mardi 17 juillet 2018

Cet extrémisme qui se cache sous les ors de la République.

      Aucune référence ici à l’extrémisme religieux, pas non plus aux groupuscules ou partis dits d’extrême droite ou d’extrême gauche. Il serait d’ailleurs intéressant d’établir une définition plus claire de ce dernier qualificatif. En effet, de nombreux « experts » semblent utiliser abusivement cet adjectif « extrême » pour discréditer certains mouvements ou certaines idées parfois modérés ou simplement en décalage avec la pensée dominante. Prenons un exemple assez parlant : selon le point de vue d’un politicien américain, qu’il soit du parti démocrate ou du parti républicain (droite modérée ou droite dure), un Hamon ou un Mélenchon passeront facilement pour des extrémistes de gauche, nouvelle incarnation de Chavez ou Castro en puissance ; d’un autre côté, pour un individu de sensibilité anarchiste, ces mêmes politiciens français, tous deux vouant une admiration béate au « progressisme » à tout va ne valent pas beaucoup mieux qu’un Macron ou une Le Pen. Si on ne définit pas le point de référence à partir duquel s’éloigne les extrêmes, impossible de donner une validité quelconque à cette idée d’extrémisme. 

      Je prends, pour ma part, comme point de référence un idéal humaniste basé sur le respect, à la fois de tout individu et de l’intérêt général, ainsi que sur la solidarité indispensable à la cohésion de notre société et principe fondateur du modèle social français. J’ai donc décidé d’évoquer cette idéologie qui se développait sournoisement jusqu’à maintenant. Idéologie sans doute endiguée jusque là par des pratiques, des forces et des positionnements intellectuels qui se sont trouvés paralysés subitement, en même temps que les anciens clivages politiques. Il s’agit d’un extrémisme « financier », une déclaration d’amour gouvernementale faite aux plus grandes fortunes, aux plus grands groupes : entreprises génératrices de gains faramineux et autres banques qui font offices de véritables décideurs au dessus de nos gouvernements fantoches devenus de simples exécutants. L’Assemblée nationale, le Sénat et la République française dans son ensemble se transformant à grande vitesse en des chambres d’enregistrement de mesures visant exclusivement le bien-être des plus grandes entreprises pour favoriser d’hypothétiques investissements[1]. C’est d’ailleurs l’une des plus importante fraude intellectuelle de ces dernières années : ces investissements devraient favoriser la croissance donc l’emploi et par extension les conditions de vie et le bien-être de tous les concitoyens et surtout de ceux qui sont le plus dans le besoin. Malheureusement, aucun « fléchage » de ces investissements, aucune contrainte légale établie pour ces entreprises, il faudrait donc compter sur la bonne foi de tous ces grands citoyens modèles tout à fait désintéressés[2]… D’autre part il est parfaitement reconnu par tous les progressistes que notre avenir sera amélioré et la croissance (seul indice valable pour tous ces illuminés) permise  par les sacro-saintes nouvelles technologies : un cocktail idylliques d’Intelligence Artificielle, d’algorithmes complexes, d’ordinateurs quantiques et autres dispositifs numériques et robotiques[3]. Difficile dans ce contexte de nous vendre cette idée saugrenue d’une augmentation du nombre d’emplois ; les gains de productivité étant conditionnés par des dispositifs techniques nécessitant de moins en moins de main d’œuvre et d’employés, le PDG de carrefour ou ce cher Darmanin pourrait sans doute nous le confirmer[4]. 

      Ce fanatisme de la finance n’est pas nouveau, feu « la dame de fer » Margaret Tatcher et feu « le franc-tireur » Ronald Reagan doivent jubiler dans leur tombe. En France cette idéologie retrouve une seconde jeunesse avec le pire ambassadeur  (ou le meilleur pour certains), notre Macron national (Manu pour les intimes) capable d’embrasser dans le discours toutes les idées, même les plus contradictoires en fonction de son auditoire ; il manie les paradoxes comme Donald Trump son hochet et il est incapable de cacher le mépris profond pour ses concitoyens sans mérite qui devraient être tirés par les « premiers de cordées ». Il est d’ailleurs capable des blagues les plus douteuses que n’aurait même pas osé un François Hollande sous acide[5]. Malheureusement pour lui et heureusement pour nous, « les faits sont têtus »  et toutes les belles annonces et prévisions ne résistent pas à l’épreuve du réel. 

