur les civils[7]…  Niant l’évidence, la ministre des armées persiste sur Radio Classique le jeudi 18 avril 2019 : "À ma connaissance, ces armes ne sont pas utilisées de façon offensive dans cette guerre au Yémen et on ne peut donc pas dire de façon mécanique, en tout cas moi je n'ai pas d'éléments de preuve permettant de dire ça, que des armes françaises sont à l'origine de victimes civiles au Yémen"[8]. Incroyable mauvaise foi, possible déni de réalité mais surtout l’évidence d’un mensonge éhonté le 20 janvier 2019.

     Nous pouvons faire aussi référence à la nouvelle porte parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye qui reconnaissait dans l’Express : « J’assume parfaitement de mentir pour protéger le président »[9] ; ou au conseiller Ismaël Emelien qui a sciemment diffusé sur Twitter une vidéo illégale et en partie mensongère pour tenter de dédouaner Benalla au lendemain de ses exploits de la Contrescarpe[10]et qui a même osé une ligne de défense pour le moins hasardeuse dans l’émission « C à vous » pour justifier l’utilisation de comptes anonymes : «Sur Twitter c’est un peu la règle »[11]… parlons aussi de la championne européenne Nathalie Loiseau dont Médiapart révèle la présence, dans sa jeunesse, sur une liste d’extrême droite[12] ; la première réaction de défense de l’entourage a été de nier les faits puis, devant les preuves accablantes, elle change de discours et dit « avoir complètement oublié cet épisode » avant de plaider « l’erreur de jeunesse »[13].  

Mais le plus affligeant reste le député LREM Patrick Vignal qui explique très simplement sur Cnews qu’il est nécessaire de mentir aux français : « s’il faut dire la vérité aux français ça veut dire 10 ans de sang et de larmes (…) je vous parle de dossiers de terrorisme, vous voulez dire la vérité sur ça ? Vous voulez dire sur le chômage aux gens ? Je suis désolé aujourd’hui il faut donner une vision d’espérance aux français… »[14] ; tout est dit. 
    Comme les actions d’éclat gouvernementales se succèdent à un rythme effréné, nous ne pouvons pas passer outre la polémique concernant une supposée « attaque » de l’hôpital de la Pitié-salpêtrière par un groupe de casseurs[15]. D’après le témoignage de Castaner il était possible d’imaginer des actes multiples de vandalisme et de violence gratuite contre un établissement médical perpétrés par une bande d’émeutiers enragés ; heureusement, les médias ont réalisé un travail honnête et ont, en grande majorité, dénoncé avec une grande réactivité des informations erronées[16]. Etant donné le passif je parlerais plutôt d’un mensonge inexcusable au vu de la gravité des faits relatés. Cependant je ne doute pas que ce ministre va faire acte de contrition et s’excuser devant les français pour son manque de sérieux. 

     Alors qu’il est reconnu qu’en politique comme en économie l’une des notions les plus importantes pour convaincre et remporter l’adhésion de son peuple est la confiance, de nombreux exemples prouvent que notre propre gouvernement nous ment sans cesse…   
 Au choix, un manque criant d’éducation et de respect, un amateurisme confondant ou de la bêtise pure et simple. Dans tous les cas c’est une débâcle pour ces individus prétendant diriger la France avec la confiance de leurs concitoyens. Peut-être assistons nous aux derniers actes d’un suicide politique inévitable ? 

P.M.   



dimanche 31 mars 2019

Dystopie politique. Un gouvernement contre son peuple.

     Précisons tout d’abord que de tels évènements ne pourraient bien sûr pas se dérouler dans un pays dit « développé », et encore moins si le régime politique en place est une démocratie ; il s’agit bien d’une histoire purement imaginaire.

   « La plus belle des ruses du diable est de vous persuader qu’il n’existe pas ». Même un non croyant peut être frappé par l’imaginaire, la réflexion ou l’inquiétude que peut faire naître instantanément cette citation de Charles Baudelaire.
     Point de départ d’une fiction, imaginons donc les membres du gouvernement d’un pays lointain qui, sous couvert de l’idée détournée de poursuite de l’intérêt général, s’évertue à détruire un habitat millénaire dans le simple but d’enrichir encore plus un petit groupe d’intrigants fortunés les ayant intronisés, achetés et vendus au bon peuple comme l’élite de la nation.

     Appelons ce pays Franchise. Il est peuplé de différents groupes d’individus dont l’utilité a été établie par des mythes fondateurs défendus depuis toujours par les détenteurs incontestés du savoir. Les groupes ayant le plus de pouvoirs sont : tout d’abord les Manageurs, personnes les plus fortunées que l’on trouve au sein des banques les plus puissantes, dans les instances financières officielles et officieuses et dans les organes de direction des plus grandes entreprises ; ensuite, les Décideurs, tous membres du gouvernement ayant réussi grâce à leur intelligence supérieure et leur mérite personnel au cours de parcours académiques et ou professionnels irréprochables,  ils sont tous couronnés de titres et postes grassement rémunérés ; enfin, les Communiqueurs, détenteurs du savoir et garants de la transmission des informations nécessaires au reste de la population pour prendre les décisions d’importance en connaissance de cause (choix de carrière, vote, action de prévention, type de consommation…), ces derniers ont donc une importance considérable et se doivent d’être les plus neutres et impartiaux possible. 

    Paradoxalement, Décideurs et Communiqueurs se caractérisent par une servilité extrême à l’égard des Manageurs ; cela pourrait être incompréhensible mais c’est en fait très logique : les relations et pressions économiques permettent au groupe supérieur de faire et défaire à loisir les carrières les plus prestigieuses ; qui veut rester en place ne doit jamais aller contre l’intérêt de ses bienfaiteurs. Le plus ironique dans tout cela est que Manageurs, Décideurs et Communiqueurs, tous réunis, ne forment, en nombre, qu’une infime minorité au sein de la Franchise. Quelques milliers d’individus par rapport aux millions formant le reste des concitoyens.
   
     Notons l’existence d’un petit groupe d’individus difficilement qualifiables qui naviguent entre groupes des Puissants précédemment décrits et groupes des Impuissants sur lesquels nous reviendrons plus tard. Ce sont les Amuseurs : écrivains, artistes, intellectuels, sportifs… qui louvoient au gré de leurs désirs, et sont, pour les plus « chanceux » (autrement dit les moins contestataires) et les plus compétents,  souvent à l’abri du besoin  et amis des Puissants. Un exemple assez intéressant est le cas d’un sportif dont le plus grand fait d’arme est d’avoir mis un ballon dans un filet au moment où « la terre entière » le regardait (ne me demandez pas pourquoi) et qui, pour cela, sera plus fortuné qu’un soigneur, s’étant destiné, lui, après des années d’études, à sauver des vies dans un hôpital public. Etonnant ! Heureusement qu’il s’agit d’une histoire inventée ! Dans tous les cas ils semblent pour la plupart assez opportunistes et se gardent bien de dénoncer frontalement le système de fonctionnement de la Franchise qui les nourrit... Les plus zélés n’hésitent même pas à défendre les puissants même si pour cela, ils doivent abandonner toute éthique et respect pour leurs pairs et pour le bon sens le plus élémentaire.