      Le documentaire très partial : Macron président, la fin de l’innocencede Bertrand Delais[6]est assez éclairant quant aux fondements pseudo philosophiques de cette idéologie dangereuse. Un passage m’a profondément mis mal à l’aise, lorsque le président de la République française évoque cette idée d’ « absolu ». Il s’en donne à cœur joie, comme à son habitude, en rendant tout à fait flou, par ses explications, un concept qui devient alors englobant, qui permet d’y associer tout et son contraire. Au lieu de clarifier les choses, une nouvelle fois il sème le trouble par manque de précision : « Il n’y a plus d’aventure importante car on ne risque plus notre vie » ; « si on dit dans nos démocratie et dans nos sociétés : point besoin d’absolu, c’est même fait pour les autres, c’est limite dangereux, vous n’enlèverez pas d’autres racines d’absolu de renaître, il y a une part de ça dans l’aventure djihadiste dans nos sociétés ». « Aventure djihadiste » ? J’ai, tout d’abord trouvé le ton plus que léger pour évoquer des meurtres ignobles perpétrés contre nos concitoyens. La maladresse du propos n’a pas manqué de m’étonner, me rappelant les soucis judiciaires d’un Eric Zemmour avec son commentaire : « je respecte des gens qui meurent pour ce en quoi ils croient ». 
      Ensuite, en réfléchissant un peu plus à son propos, il m’a semblé clair que ce président cherchait à tout prix à valoriser l’absolu sans comprendre qu’il ne se décrète pas, ne s’ordonne pas, qu’il émerge effectivement lorsqu’il est bien encré dans les  consciences par l’éducation citoyenne à nos principes républicains de liberté, d’égalité et de fraternité. Principes pourtant bafoués continuellement par le pouvoir en place. Comment parler de liberté alors que l’on favorise la censure[7], qu’on inscrit des lois liberticides dans le droit commun[8], qu’Amnesty International met en garde l’état français contre des dérives dangereuses[9] ? Comment parler d’égalité quand un dispositif comme parcoursup s’avère  être un obstacle à la mobilité des étudiants venant de province ou de banlieue[10], quand la réforme de l’enseignement supérieur risque d’être le pire outil de reproduction sociale qui soit[11], quand tout le programme économique du gouvernement ne peut que concourir à l’explosion des inégalités[12] ? Comment parler de fraternité lorsque les migrants sont molestés sur le sol français par les forces de l’ordre afin de les pousser à fuir[13], quand un président de la république garde le silence si longtemps devant les appels à l’aide d’un bateau de sauvetage[14], quand ce même chef d’état laisse entendre que les ONG « font le jeu des passeurs »[15] ?  
      Il me paraît tout à fait légitime de célébrer les véritables héros ; mais il paraît inconvenant de la part d’un chef de l’état qui se respecte de laisser l’exemplarité et la défenses de nos valeurs à d’autres, il serait bon que le « premier » des français ne faillissent pas au moment de prendre ses responsabilités au quotidien devant ses concitoyens. Lorsque l’on s’intéresse aux mesures gouvernementales, l’absolu selon Macron correspond plutôt au succès économique à tout prix d’un petit nombre d’individus ayant « réussis » (par opposition à « ceux qui ne sont rien »), ces « premiers de cordée » qui représenteraient la vitrine de la France. Et pour cela, il semble tout à fait prêt à sacrifier le bien être et les conditions de vie d’une grande partie des français. Un sacrifice nécessaire selon lui dans la poursuite de cet objectif « qui nous dépasse ». Nous sommes les dommages collatéraux ; même les économistes, soutien de la première heure, donc les premiers bernés prennent leurs distances[16]. Malgré tout, il reste encore beaucoup de grenouilles disposées à être ébouillantées.