    Parlons maintenant des Impuissants. Ce nom a été choisi par les Communiqueurs, défenseurs intraitables de l’organisation sociale qui préserve les privilèges des Puissants. 
On trouve parmi les Impuissants le groupe des Suiveurs, très important en nombre et constitué d’individus en lien professionnel direct ou indirect avec les Puissants, ayant des postes assez reconnus socialement, n’ayant pas de soucis d’argent et pouvant encore jouir de loisirs assez nombreux et parfois onéreux. Ils se caractérisent par une forme de servitude volontaire à l’égard des Puissants, alimentés par ce sentiment quasiment mystique qu’ils arriveront, à force d’effort, à intégrer les groupes supérieurs. Ils sont touchés par ce mal bien connu : le syndrome d’Iznogoud ; ils veulent être « Khalif à la place du Khalif » et désirent surtout que les relations sociales ne changent pas. Ils sont en fait une caution très efficace aux agissements des Puissants quand ils ne s’érigent pas en défenseurs béats d’admiration.
On trouvera aussi les Rêveurs, personnes n’aspirant qu’au bonheur simple de voir grandir en bonne santé leur proches, sans besoin de fortune importante ni de reconnaissance particulière ; ils défendent juste « intellectuellement » l’idée de vivre décemment en tant que citoyen honnête de la Franchise mais sont considérés par les Puissants comme des inutiles sans ambitions. 
Maintenant les Enhorreurs, conséquents en nombre et détestés des puissants qui les considèrent comme des parasites assistés n’ayant aucun mérite et incapables d’effort : étrangers sans papiers, personnes sans travail, jeunes désoeuvrés … en somme toutes les personnes en dessous du seuil de pauvreté et autres abîmés de la vie ; l’exact opposé des Puissants, le miroir déformant de leurs errements, le reflet des inégalités de condition qu’ils entretiennent inlassablement mais n’aiment pas regarder dans les yeux. 
Un petit nombre de personnages atypiques se regroupent parmi les Bloqueurs, taxés d’énergumènes ingérables par les Communiqueurs, ils ont décidé de rejeter un mode de vie « classique », considérant qu’il ne leur permet pas de s’épanouir et de vivre selon leurs valeurs incomprises. Vivant en marge des villes, prônant le retour à la nature, l’absence de propriété, la coopération, la simplicité volontaire, l’anti-consumérisme, la décroissance… tous ces concepts honnis par les tenants de la finance. En cas de force majeur les Puissants n’hésitent pas à envoyer les troupes contre eux, avec l’assentiment de la majorité de la population qui les condamnent toujours, au moins symboliquement et voient en eux une bande d’agités belliqueux n’hésitant pas à user de violences. 
Enfin, dernier groupe rangé parmi les Impuissants : les Tapageurs. Regroupement d’individus assez hétéroclites pouvant être originaire de n’importe lequel des autres groupes (très rarement des trois groupes supérieurs tout de même), ils se rejoignent sur un certains nombre d’idées communes et surtout sur un dégoût prononcé pour le mode de vie du moment promu par les Puissants et considéré comme totalement injuste économiquement, écologiquement et socialement. A noter que l’on retrouve même au sein de ce groupe quelques Amuseurs mais ces transfuges se font de plus en plus rare.

     Voilà donc le tableau général ; maintenant, intéressons nous plus particulièrement au groupe des Décideurs qui gouverne mais perd totalement la Franchise.

     Les membres de ce groupe, dénués de tout scrupule et d’éthique personnelle, croient maîtriser l’art de la rhétorique et pensent convaincre, par leurs seules prouesses verbales, l’ensemble de leurs concitoyens. Ils semblent tellement aveuglés par leur supériorité intellectuelle, qu’ils ne se rendent même pas compte de l’aide majeure prodiguée par la propagande des Communiqueurs. A tel point qu’ils osent même critiquer ouvertement leurs meilleurs alliés pour s’assurer l’assentiment de l’opinion. Non contents de passer pour de vils vassaux du pouvoir, les Communiqueurs les plus en vus, se gardent bien de toute réaction de fierté et continuent leur besogne comme des animaux de compagnie ayant trop peur qu’on leur retire la gamelle. Il ne faut bien sûr pas se leurrer, certains de ces maîtres de l’information orientée, ont le privilège de partager certaines bonnes tables avec Manageurs et Décideurs ; grands moments de bonheur lors desquels, ivres de leur importance, ils se mettent à organiser la vie des Impuissants et s’assurent avant tout que leur niveau de vie ne sera jamais entamé. 
     