      Il est pourtant flagrant que ces intégristes libéraux créent à marche forcée les conditions de la mise à mort sociale d’une partie de plus en plus grande des français. Les lois pro entreprises sont mises en oeuvre au pas de charge mais pour le plan anti pauvreté, la réforme de l’hôpital, la réforme de la formation… attendons encore quelques mois pour au final expliquer qu’il faut couper les aides et les budgets et faire en sorte que les gens se débrouillent seuls (« se responsabilisent » en langage macronien).  Il serait bon que ce président, plus chef d’entreprise que chef d’état, comprenne que lorsqu’il fait référence à la « grandeur et à l’histoire de la France », il parle aussi et surtout de l’ensemble des français. Ce gouvernement de fétichistes du rendement, d’adorateurs du dieu argent, ces radicaux pro CAC 40 n’ont pas fini de nous plonger dans la misère. Il semble réellement vouloir la fin de l’état dans sa fonction de protection. 

      Et que dire lorsque notre santé est directement menacée par une majorité incapable de défendre les intérêts de leurs concitoyens face aux désastres écologiques et aux industries agro alimentaires dont certaines pratiques ont des conséquences mortelles. Comment ne pas privilégier la santé publique face à des considérations économiques ? Des députés LREM ont, par exemple, voté contre un amendement visant à interdire les publicités alimentaires peu saines visant les enfants et ce pour ne pas risquer de « mettre des secteurs en danger ». Leur solution : « la responsabilisation des parents ». Quelle honte de culpabiliser les parents alors qu’on dissimule délibérément des informations de premières importance (nutriscore interdit) ou qu’on laisse se propager des images volontairement erronées (publicités glorifiantes autorisées)[17]. Quel manque de courage, quelle irresponsabilité, quelle hypocrisie ; laisser notre écosystème être dévastés par l’activité de grands groupes[18], laisser les français s’empoisonner[19]tout en se présentant comme de grands défenseurs de l’écologie… 

      Espérons que tous les citoyens menacés prennent conscience qu’ils ne sont que quantité négligeable pour tous ces rapaces pourtant bien moins nombreux que nous.

      P.M.



mercredi 2 mai 2018

Si c'était à refaire... je ne changerais rien. Si aucune évolution majeure ne survient, je choisirai l'abstention lors des prochaines échéances électorales.

Texte envoyé à plusieurs rédactions lors de l'entre-deux-tours de l'élection présidentielle française de 2017.


Je voterai blanc le 7 mai 2017, c’est ma responsabilité, laissez-moi au moins cela.

Lettre ouverte à l’ensemble de notre classe dirigeante : maîtres chanteurs, maigres penseurs et surtout mauvais « entendeurs ».

Je vais voter, c’est ma manière d’entretenir l’espoir, peut-être illusoire, d’une « ré-évolution » citoyenne non violente.
Je tiens à dénoncer ici votre campagne de culpabilisation à l’encontre des personnes qui pourraient choisir un vote blanc, nul ou préférer l’abstention.
Précisons tout d’abord que je rejette en bloc tout ce qui de près ou de loin peut ressembler au Front National, jamais je n’ai pensé une seule seconde voter pour un de leurs représentants. La raison est personnelle, c’est une question d’éducation reçue, de principes moraux et de convictions. Je possède la double nationalité franco-espagnole, je suis fils et petit-fils d’émigrés, c’est donc un déchirement pour moi d’imaginer un tel parti au pouvoir. 
Cependant, cette élection est une voie sans issue. J’assume donc totalement la responsabilité de mon vote blanc et le risque de voir le pire au pouvoir. Quel que soit le résultat du scrutin, je me prépare à devoir me mobiliser comme jamais je ne l’ai fait auparavant  afin de protéger nos droits.