Mais le lien le plus déterminant est celui qui lie Décideurs et Manageurs ; en effet, il s’avère que la plupart des gouvernants sont eux-mêmes de fin connaisseurs du monde des plus Puissants, le secteur dit « privé » (car il prive tous les travailleurs de ce secteur d’un revenu mérité) ; c’est à dire qu’ils ont parfois commencé leur carrière au service d’un ancien membre du gouvernement, ont amélioré leurs rémunérations au contact des Manageurs puis ont continué les allers-retours incessants entre les deux groupes au point de brouiller les pistes et de ne plus savoir pour qui ils travaillent… la plupart ont déjà prévu leur retour dans une grande entreprise et ne s’embarrassent d’aucune précaution. L’un d’entre eux a travaillé pour un groupe du secteur énergétique, pas d’inquiétude, il pourra orienter l’action gouvernementale concernant ce secteur, aucun problème ! Un autre a travaillé en étroite collaboration avec des fournisseurs de médicaments par le passé et sans doute dans le futur, il est parachuté tout simplement à la direction de tout le secteur de la santé, aucun problème ! Encore un autre a travaillé pour un grand groupe de l’agroalimentaire, qu’à cela ne tienne, il va pondre des lois permettant à ces mêmes groupes de licencier plus facilement pour gagner en productivité, toujours aucun problème ! La majorité de ces prestidigitateurs viennent donc du privé et ils transforment l’Etat de la Franchise en chambre d’enregistrement pour les mesures favorables à ce même secteur. Secteur, ne l’oublions pas, dirigé par leurs maîtres Manageurs… Il semble pourtant impossible que les Décideurs ne soient que des petits soldats du privé au nez et à la barbe de leurs concitoyens ! Et bien si, forts d’un double discours grossier, de théories ayant prouvées leur inefficacité, d’informations erronées relayées avec toute la mauvaise foi possible par les Communiqueurs et reçues par les oreilles bienveillantes des Suiveurs, pas besoin d’efforts, le passage en force est permis. C’est là leur plus grand subterfuge, faire les poches de leur concitoyens, les moquer, les mépriser, casser leur service public, tout en espérant que ceux-ci vont l’accepter sans ciller et même les applaudir pour cela… le mal incarné qui tente de persuader avec le sourire que le mal n’existe pas… Cependant c’était sans compter sur le développement depuis plusieurs années d’un réseau alternatif d’informations que l’on tente par tous les moyens de présenter comme souterrain, sale, dénué de toute logique ; et pourtant la vérité s’y fraye un chemin sinueux, tortueux ; mais elle arrive à bon port. Le discours des Tapageurs, des Bloqueurs, des Rêveurs jusque là dénigré, trouve alors une nouvelle résonnance qui vient ébranler l’édifice factice érigé sur les mensonges des Puissants. 
    Le facteur le plus important, qui met à jour l’hypocrisie et l’irresponsabilité des Décideurs est la modification profonde du monde dans lequel vivent tous les acteurs. En effet, la recherche toujours plus grande de profits, la démesure des entreprises, le besoin ininterrompu d’énergie, de production toujours croissante de biens nombreux et souvent inutiles, a conduit à une rupture de l‘équilibre naturel, à une accélération du réchauffement climatique, à un effondrement du vivant, à un épuisement quasiment total des ressources de l’environnement sans aucune garantie que le point de non retour ne soit déjà atteint. Impossible pour ces Puissants de sortir de leur logique cupide, de leur croyance dogmatique, de leur idéologie mortifère… ils apparaissent finalement comme des hamsters dans une cage, ils font tourner leur Rota Fortunaealors que le monde s’écroule autour d’eux… Mais rassurons nous, le sort ne sera sans doute pas clément avec ces Puissants car les Tapageurs commencent à faire beaucoup plus de bruit, les Bloqueurs en viennent à débloquer, les Suiveurs se risquent à bifurquer, les Rêveurs entreprennent de se réveiller et les Enhorreurs vont fatalement, finalement, véritablement les horrifier… 

     Heureusement que de tels Manageurs, Décideurs et Communiqueurs sont de simples  inventions imaginaires. Si de tels individus s’incarnaient dans le réel, plongeant leurs propres concitoyens dans un tel désarroi et si leurs sombres desseins étaient mis à jour, il y a fort à parier que  la révolte populaire serait d’une violence inouïe.   

P.M.     

Pourquoi je ne voterai pas à l’élection présidentielle de 2022

Dimanche 10 avril 2022 je ne serai pas en déplacement, j’aurai la capacité de me rendre au bureau de vote, je ne me désintéresse pas du tout...