Pendant combien de temps devrais-je accepter ce jeu dangereux qui permet la montée insidieuse du FN depuis 15 ans ? J’étais étudiant en 2002, rien n’a changé, je me suis déjà senti pris en otage lors de cet ancien vote. Très vite, il a été oublié que c’était une élection par défaut ; moi je vais marquer à ma manière le défaut de l’élection présente. Les mémoires sont souvent arrangeantes, la mienne est encore « à vif ». Si votre réelle prise de conscience est à ce prix, le dépouillement m’imposera le coût réel à subir. Je ne cèderai pas à la peur cette fois-ci.  Dorénavant la coupe est pleine, je ne veux plus subir cette dictature de votre pensée. Cette pensée qui vise à me faire passer pour un soutien de ce parti nauséabond alors que je choisis juste de ne pas participer à votre mascarade : bel exemple d’un glissement vers le fascisme ordinaire. Je n’appelle personne à faire le même choix que moi, je demande juste que l’on respecte ma démarche, que l’on me respecte, tout simplement.
J’entends depuis le premier tour ces appels au vote « utile », je tiens à vous rappeler qu’en fonction du contexte et des enjeux, certains crimes abominables peuvent passer pour « utiles ». En poussant votre principe d’utilitarisme à l’extrême, admettons que dans 10 ou 15 ans le diktat politique « impose le choix » (formule intéressante qui vous définit très bien) d’un parti d’extrême droite, et bien, si le sort me permet encore d’être debout, vous me trouverez là, empreint de ma pleine et entière irresponsabilité en train de nier votre pseudo-évidence.
Vous allez trop loin, je voulais me taire jusqu’à maintenant, vous m’obligez à me défendre. Vous êtes une nouvelle fois injustes. Arrêtez de pointer du doigt les individus qui, comme moi, veulent voter blanc, ce n’est pas une simple réaction de colère déraisonnée.  Pour ma part je comprends les enjeux. Oui le doute m’assaille au quotidien, oui c’est un véritable cas de conscience. Il m’arrive même d’imaginer un certain soulagement en me projetant  après l’échéance du 7 mai  et en pensant aux explications possible de certains de mes concitoyens m’ayant « sauvé la mise » pendant que je « boudais ». L’avenir seul nous dira si quelque chose peut être sauvé  avec votre candidat, dans tous les cas, je me tiendrai prêt à résister. Ne me traitez pas comme un enfant capricieux et boudeur, tentez plutôt de vous occuper de votre enfant gâté.
Pour l’heure je choisis d’arrêter ces calculs algorithmiques entre le pire, le moins pire, le soupir… Je n’ai aucune envie d’être militant d’un parti, ou d’un mouvement, je veux rester libre de ma pensée, cependant je me sens plus proche des idées d’un certain candidat écarté (je vous laisse imaginer lequel). Vous êtes capable de choisir entre d’un côté, vous soumettre au parti de la peur, de la haine, du repli sur soi, du fascisme et de l’autre, vous soumettre à ce mouvement du libéralisme excessif, de l’aliénation des travailleurs et salariés, de l’interventionnisme mortifère à l’étranger ?  Bravo à vous, vous êtes sans doute de meilleurs citoyens que moi ; je choisis mon humanisme, ne pas me soumettre du tout.
Nous sommes responsables de notre vote, pas de l’accumulation de vos erreurs passées. Vous comptez sur notre bon sens quand cela vous arrange mais vous méprisez notre intelligence. Vous passez pourtant volontiers outre notre volonté ; les exemples ne manquent pas : référendum de 2005, 49:3 divers et variés. Et bien assumez maintenant. Au vu des agissements et conditions de vie de nombre d’entre vous, vous me semblez bien mal placés pour en appeler à la morale citoyenne.
Autre ressort de cette culpabilisation : quelle société laisserons-nous à nos enfants et nos petits-enfants ? Et bien je répondrais que j’ai moi-même des enfants en bas-âge, je ne peux donc pas m’offrir le luxe de « m’asseoir » sur mes propres principes, sinon, quel exemple leur donnerais-je ? Je refuse aussi qu’ils soient obligés de jouer au même jeu que moi dans 15 ans et qu’ils voient s’étioler leurs espoirs au fil du temps. C’est maintenant que j’ai la force de me battre pour leur avenir.
Vous utilisez la culpabilité comme arme de destruction de la conscience collective. Vous jouez à nous faire peur en agitant le spectre du fascisme sans vous rendre compte que vous jouez avec nos vies mais aussi avec les vôtres. Il faut savoir qu’une partie de plus en plus importante de vos concitoyens ne partage pas votre vision du monde et de la France, il est intolérable de culpabiliser sans cesse le peuple que vous avez si longtemps aliéné par votre malhonnêteté intellectuelle. Ce peuple ne demande qu’à se réveiller. S’il vous plaît, cessez d’étouffer notre désir d ‘émancipation parce que vous croyez savoir ce qui est bon pour nous, rompez avec ce sophisme qui consiste à confondre notre bien-être et votre confort. Votre soif d’argent et de pouvoir ne vous rend pas plus méritants ; nombre d’entre nous ne poursuivent pas les mêmes objectifs que vous mais ne méritent pas pour autant d’être soumis. Nous voulons juste notre liberté : liberté de penser, liberté d’agir. Rendez-nous ce droit au bonheur le plus élémentaire que vous nous avez confisqué depuis si longtemps.
J’espère enfin que vous ne rendez pas votre candidat responsable seul de la faillite possible de votre entreprise : cette sorte de mépris des gens du peuple lors de certaines sorties médiatiques hasardeuses, ces discours alambiqués dont lui-même perd le fil et qui s’avèrent après coup avoir un double voir un triple sens, cette volonté à peine voilée d’incarner « une vision » au détriment d’un programme clair et précis… D’aucuns seront impressionnés par une certaine maîtrise de la langue, par de nombreuses références littéraires. La connaissance rassure surtout quand on sait la rendre inaccessible. Qu’en est-il du respect de la simplicité, de l’honnêteté, de la sincérité ? Ce sont tous ces manquements que je trouve irresponsable, mais il n’est pas le seul à mettre en cause, il est tout simplement le meilleur représentant de votre caste à bout de souffle.

Cordialement. Pablo MOUETTE (simple citoyen, travailleur indépendant).



jeudi 19 avril 2018

Effondrement politique le 15 avril 2018 : comment Macron a totalement discrédité la fonction présidentielle.

     Personne ne pouvait imaginer qu’il était possible de faire mieux que Hollande et son concept de « président normal » ; c’est pourtant chose faite avec Macron que l’on pourra dorénavant associer à l’image d’un « président anormal ». Plenel et Bourdin ont largement contribué à ternir le rôle de chef de l’état à base d’invectives, de conseils donnés et de familiarités. Il serait d’ailleurs bien malvenu de condamner les deux journalistes pour s’en être tenus à leurs principes, pour ne pas avoir dérogé aux règles journalistiques qu’ils se sont eux-mêmes fixés. Ils ont parfaitement joué leur partition, il était d’ailleurs plutôt plaisant de voir un imposteur se réveiller après son rêve jupitérien. Il est toujours bon de rappeler qu’aucun individu ne doit pouvoir se croire supérieur à un seul de ses pairs, quelle que soit la raison.
     Il est tout de même étonnant d’apprendre que l’Elysée a choisi les interlocuteurs et le format de l’entretien, ce n’était donc pas un aveu d’humilité de la part du chef de l’état (en est-il seulement capable ?) mais plutôt une stratégie médiatique savamment orchestrée. Mais dans quel but ? Comment comprendre qu’il détruise en quelques heures l’image jupitérienne qu’il s’est évertué à installer depuis le début de son mandat ?
Certains parlerons de souplesse intellectuelle, je parlerai d’inconstance ; certains évoqueront une vision stratégique, j’évoquerai une absence de fierté, une capacité à renier tous ses principes pour la poursuite d’un objectif politique. Il a bien fait la démonstration que la fin justifiait tous les moyens ; une fin toujours pas clairement établie, définie. Cet homme ne me paraît pas digne de confiance, on peut respecter quelqu’un sans adhérer à ses idées mais le respect se gagne honnêtement par des actes et par l’exemplarité ; il ne se décrète pas par ordonnance, ne se gagne pas par la manipulation d’image au nom d’une sacro sainte intelligence ou d’un idéal de pragmatisme qui pourraient justifier les plus infâmes bassesses. A mon sens il se sent acculé par la gronde sociale qui prend de l’ampleur chez les jeunes. La jeunesse est l’expression, à l’échelle humaine, de l’entropie universelle, une tendance au désordre intérieur qu’il est difficile d’endiguer et illusoire de vouloir contrôler ou diriger. Cette offensive médiatique m’a semblé aussi efficace que de vouloir arrêter un torrent millénaire à l’aide d’une digue de quelques centimètres.   En tentant de séduire les nouvelles générations pour calmer l’ardeur estudiantine et en revêtant son costume de dirigeant de « start-up » abordable il leur a seulement prêté le flanc en justifiant des débordements futurs.  De plus, n’a-t-il pas inquiété, voir effrayé, son élite chérie dont les membres sont plus conservateurs qu’ils ne le disent malgré toutes les mélopées servies  sur les plateaux et dans les conférences dites « progressistes »  ? Ne sont-ils pas les plus dignes représentants de cette tradition élitiste française à l’origine de la reproduction des inégalités sociales ?  « L’en-même-temps-tisme » atteint ses limites. Heureusement, il subsiste quelques journalistes pour crier au « coup de génie médiatique » au « combat viril » ; je pense plutôt que l’épée de Damoclès s’est abattue sur la figure présidentielle sans que les conséquences directes ne puissent être prédites. Il est difficile de savoir combien de temps pourra durer la mascarade macronienne, cette religion du nouveau qui devient, par manque de perspectives, religion du pire. A force de louvoiements intellectuels la bipolarité réelle guette dangereusement et la confiance des français risque de s’éroder de manière inéluctable. Personnellement, je trouve profondément anxiogène le fait d’avoir à la tête de l’état quelqu’un qui peut contredire dans les faits tout ce qu’il déclare par ailleurs dans le but de servir des intérêts que lui seul connaît… et que dire de sa qualité de spécialiste des fausses nouvelles, lui  qui propose de rédiger une loi sur les « fake news » ? (déclarations concernant la présence américaine prolongée en Syrie ou la ZAD de Notre Dame des Landes démenties dès le lendemain) Cynique n’est-il pas ?
     Espérer camoufler une accumulation de décisions hiérarchiques arbitraires et une autorité illégitime derrière le filtre d’un entretien irrévérencieux c’est sous-estimer grandement la nature humaine qui ne peut jamais se satisfaire de l’injustice réelle ressentie. Pour reprendre ce terme « sous-estimer », il est à mon sens l’expression du drame de la présidence Macron : quelqu’un qui n’estime que sa propre personne est conduit fatalement à sous-estimer tout le monde…

P.M.


mardi 6 mars 2018

La stratégie gouvernementale du « marchand de tapis » ou l’art de nous faire « prendre des vessies pour des lanternes ».

           Tout d’abord il convient de présenter des excuses à tous les marchands  qui pourraient se sentir injustement attaqués en étant comparés à nos caciques, véritables tacticiens de la fourberie dénués de tout scrupule.  Une magnifique illustration de cette stratégie a pu être observée ces derniers jours lors des annonces sur la réforme de l’assurance chômage, plus précisément au sujet de l’instauration d’une indemnisation pour les démissionnaires et les indépendants. Initialement il était prévu, dès les premières annonces à l’automne 2017, de permettre à toute personne remplissant les critères (pas encore définis) de pouvoir user de ce dispositif « tous les 5 ans » ; puis, sans doute en raison des sombres prévisions de comptables mal intentionnés, il a été décidé de complexifier la démarche à un degré qui aurait découragé même Albert Einstein ; enfin, en mars 2018 la ministre du travail fait une annonce et tous les médias insistent bien sur le fait que le gouvernement fera une belle faveur en réduisant le délai à respecter avant une reconversion, le faisant passer de 7 ans à 5 ans… en clair, je vous donne ce qui était prévu au départ en terme de délai mais je maquille cela en concession afin de masquer tous les obstacles nouvellement établis…
Ce n’est pourtant pas la première fois que cette technique grossière est employée. Dès lors, comment imaginer que quelqu’un puisse se faire encore abuser ? Ils promettent à leur cible, ou plutôt leur partenaire de négociation, un aller simple au purgatoire et une fin de voyage dans une cellule capitonnée sans aération. Après quelques discussions pour la galerie, dans leur infinie bonté, ils  font l’énorme concession d’accepter finalement de creuser une fenêtre de la taille d’un trou de souris et de desserrer quelque peu les liens de la camisole de force. Il faudrait en plus leur dire merci et que l’on applaudisse leur amour du dialogue. Les plus belles victimes de cette supercherie ont été, il n’y a pas si longtemps, les Mailly et autres Berger. Lors des « concertations » pour la réforme du code de travail ils sont ressortis presque « à poil » de leurs entretiens avec l’exécutif  et ont, sans aucune fierté, trouvé encore la force de faire des courbettes devant les caméras en remerciant les grands diplomates de leur avoir laissé leur slip… Laurent Berger a tout de même changé de refrain dans le Journal du Dimanche : « la méthode Macron, c’est : vous discutez et je tranche ». Et bien, il lui aura fallu quelques mois pour s’en rendre compte… il n’est jamais trop tard pour que l’autruche sorte la tête du trou cependant il y a fort à parier qu’elle va y retourner bien vite.

    Autre technique: on parle exagérément de pseudo avantages condamnés en bloc par l’équipe dirigeante puis on attend patiemment le matraquage par leurs collaborateurs médiatiques qui laissent une place plus que limitée aux contradicteurs. Une grande partie de la fonction publique doit subir ce traitement, en ce moment ce sont les cheminots qui sont dans l’œil du cyclone. Quelle ironie lorsque l’on pense à ces travailleurs du rail qui vont devoir défendre leur statut et bientôt leur régime de retraite face aux injonctions de technocrates qui bénéficient d’avantages et de privilèges indécents jamais remis en cause... Il y a pourtant un principe de base : comment demander à des gens de faire des efforts importants si soi-même on n’en consent aucun? Qu’en est-il de l’exemplarité? Je commence à penser réellement que parmi ces grands politiques se cachent de véritables "malades" atteints de troubles psychiques graves; des individus qui, par leurs excès, accélèrent leur crise d’autodestruction, comme des junkies se shootant à l’argent et au pouvoir  et qui ne s’arrêteront pas tant qu’ils n’auront pas atteint l’overdose sociale, ou tant qu’ils n’auront pas changé tout ce qui peut leur être cher en billets de banque, en bitcoins ou en lingots d’or... des sortes de Midas modernes qui, non contents d’être en état de décomposition mentale avancée veulent empoisonner tout ce qui reste de “sain” pour peu que cela leur rapporte de l’argent.

    Notons aussi l’illusion rhétorique présidentielle qui a été particulièrement appuyée lors du forum  économique mondiale de Davos. Le « chef de l’Etat » a osé avancer ces propos : « On a fait croire que la croissance concernait tout le monde. Ce n’est pas vrai. Elle est de moins en moins juste, concentrée sur les 1% les plus riches ». Le cynisme de ce personnage ne semble pas avoir de limites ; il énonce un simple constat sans autre explication et encore moins en abordant de possibles solutions concrètes, encore une belle déclaration d’intention qu’il s’empresse d’oublier une fois le discours terminé; encore un coup de communication dont il est si friand… Les recommandations semblent pourtant claires dans le rapport publié quelques heures plus tôt par l’Oxfam (Partager la richesse avec celles et ceux qui la créent) : « Les états doivent créer une société plus équitable en privilégiant la main-d’œuvre ordinaire et les petits producteurs et petites productrices de denrées alimentaires et non les riches et les puissant-e-s » (en écriture inclusive dans le texte). Le World inequality lab et son Rapport sur les inégalités mondiales 2018  dresse un constat tout aussi préoccupant :  « Lutter contre les inégalités de revenus et de patrimoines dans le monde exige d’importants changements de politique salariale au niveau national et mondial. Les politiques éducatives, la gouvernance des entreprises et les politiques salariales devront être revues dans de nombreux pays. La transparence des données est aussi un enjeu majeur. » On ne peut qu’être affligé en constatant que le président, malgré ses effets d’annonce, applique une politique économique en totale opposition avec les indications de ces deux documents.

    L’imposture ne pourra pourtant pas durer éternellement, l’emploi de toutes les techniques de psychologie comportementale du monde ne pourra jamais masquer l’insincérité et la vacuité des démarches gouvernementales actuelles… 

P.M.



Pourquoi je ne voterai pas à l’élection présidentielle de 2022

Dimanche 10 avril 2022 je ne serai pas en déplacement, j’aurai la capacité de me rendre au bureau de vote, je ne me désintéresse pas du tout...